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L’ascension fulgurante de Blois

Leader surprise de Pro B depuis une semaine, Blois ne doit pas sa réussite actuelle au hasard. Décryptage avec son manager général, Julien Monclar.

Mickaël Hay, l'entraîneur de Blois depuis décembre 2013, aux côtés du pivot bahaméen,Jonathan Augustin-Fairell (Photo : Tuan Nguyen)

 

Depuis le 2 mars, l’ADA Blois s’est installé aux commandes de la Pro B. Dans sa deuxième saison à ce niveau après avoir raté d’un cheveu les playoffs l’an passé, le club du Loir-et-Cher est porté par une dynamique exceptionnelle. Et se permet de devancer les gros bras annoncés de la division, les Orléans, Nancy, Fos-sur-Mer, Roanne... Ceci n’est pas le fruit du hasard. La réussite de l’ADA résulte d’un travail de structuration opéré à l’étage inférieur et d’une bonne expertise du haut-niveau, à la fois de son coach, Mickaël Hay (5e saison au club), et de son manager général et cheville ouvrière, Julien Monclar (9e saison). Ce dernier nous parle de l’ascension de son club, de ses orientations fortes et des ses ambitions.

Vendredi dernier, à Orléans, vous avez gagné de dix-sept points chez le leader et vous êtes emparés de la première place devant 400 de vos supporters. Une soirée parfaite. Aviez-vous déjà vécu un tel moment depuis votre arrivée à Blois il y a maintenant 9 ans ?

Une soirée comme celle-là, jamais. On a connu des moments de convivialité et de partage extrêmement forts, mais à un autre niveau. Je pense à des aventures où on a pu aller au Final Four de Nationale 1, gagner des supers demi-finales, perdre des finales de justesse… Mais à Orléans, il y avait tous les ingrédients à la base pour que ce match soit un peu hors-normes à notre échelle. Le côté deuxième petit poucet qui va chez le premier, qui était il n’y a pas si longtemps que cela tout en haut de l’élite et en Euroleague. En début de saison, tout le monde parlait d’Orléans comme du monstre de la division. Le fait de se déplacer là-bas pour la première fois sur un match officiel, c’était déjà une super histoire à faire vivre à notre public. Alors le fait de gagner avec beaucoup de points, un match spectaculaire, en effet c’est un peu la soirée parfaite. Ce que je retiens encore plus, c’est que dans le cadre de la construction du club et de la relation avec ce public, je suis sûr que les gens qui étaient là-bas vont se rappeler longtemps qu’ils y étaient. C’est hyper précieux.

Sans vous faire injure, cette place de leader, alors qu’on approche du dernier tiers de la saison, n’était pas attendue. Le plus fort, c’est que vous avez eu deux joueurs majeurs blessés (Torey Thomas, Benjamin Monclar). Quels ingrédients, d’après vous, ont fait que vous vous retrouvez à cette position aujourd’hui ?

Déjà, on était très content de l’équipe qu’on avait bâtie, de son équilibre.  Pour nous, on avait une équipe qui était capable de très bien figurer. Après, elle était aussi très jeune donc elle était forcément capable de perdre des matches. Le début de saison n’a pas été à 100% rassurant, déjà parce qu’il y a eu la blessure du meneur américain, Torey Thomas. On a pu réagir avec un meneur qu’on avait beaucoup suivi pendant l’été, Jerrold Brooks (parti ensuite à Évreux). Au début, ça n’a pas été simple mais on a eu la chance de gagner des matches à la grinta, avec les joueurs qui étaient déjà là l’année dernière. On s’est retrouvé assez vite plutôt bien classés. Et il y a eu une vraie évolution avec le travail au quotidien mené par le coach, son assistant et le reste du staff pour que le basket progresse et que la cohésion progresse. On a passé un vrai palier sur ces choses-là au mois de décembre. Ensuite, je ne suis pas sûr qu’une équipe soit au niveau de Bourg-en-Bresse de l’année dernière. Cette année, c’est un peu plus ouvert. Être dans cette bataille pour la première place, c’est extrêmement plaisant. C’est de la surperformance parce qu’à un moment donné, tu regardes les budgets et les masses salariales… Mais on y croyait.

Vous avez construit une équipe avec trois joueurs étrangers (non formés localement). Vous êtes les seuls dans ce cas en Pro B avec Fos-sur-Mer. Etait-ce un choix réfléchi, pour se donner une solution de rechange en cas de blessure ?

Pas seulement. À un moment donné, je considère qu’on a aussi un rôle à jouer en tant que club de Pro B, de permettre à des joueurs français de s’exprimer, sans faire de la discrimination, et d’aller chercher chez les joueurs étrangers quelque chose qu’on ne trouvera pas dans l’effectif. Bien sûr, nos étrangers sont majeurs mais par exemple, contre Lille, nos deux US (Torey Thomas et Tyren Johnson) mettent 3 et 6 points. Pour nous c’est important d’avoir une base de joueurs français qui ont un vrai rôle. Avoir quatre étrangers devant, deux Français majeurs et les autres qui jouent les utilités, ce n’est pas notre manière de faire.

Justement, vous employez la même recette que la saison dernière, à savoir que vos dix joueurs sont responsabilisés et jouent entre 13 et 28 minutes. C’est aussi un signe fort…

C’est la patte de Mickaël Hay et c’est tout à fait en phase avec ce que le club veut faire.

 

Prêté par l'Elan Chalonpour la deuxième année consécutive, Assane Ndoye (2,02 m, 21 ans)  figure dans le cinq de départ de Blois (Photo : Tuan Nguyen)

 

Mickaël Hay a déclaré après la victoire à Orléans que cette première place ne devait pas changer votre façon de faire, que ce n’était pas le moment de se mettre la pression ou de prendre la grosse tête. Comment voyez-vous la suite du championnat, forts de ce nouveau statut ?

