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Thomas Andrieux (Boulazac) : « Ce que font les joueurs cette année est tout simplement exceptionnel »

La réussite de Boulazac, candidat surprise au Top 8, est aussi celle de son entraîneur. Coach rookie en Jeep® ÉLITE, Thomas Andrieux (42 ans) fait partie des grandes révélations de la saison. Interview découverte.

Thomas, quand on se retourne sur votre carrière de joueur, le premier moment marquant est sans aucun doute votre entrée dans le cinq de départ de l’ASVEL lors d’une victoire à Barcelone en 1996-97. Vous aviez 19 ans… 

On me parle souvent de cette époque-là, à la fin des années 90, qui est restée dans les cœurs des Villeurbannais, non seulement avec le parcours en coupe d’Europe et aussi les finales perdues en championnat. Il y avait le noyau dur des joueurs, avec Delaney Rudd qui est resté de longues années, Laurent Pluvy, Alain Digbeu, Jim Bilba… Quand je retourne à Villeurbanne, les gens sont assez nostalgiques de cette époque-là. J’étais arrivé en 95 au centre de formation de l’ASVEL et puis, en l’espace de quelques mois, j’ai réussi à gravir les échelons et en fin de saison, Greg Beugnot m’a proposé de venir m’entraîner avec l’équipe professionnelle. Ensuite, à l’entame de la saison 96-97, il y avait neuf professionnels et donc Greg propose à 3-4 espoirs de venir pour prendre la 10e place dans l’effectif. J’ai su saisir ma chance sur des matches de préparation. (…) Je me souviens de l’entraînement de la veille au Palau Blaugrana de Barcelone, où j’en avais pris pour mon grade. J’étais un peu diminué par une entorse à la cheville. Et à la surprise générale, à 30 minutes du coup d’envoi, Greg m’annonce que je suis dans le cinq de départ. Effectivement, j’avais démarré le match, joué 12 minutes, et cerise sur le gâteau, on s’impose à Barcelone derrière une grande performance de Delaney Rudd. 


C’était le style de Greg Beugnot de tenter ce genre de pari, en lançant un gamin dans le cinq ?

Notre ailier américain, Brian Howard, était blessé et on avait aussi perdu Ronnie Smith en cours de saison qui avait été remplacé par Karim Ouattara au poste 5. Et Greg nous avait lancé tous les deux dans le cinq pour affronter le grand Barcelone. On ne se rend pas forcément compte quand on a 19 ans. Deux ans avant, j’étais encore dans mon Ardèche natale à Aubenas. Etant féru de basket, et issu d’une famille de basketteur, je savais quand même ce que représentait le Barça. Cela a été une expérience mémorable. 


Après l’ASVEL, vous avez mené une carrière entre Pro B et Pro A. Est-ce que les deux montées décrochées avec Roanne en 2002 puis Châlons-en-Champagne en 2004 représentent vos plus beaux moments de basketteur ?

Collectivement, oui. On est deux fois vice-champion de France. Avec la Chorale de Jean-Denys Choulet à l’époque, on était au coude-à-coude avec Vichy qui nous avait coiffé sur le poteau. Et avec l’Espé Châlons, c’était la même chose contre Clermont et on s’était incliné sur un panier venu d’ailleurs au match retour. Dans les deux cas, on avait su se remobiliser pour finir invaincu en playoffs. Je retiens surtout deux belles fêtes, deux belles communions avec le public. Et puis, monter avec un club, ça représente quelque chose de très gratifiant. Après, il y a des récompenses individuelles comme le concours à trois-points que je remporte en 2009 à Bercy, mais ça n’a pas le même goût. 


Avec quelques années de recul, êtes-vous fier de votre parcours ?

Quand je suis parti à l’ASVEL à l’époque, je n’avais pas l’ambition ultime de passer professionnel à tout prix. Je voulais simplement évoluer dans un grand centre de formation. J’y allais pour me tester. Tout cela est venu naturellement. J’ai réussi à vivre de ma passion, parce que j’ai baigné dans le basket depuis mes premiers pas. Ma famille est passionnée de basket. Mon papa a joué et a été entraîneur. J’ai attrapé ce virus du basket qui ne m’a jamais quitté. Donc oui, je suis assez fier parce qu’à l’époque à l’ASVEL, c’était compliqué de faire sa place. L’équipe jouait le titre chaque année. Il y avait 3-4 joueurs de l’équipe de France, des joueurs américains référencés. J’ai énormément appris sur cette période-là. Ensuite, il a fallu redescendre en Pro B et remonter sur le plan sportif. La fierté est là. En Pro B, j’ai été nominé régulièrement parmi les meilleurs joueurs français de la saison et j’ai retrouvé le plus haut niveau sur le terrain. J’ai le sentiment d’avoir duré. C’est ce que j’essaie de transmettre aux jeunes. C’est bien d’être joueur professionnel mais il faut être capable de durer dans le temps. 



(Photo : Nicolas RAVINAUD)


Vous avez pris votre retraite sportive en 2010, après deux dernières saisons à Boulazac. Qu’est-ce qui vous a poussé à arrêter ?

