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Benjamin Monclar (Blois) : « Parfois, s’appeler Monclar a pu être difficile… »

Blois est sans doute l'une des plus grosses sensations de la Pro B. En son sein, un shooteur au nom connu - Benjamin Monclar - s'est fait un prénom...

 

À 28 ans, Benjamin Monclar a effectué son petit bonhomme de chemin en LNB et fait cette saison partie des meilleurs joueurs français de Pro B (13,7 points, 6e scoreur français, à 51% aux tirs, comme à trois-points, 2,7 rbds et 2,8 pds pour 13,7 d’évaluation, n°7). Être fils de Jacques et petit-fils de Robert, deux légendes du basket hexagonal, n’a finalement rien d’évident tant les observateurs vous ramènent si souvent aux inévitables comparaisons. Et cette saison, son shoot comme son Q.I. basket ne sont pas étrangers au superbe parcours des promus de l’ADA Blois, 4e de Pro B après 24  journées avec 14 victoires pour 10 défaites. Ce soir, Blois accueille Evreux avec pour but de rejoindre Lille, en déplacement à Vichy-Clermont…

Benjamin, après trois échecs en finale des playoffs de N1 (en 2012, 13 et 15), l’ADA a dominé la Nationale 1 la saison passée. Même si vous n’aviez connu que la finale 2015, avez-vous senti un vrai soulagement dans le club au printemps dernier ?

C’est clair. Et même si je n’étais pas là les années précédentes, du fait que mon frère (Julien occupe le poste de GM) soit ici depuis longtemps, j’avais quand même pas mal suivi ce qui se passait. Le club a toujours été plutôt très bien structuré depuis des années. Surtout pour un club de Nationale 1. Ce dont je suis sûr, c’est que j’ai ressenti une énorme attente de rentrer dans l’univers LNB dès que je suis arrivé ici. Le public, les dirigeants, et surtout nous, joueurs, c’était vraiment ce que l’on rêvait.

Le début de saison n’a pas été facile (2 victoires et 7 défaites au 10 décembre, après 9 journées), avec beaucoup de défaites de très peu. À quoi était-ce dû, au nécessaire temps d’adaptation à la Pro B ?

Oui, un peu, mais c’était surtout causé par le fait qu’on a déjà pas mal renouvelé l’effectif par rapport à la saison dernière. Peu de joueurs sont restés. Mais surtout, nous avons connu énormément de blessures donc, jusqu’en décembre, nous n’avons jamais joué deux semaines de suite avec la même équipe. Vraiment un truc de malade ! Après, dès qu’on est parvenu à trouver un peu de stabilité, en pouvant enchaîner les entraînements au complet histoire d’arrêter de bricoler, les victoires sont arrivées presque naturellement.

Depuis, vous avez un rythme digne d’un candidat à la montée directe (11V-3D) et vous voilà 4es, playoffs en vue...

Il y a eu le retour des blessés puis après, tout est question de dynamique. Nous avons engrangé de la confiance, aussi en gagnant quelques matches sur le fil, les mêmes qu’on perdait régulièrement pendant tout le début de la saison. Après, je viens de vous entendre parler de "candidat à la montée", mais ça, ce n’est pas du tout, du tout dans nos têtes. On ne pense pas à ça, jamais. Notre premier objectif, depuis la reprise de l’entraînement, c’était le maintien. Donc parvenir à 13 victoires, puisque c’est généralement à ce niveau que ça se joue. Là, on y est. Maintenant, le but c’est de continuer sur cette même dynamique et si on peut accrocher une place en Playoffs, ce sera déjà génial...

Le changement date aussi d’une période où vous avez enchaîné pas mal de cartons (29, 21 puis 17 points avant la trêve de Noël)...

Oui, j’étais en forme, c’est vrai. Mais en fait, moi, même si je sais faire quelques autres trucs pas mal, je suis essentiellement un shooteur. C’est ma qualité principale. Ce qui fait que je suis quand même très dépendant du collectif, de la bonne circulation du ballon pour pouvoir m’exprimer. Donc, le regain de forme ne concernait pas que moi. Avec Lamayn (Wilson), Frank (Turner), Flo (Tortosa) et Florian (Thibedore), on a tous été bons à cette période-là.

Entre vous, les 4 que vous citez et vous-même, Blois peut compter sur pas mal de scoreurs à l’extérieur de la raquette. Quel est le style de jeu de l’équipe ?

On a d’abord une vraie identité défensive, avec quelques profils de très forts défenseurs. Et en attaque, le maître mot, c’est le partage de la balle. Voilà ! Ce n’est pas un jugement, mais en Pro B, il y a des équipes qui sont vraiment basées sur 2 ou 3 joueurs. Par exemple, Charleville-Mézières, qui est une forte équipe, joue essentiellement en attaque sur un axe 1 - 3 - 5, autour des trois étrangers, qui sont d’ailleurs excellents. Nous, ce n’est pas du tout ça. Notre meneur joue pour mettre en valeur les autres, Lamayn Wilson a scoré dans tous les meilleurs championnats européens, il n’a plus rien à prouver à ce niveau-là, donc nous sommes vraiment dans le partage du ballon, dans le collectif.

Malgré les nombreuses blessures qui ont frappé l’effectif, le coach, Mickaël Hay, utilise vraiment une rotation à 10 joueurs (tous à plus de 10 minutes de moyenne). L’ADA est-elle une équipe atypique au sein de la Pro B ?

