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Pascal Donnadieu (Nanterre) : « Panacher les cultures est un vrai plus »

Éliminé en quarts de finale de la BCL par la Virtus Bologna et 2e ex-æquo avec l’Élan Béarnais et l'AS Monaco après 26 journées, le club coaché par Pascal Donnadieu effectue encore un remarquable parcours. Petite “causerie“ avec le coach nanterrien à la veille d’une rencontre face à l’ESSM.

Pascal Donnadieu (Crédit Photo : Claire MACEL)


Pascal, quelques jours après cette cruelle élimination aux portes du Final Four, quel sentiment prédomine ? La fierté d’avoir été une nouvelle fois le dernier club français encore en course ou bien les regrets ?

Un peu de tout. Être le dernier club français en lice, pas vraiment, parce que je suis toujours derrière les clubs hexagonaux dès lors qu’ils disputent une compétition européenne. Mais une véritable fierté quand je regarde notre parcours, ça oui ! On a quand même disputé 20 matches européens (13V pour 7D), en ayant dû passer par le tour préliminaire. Le regret, c’est de n’être pas passé loin du Final Four, et surtout de ne pas avoir pu aborder ce quart de finale avec tous nos atouts en main. L’absence de (Dominic) Waters sur tous les playoffs nous fait quand même mal, parce qu’il devait nous apporter de l’expérience, du vécu sur le poste 1, avec une bonne complémentarité avec (Jeremy) Senglin. Je pense que Dominic aurait été déterminant lors de ce quart de finale et que les choses auraient pu être différentes avec lui. Mais face à Bologne, on a fait vraiment le maximum compte tenu des circonstances, surtout quand je regarde la qualité de leur effectif et leurs rotations.


Mais tout de même, vous êtes 2es ex æquo, quarts de finaliste de BCL. Franchement, au lancement de cette saison, est-ce que tu t’attendais à faire aussi bien ?

Non, tu sais moi, en plus, la presse me l’a parfois reproché, je reste toujours très prudent en début de saison. C’est mon côté Guy Roux. Je considère toujours qu’il y a une grande part d’inconnu au lancement d’un exercice même quand tu as l’impression d’avoir fait un bon job dans le recrutement. Et j’étais d’autant plus dans l’incertitude qu’on a dû commencer sans Senglin et Demetrius Treadwell pendant le premier mois de compétition, entraînant un certain retard à l’allumage. Il faut savoir qu’on a perdu nos deux premiers matches de saison régulière en Champions League, face à Opava et Tenerife, et 3 de nos 5 premières rencontres en Jeep® ÉLITE. Là (cet entretien a eu lieu vendredi 5 avril à la veille de Le Portel – Nanterre 92, ndlr), on a disputé 24 rencontres en Jeep® ÉLITE, cela veut donc dire qu’à partir du 2e mois, on est à 14 victoires pour 5 défaites sur les 19 derniers matches. On se rend compte aujourd’hui que tu ne te passes pas d’un joueur comme Senglin, dont on a vu depuis ce qu’il peut donner, et d’un Treadwell qui était censé apporter de la polyvalence et de la dureté à l’intérieur. Il a donc fallu composer et s’accrocher. Notre mérite, c’est que même dans cette période délicate, nous n’avons pas sombré et nous avons pu aller accrocher quelques victoires importantes, comme face à Bourg, Dijon ou Le Mans, où l’on a su faire ce qu’il fallait pour ne pas être à la rue sur le lancement de saison. 

 

Entre Palsson et Juskevicius, Nanterre peut compter cette saison sur des joueurs Bosman apportant vraiment un plus. Avec le type de jeu que tu prônes, il semble même que le recours à des apports de solides joueurs européens soit une sorte d’évidence. Pourquoi ne pas y avoir plus tôt fait appel ?

Oui, c’est vrai. Mais c’est aussi, avec notre budget, une question d’opportunité. D’année en année, j’essaie de tirer des leçons du passé et de faire en sorte de nous améliorer sur de petites choses. Comme tu le soulignes, ce sont des joueurs parfaitement adaptés à notre jeu. La Jeep® ÉLITE est une ligue très spécifique, avec beaucoup de rythme et de qualités physiques, alors quand tu parviens bien à panacher les cultures, c’est un vrai plus. Cette année, c’est le cas et c’est sans doute l’une des choses qui font que le groupe vit très bien sur le terrain comme en dehors. On a deux Européens qui sont excellents et qui, dans la vie, sont des mecs super. On a des Américains qui apportent leurs qualités propres et un groupe de Français intéressant. Je trouve que cette diversité est un gros plus pour le groupe cette saison. On a des stats qui sont plutôt parlantes d’ailleurs. On est l’équipe la plus adroite aux tirs du championnat, la plus adroite à trois-points assez largement aussi. Je viens aussi de voir, sur BeBasket, qu’on était également premiers au ranking, et cela témoigne d’une équipe qui vit bien et qui dispose d’une véritable volonté de partage du ballon. 


On le voit bien, parce que Nanterre dispose aussi, sans doute, d’une balance offensive encore plus répartie que par le passé, avec 8 joueurs scorant entre 8 et 13,7 points en moyenne. Concours de circonstances ou volonté de répartir encore plus les responsabilités ?