Il y a deux aspects. Le premier, c’est que cela faisait deux-trois ans où je finissais les saisons avec quelques douleurs, que ce soit dans le dos, ou au tendon d’Achille. C’était très compliqué à gérer. Le deuxième aspect, c’est que je n’avais plus envie de bouger après l’avoir fait pendant 14-15 saisons. J’ai eu cette opportunité à Boulazac de pouvoir lancer le centre de formation. Ma vocation première était à ce niveau-là. J’étais déjà en train de préparer mes diplômes et je savais que j’allais me diriger vers ça sur ma reconversion. C’est pourquoi je suis resté en Périgord. 



C’était le bon cadre pour faire vos armes en tant qu’entraîneur ? 

Tout à fait. L’équipe était en Pro B à l’époque. C’était l’année zéro du centre de formation. Cela m’a permis de m’expérimenter sur un niveau Nationale 3 qui est très formateur. J’ai eu l’occasion de faire mes gammes pendant 8 ans, hormis une saison en espoirs en 2012-13. Je n’ai pas hésité une seule seconde. Il y avait énormément à faire. J’ai pris beaucoup de plaisir dans ma tâche. C’était le bon choix, davantage que d’être entraîneur adjoint. Je ne l’aurais pas forcément accepté au départ parce qu’après avoir été joueur, c’est toujours intéressant d’être en charge de quelque chose. J’ai eu tout de suite des vraies responsabilités. 



Puis, il y a deux ans, vous êtes passé assistant coach… 

Oui, j’étais déjà au quotidien avec l’équipe professionnelle, en tant que deuxième assistant. C’est à l’arrivée de Claude Bergeaud, quand on monte en 2017, que Claude me propose ce poste d’assistant. On a beaucoup échangé. C’était le moment pour changer de statut et pouvoir apprendre à côté de l’un des grands entraîneurs de l’histoire du basket français. 



En quoi Claude Bergeaud a été une personne importante dans ton parcours ?

Tout d’abord, ce qui nous rejoint, c’est notre passion mutuelle. Le basket est presque une obsession pour nous. On passe des journées à parler basket et le soir évidemment, quand les matches passent à la télé, on regarde encore du basket. C’est ancré en nous. Même si nos tempéraments et nos personnalité différent, on se rejoint sur beaucoup de choses. Claude vient d’un petit département, l’Ariège, moi j’arrive de l’Ardèche, donc on a pas mal de points communs. On est des personnes fidèles, dans nos clubs, envers nos familles, nos joueurs, envers le staff. Et puis je luis dois énormément. Si Claude n’était pas arrivé au club, je ne sais pas si j’aurais eu la possibilité un jour d’être entraîneur à haut niveau. Je sais qu’il a poussé pour que je puisse prendre cette place-là. 



Le Palio, une place redoutée de la Jeep ELITE. Ici Jérôme Sanchez (Photo : Nicolas RAVINAUD)


Avait-il l’habitude de vous déléguer beaucoup de responsabilités en tant qu’assistant ?

Claude part du principe que l’entraîneur adjoint doit être très près du terrain. L’année dernière, quand Claude était mobilisé pour certaines opérations ou réunions, il me déléguait des séances et il m’arrivait d’animer des séances complètes. J’avais la chance de faire le travail individuel, j’étais en charge du scouting, sur la partie vidéo évidemment. J’ai eu la chance d’avoir les mains libres pour animer des séances. 


L’été dernier, il a fallu recruter huit nouveaux joueurs pour rebâtir l’équipe. Comment s’est effectué ce recrutement ? 

Il y a eu le nouveau projet du club avec la création du poste de directeur sportif. Claude était encore un an sous contrat. Le club a proposé à Claude de basculer sur la direction sportive et Claude a proposé que je reprenne le poste de coach. On était dans l’attente de la décision par rapport à notre maintien en Jeep® ELITE. On avait imaginé deux scénarios, celui de la Pro B et celui de la Jeep® ELITE. On a travaillé de concert, main dans la main. Claude propose des profils. C’est moi qui valide le choix du joueur. Ensuite, Claude reprend la main pour la finalisation du contrat. 


L’idée originelle était-elle de s’appuyer sur quatre joueurs étrangers (sur les six autorisés) et de prendre une large ossature française ?

L’idée de la base française, oui c’était une vraie volonté parce qu’on est très attaché à la formation avec Claude. On voulait laisser un terrain d’expression aux joueurs français. Néanmoins on était dans l’optique au départ de prendre un joueur intérieur étranger. On n’a pas trouvé le profil recherché. Les deux premières semaines d’entraînement nous ont permis d’identifier les lacunes du groupe. Et quand on a eu l’opportunité de travailler avec Nicolas De Jong, très rapidement on a trouvé un terrain d’entente. Il me semblait que la polyvalence de Nicolas et ses qualités offensives rentraient parfaitement dans l’équipe. 