C’est l’illustration de ce que je viens de dire. L’an dernier déjà, nous avions 5 ou 6 joueurs à plus de 10 points de moyenne. C’est une chance, franchement, parce que c’est très difficile à cibler pour nos adversaires. C’est aussi le jeu du coach, celui qu’il souhaite déployer, pour conserver en permanence beaucoup d’intensité. C’est un peu notre ADN depuis l’an dernier déjà.

Lamayn Wilson a connu une carrière intéressante, mouvementée parfois. Comment est-il aujourd’hui, à 36 ans ?

C’est vraiment un leader par l’exemple. Avec la carrière qu’il a, l’expérience accumulée et la forme qu’il a conservée, il ne rate jamais un entraînement, n’écoute pas ses petits bobos. Si je pouvais jouer à 36 ans comme il le fait lui, franchement, je signe de suite !

Vous aviez quitté la Pro B depuis un moment, avec votre passage à Charleroi puis la N1 avec Blois. On dit la Pro B plus dense que jamais. Est-ce le constat que vous faites ?

J’en parlais il n’y a pas longtemps, mais c’est vrai que c’est vraiment très compact, très dense comme niveau. Le bas de tableau est sans doute plus fort qu’avant. Mais surtout, il n’y a pas les gros épouvantails qu’ont pu être Antibes, Limoges, Pau, Nanterre à une époque, comme quand j’étais à Dijon. Voire Dijon aussi, quand le club est remonté. Même si Bourg pouvait paraître au-dessus du lot, les Burgiens n’écrasent pas le championnat comme Pau ou Limoges avaient pu le faire. Alors oui, je trouve que c’est beaucoup plus homogène.

Avec un patronyme comme le vôtre, la famille veut forcément dire quelque chose. Avoir votre frère comme GM, est-ce un plus ou pas ?

Sur le plan professionnel, ça ne change pas grand-chose, parce qu’en tant que GM, on a rarement affaire l’un avec l’autre. Mais en dehors du terrain, on ne se voyait pas beaucoup ces dernières années, à cause de ma carrière de basketteur. Là, c’est sympa, on se voit souvent, je peux passer des dimanches avec ma nièce, c’est vraiment super.

Robert et Jacques Monclar, le père et le grand père de Benjamin, ont tous deux participé aux J.O. et eu un palmarès immense. A la fois une chance et un "fardeau" à porter quand on évolue dans le basket français...

À 28 ans, vous semblez vous épanouir totalement. Avec le recul, est-ce qu’être basketteur pro en portant le même nom que Robert et Jacques a été parfois plus un fardeau ou une chance ?

Les deux... Sans doute plus souvent un fardeau. On me demande souvent ce que ça fait de s’appeler Monclar dans le basket. Comment voulez-vous que je réponde à cette question, je ne me suis jamais appelé autrement et je suis dans le basket ou autour depuis toujours ! C’est comme ça et j’essaie de ne pas trop me prendre la tête avec ça. Maintenant, j’ai grandi, mûri, fait mon petit trou... Je n’ai pas fait une carrière comme celles de mon père et mon grand-père, c’est ainsi ! Et puis, mon père a pris un peu de recul sur le basket LNB, c’est plus facile. Les quelques mauvais côtés, c’est du passé. Tu sais, être fils de... en sport, ce n’est pas vraiment un avantage. Tu as des chiffres, des stats, et un coach ne va pas me mettre sur le terrain juste parce que je m’appelle Monclar si je ne suis pas au niveau. Ce n’est pas comme un acteur ou dans d’autres métiers où le jugement est plus subjectif. C’est un peu comme Asceric à Lille ou Antic à Châlons-Reims. S’ils font rentrer leur fils, c’est qu’ils pensent qu’ils peuvent aider l’équipe à gagner. Sinon, ils ne le feraient pas. Mon père l’a dit dans une interview une fois : une année, il ne m’a pas pris dans le groupe pro, à Dijon, alors que je le méritais sans doute. Mais il ne voulait pas que je subisse des remarques dans les vestiaires ou être accusé de favoritisme...

Et faire partie de cette incroyable génération 88-89, ce qui vous a un peu barré des sélections en jeune ?

Oui, mais non, je n’ai jamais été dans la course en jeunes. Cette génération, c’est certainement la plus talentueuse de l’histoire avec celle de 82. J’ai fait quelques pré-sélections en moins de 20, mais j’ai progressé sur le tard et je n’avais pas le niveau des Edwin Jackson, Nico Batum, Abdoulaye Mbaye, Antoine Diot, Thomas Heurtel, etc. Ceux qui n’étaient même pas pris avaient un niveau de ouf ! Rodrigue Beaubois n’était pas pris, vous imaginez !

Repères

Benjamin Monclar

Né le 3 mai 1988 à Limoges
28 ans, 1,91 m, poste 2

Carrière : 2007-10 : Dijon (Pro A), 2010-11 : Dijon (Pro B), 2011-13 : Antibes (Pro A), 2013-14 : Spirou Charleroi (Belgique) puis ADA Blois (NM1), 2014-16 : ADA Blois (NM1), 2016-17 : Blois (Pro B)

Centre de Formation : Dijon

Palmarès : Champion de France NM1 en 2016