Oui, c’est une volonté ! J’ai toujours considéré que plutôt que de se reposer sur un ou deux joueurs majeurs, il était préférable de mettre un gros collectif en place qui fasse ressortir à chaque match des individualités différentes. D’autant qu’à notre niveau de budget, pour tes gros joueurs sur qui te reposer, tu ne vas pas avoir LeBron James et James Harden ! C’est une manière aussi d’empêcher les équipes adverses de pouvoir faire l’impasse sur tel ou tel joueur, ce qui te donne un sacré avantage. Après, même quand tu as un joueur aussi bon que Jeremy Senglin dans ton effectif, ce que j’aime dans cette équipe, c’est que personne ne peut savoir avant qui va être en pointe en attaque sur un match donné. Parfois c’est Senglin, d’autres Juskevicius ou Palsson, Invernizzi ou Konaté... C’est le basket que j’aime, aussi, avec ce partage de la balle et des responsabilités. Pour un club comme le nôtre, c’est la seule manière pour pouvoir poser des problèmes aux grosses écuries : par la qualité d’un collectif. 


Le joueur qui confirme vraiment cette saison et a pris une nouvelle dimension, c’est aussi Lahaou Konaté. Quel regard portes-tu sur lui et lui donnes-tu une chance d’être au Mondial ?

C’est un garçon que je suivais depuis longtemps, à Évreux d’abord puis au Mans. Forcément, j’ai toujours considéré que c’était un grand défenseur, capable d’accomplir des missions capitales dans ce secteur. À son arrivée, je lui avais dit que je ferais tout pour que, sur le plan offensif, il puisse proposer plus que ce qu’il avait pu proposer depuis le début de sa carrière. On s’était fixé de le faire travailler et de le mettre en valeur pour qu’il devienne aussi un joueur offensif de premier plan. Là, nous sommes parfaitement dans les objectifs puisque Lahaou n’a rien perdu de ses qualités défensives, son cœur, sa propension à se jeter sur tous les ballons. Mais maintenant, c’est aussi devenu un joueur impactant sur le plan offensif comme l’illustre parfaitement sa moyenne de points marqués. 


Au complet, avec le retour de Dominic Waters, Nanterre est-il capable de refaire une surprise comme celle de 2013 ou bien, sur des séries de demi et finales en 5 manches, la différence de budget rend la chose compliquée ?

Déjà, en 2013, on avait créé une surprise. Une vraie. Maintenant, c’est un peu le paradoxe de Nanterre : nous avons le 11e budget de Jeep® ÉLITE (mais la 8e masse salariale, ndlr), les gens ne nous voient plus du tout comme une équipe de deuxième partie de tableau. Malgré ce budget, nous sommes attendus partout et on est considéré à chaque fois comme un outsider. C’est un paradoxe mais je préfère regarder ça comme une reconnaissance pour le boulot qui est fait plutôt que comme une injustice. Donc, même si on performe en playoffs, on ne pourra pas bénéficier de l’effet de surprise. Forcément, ce sera compliqué. Après, en 2013, les effectifs de Jeep® ÉLITE étaient clairement moins forts que ceux d’aujourd’hui. Là, quand tu regardes la richesse des rosters de l’ASVEL, Monaco et Strasbourg, la profondeur et la qualité de leur rotation, c’est devenu assez impressionnant. Et donc, comme tu l’as souligné, sur la durée des playoffs et des séries en 5 manches des demies et de la finale, la profondeur de ces effectifs prend tout son sens et pèse de plus en plus au fil des matches. 


Quand Nanterre 92 est monté, a remporté le titre, en 2013, puis pendant la saison d’Euroleague qui a suivi, le club avait subi un regard un peu condescendant de la part d’acteurs importants du basket français. As-tu l’impression, aujourd’hui, cinq ans après, d’avoir enfin gagné pour toi comme pour le club, une vraie légitimité ? 

D’abord, ce sont les résultats qui font la différence. Notre régularité en playoffs nous fait accéder, je crois, à une forme de respect. Ce pourrait être la 5e année de suite qu’on s’y qualifie. À chaque fois en étant plutôt performant, je crois, en Coupe d’Europe (victoires en EuroChallenge en 2015, en FIBA Europe Cup en 2017, ndlr). Alors moi, je préfère ne pas m’occuper des aigris ou des jaloux - et il y en a quelques-uns, et de montrer ainsi, par notre régularité sur tous les tableaux, année après année, la valeur de ce qu’on peut proposer à notre échelle. En 2013, beaucoup se sont dit que nous avions eu de la chance, que c’était un feu de paille, mais en 2019, nous sommes toujours là... Alors oui, c’est un petit message pour des gens qui s’étaient permis de parler à l’époque. 

 
Même si cela relève plus du domaine de ton père et de ton frère aujourd’hui, on voit un projet qui démarre avec le Paris Basketball. Une sorte de fusion entre Levallois et Boulogne d’un autre côté. Que peut faire Nanterre dans ce contexte pour continuer à grandir ? 

Justement, le but est de ne pas trop se soucier de ce qui se passe à gauche ou à droite, ni d’être jaloux de telle ou telle chose non plus.  


Cet article est à retrouver dans le Soir de Match papier distribué dans les salles de Jeep® ÉLITE pour la 27ème journée