Je la vois palpitante. Il n’y a pas de pression. Il n’y a que de l’envie. L’envie de bien faire, l’envie de gagner des matches. Evidemment les gens vont regarder le classement. Mais c’est la même équipe, ce sont les mêmes mecs. C’est simplement un chiffre dans une colonne qui a changé. Il faut rester les mêmes tout simplement. On est un club qui est dans sa deuxième saison dans la division. On sait aussi qu’en sport, les choses peuvent s’arrêter très vite. Il n’y a pas de recette magique pour se retrouver tout le temps devant avec une masse salariale très médiane. Il faut être humble face aux résultats et puis essayer de faire progresser le club. Après, cette fin de saison va être super intéressante sportivement. On a un déplacement à Nantes (vendredi) qui a besoin de gagner des matches donc ça va être très compliqué, et puis Roanne c’est une super affiche. C’est génial de jouer ce club historique du basket français. Et c’est une grosse équipe. Cela va bien nous occuper.

L’ADA s’est bien structuré à l’étage inférieur pendant plusieurs saisons. Le club dispose depuis l’année dernière, d’une nouvelle enceinte, la Salle du Jeu de Paume. Ceci aussi explique votre réussite actuelle ?

Le club a toujours eu la vision qu’on ne pouvait pas mettre tous les œufs dans le même panier, sur le terrain exclusivement.  Le premier gros travail, y compris avant mon arrivée, a été de se tourner vers les partenaires privés. Cela a été bien fait. Au fur et à mesure des saisons et des expériences, on savait qu’il fallait faire des efforts sur l’environnement de l’équipe, sur ses déplacements, sur le fait de staffer le club. Aujourd’hui, on est correctement staffé. Et il y avait une énorme défaillance, c’était la salle. Quand on a perdu les premières finales en N1, je savais qu’on n’était pas prêts. On surperformait sportivement à l’époque. L’année où les finances étaient en phase avec nos ambitions sportives, on est monté. Ensuite, le Jeu de Paume est arrivé. On a un outil qui est extrêmement satisfaisant, qui est très beau, qui donne de bonnes conditions de travail. Il faut encore qu’on arrive à gérer son exploitation parce que cela reste une salle avec plusieurs objets - il y a des séminaires d’entreprises, des salons, des spectacles. Il faut jongler et en accepter la règle. Evidemment qu’on aurait aimé avoir un peu plus de places (2 500). Maintenant, elle est très belle. À nous de l’optimiser et de s’assurer qu’elle soit remplie tout le temps. C’était encore le cas mardi contre Lille, alors que traditionnellement c’est dur d’attirer du monde le mardi et qu’en face on avait un petit PSG – Real Madrid. Il ne faut pas être naïf, c’est clair que les résultats jouent. Mais notre challenge est d’aller plus loin que les résultats et de faire en sorte que cette salle soit remplie tout le temps.

Est-ce qu’un ou des clubs de Jeep®ÉLITE vous inspirent en termes de développement ?

Oui. Quand on a acquis notre montée sportive en 2016, on a visité les clubs de Chalon-sur-Saône et Bourg-en-Bresse, qui sont sur des agglomérations limitées comme nous, des départements pour partie ruraux et des clubs en phase sur ce qu’on souhaite faire : mobiliser fortement les entreprises, créer une vraie relation avec le public et avoir une structuration et une partie administrative assez aboutie. On ne peut pas tout reproduire. On sait ce qu’on a de moins qu’eux. On n’a pas une salle de 5 000 places comme le Colisée. Mais ce sont des clubs inspirants. Le travail extra-basket qui est fait à Bourg est assez impressionnant. On n’en est pas encore là mais cette année, on s’est inscrit au le Label Club par exemple. On va faire le maximum pour avoir cette labellisation. Ce serait une satisfaction énorme. Ce serait très gratifiant pour le travail qui est mené dans les bureaux depuis plusieurs années.

Le club serait-il prêt à monter en Jeep®ÉLITE si celle-ci se présentait en fin de saison ?

Oui. Il y aurait des choses à régler. Cela ne serait pas forcément dans notre tableau de marche. Mais quand on gagne sa place sportivement, que concomitamment on est sur une démarche organisationnelle et que les finances sont gérées correctement, il faut y aller. Il ne s’agit pas de dire qu’on va être l’ASVEL, Limoges ou la SIG. On sait bien qui on est. On travaille pour être assez solide.

 

La stat : 13v-1d

C’est le bilan de l’ADA Blois sur les quatorze dernières journées. L’équipe de Mickaël Hay a gagné neuf matches à la suite entre la huitième et la seizième journée, et a concédé une seule défaite en championnat à domicile, face à Orléans.

 

Un oeil sur Evreux - Fos...

En dehors du déplacement de Blois à Nantes, les projecteurs seront braqués sur le match Evreux - Fos-sur-Mer ce vendredi. Dans sa nouvelle configuration d'équipe (Rihards Kuksiks et Alex Gavrilovic sont arrivés pendant la trêve), l'ALM a remporté ses deux derniers matches et va essayer de faire tomber l'autre épouvantail du moment (avec Blois) : les BYers de Fos-sur-Mer visent une 13e victoire en 14 matches ! Les autres concurrents de Blois, Orléans et Roanne joueront samedi à domicile, contre respectivement Saint-Chamond et Caen.

Le programme de la 22e journée

Vendredi 9 mars

Nantes – Blois

Lille – Vichy-Clermont

Evreux – Fos-sur-Mer

Denain – Quimper

Charleville-Mézières – Le Havre

Aix-Maurienne – Poitiers

Rouen - Nancy

Samedi 10 mars

Orléans – Saint-Chamond

Roanne - Caen