Ce recrutement a été presque parfaitement mené puisqu’il n’y a eu qu’un seul changement de joueur en cours de route, à savoir l’arrivée de Travis Leslie courant octobre… 

Oui, il est venu début octobre pour remplacer Lasan Kromah, qui est parti à Rouen. On recherchait un peu plus de polyvalence sur le poste 3. On avait quelques manques sur la dimension athlétique et sur le rebond défense. Travis a réussi à compenser ces manques par son impact. Et évidemment c’est un joueur référencé. Pour ne rien vous cacher, on était déjà en discussion avec lui l’été dernier mais à cette époque-là, on ne pouvait pas l’approcher. Quand l’opportunité s’est présentée, on l’a saisie. On est très content de son apport. Il est la pièce qu’il manquait à l’édifice à cette période-là. Cela nous a permis d’avoir une forte densité physique. 


Travis Leslie face à Jaron Johnson (Levallois) (Photo : Linda Chasseriau)


On pourrait aussi parler de l’impact de Kenny Chery. Mais le plus marquant est l’âme qui se dégage de ce groupe. On le voit à travers votre défense (5e défense de la Jeep ELITE), votre volonté de se partager la balle, et de ne rien lâcher. C’est l’état d’esprit que vous avez cherché à inculquer ?

J’attache énormément d’importance à l’état d’esprit et à l’équilibre du groupe. On a voulu développer cet état d’esprit tout simplement parce qu’on était positionné pour jouer le maintien. C’était l’objectif prioritaire du club, parce que ça n’a jamais été fait sportivement (ni en 2013 ni en 2018). Là, évidemment, le pari va être réussi. Je pense que c’était déterminant. On voulait avoir des joueurs qui ne lâchent rien et en même temps, réussir à densifier l’équipe par rapport à l’année dernière. On avait été assez marqués par nos manques sur le plan physique. On était dominés athlétiquement. Cette saison on a des vertus de ténacité, de courage, d’engagement qui nous permettent de relever les défis de la Jeep ELITE avec parfois des hauts et des bas sur le plan offensif. Mais notre régularité en défense nous permet d’exister. 


Ces dernières semaines, votre équipe a pris une nouvelle dimension dans sa capacité à bien voyager. Vous êtes allé gagner à Levallois, au Portel et vous avez passé 22 points à Nanterre chez eux. Est-ce que vos joueurs vous ont surpris sur ce match ?

Avant de parler de ce match, il faut savoir qu’on bouclait une série de quatre déplacements. On avait été à deux doigts de s’imposer à Pau, où on avait mené pendant plus de 30 minutes. On s’impose au Portel dans les dernières secondes en l’absence de Rémi Lesca. Et puis on échappe le match à Antarès au Mans. Les joueurs m’ont vraiment bluffé par leur capacité à rebondir après ces deux défaites frustrantes à Pau et au Mans. J’étais surtout très heureux pour eux parce qu’ils n’ont pas baissé les bras. On est allé à Nanterre avec un vrai état d’esprit, sans rien avoir à perdre. Et on a affronté une équipe de Nanterre qui sortait d’un long trip. 


Après votre victoire contre le BCM ce week-end, vous êtes 7e ex aequo avec Limoges et Bourg. Voir le BBD à la lutte pour les playoffs est bien au-delà de vos espérances en début de saison ? 

Quand on construit l’équipe en juillet pour évoluer au plus haut niveau français avec l’un des plus petits budgets du championnat, on ne peut pas dire qu’on était attendu à cette place-là. Notre championnat, c’était Fos, Le Portel, Antibes, Cholet… Ce que font les joueurs cette année est tout simplement exceptionnel. On est une exception, comme a pu l’être Le Portel il y a 3 ans. Il y a un supplément d’âme qui se dégage de cette équipe, avec une vraie hiérarchie, une vraie complémentarité, avec des leaders offensifs que sont Kenny Chéry, Nicolas De Jong, Travis Leslie et puis des joueurs de rôle qui remplissent le rôle à merveille. Il ne faut pas prendre cela comme acquis, mais on prend du plaisir à être le poil à gratter du championnat. On joue sans pression parce qu’on n’était pas attendu à ce niveau-là. On a une fin de saison intéressante à jouer. Tout le mérite en revient aux joueurs. Il faut savoir l’apprécier. 



Nicolas De Jong (Photo : Linda Chasseriau)


Vous allez jouer quatre de vos sept derniers matches au Palio. Après votre déplacement à Strasbourg, vous recevrez Limoges (lundi 22 avril, match à suivre sur RMC Sport 2). Historiquement, ces BBD-CSP sont toujours des matches particuliers, un peu plus chauds que les autres ?

Il n’y a pas la rivalité entre les Limougeauds et les Palois mais une petite rivalité s’est installée depuis que les deux clubs ont joué en Nationale 1, quand Limoges est redescendu. Il y a toujours eu des matches accrochés ici au Palio. C’était moins le cas à Beaublanc sur les années précédentes. Néanmoins le premier match a été accroché à Beaublanc en décembre. On sait que le Palio sera sans doute plein comme un œuf. On a un match intéressant à jouer parce qu’on est au coude-à-coude avec Limoges. Ce sera une belle fête.