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Rudy Jomby (Cholet) : « Finir le mieux possible »

Déçu de la tournure des événements cette saison, Rudy Jomby (1,96 m, 25 ans) veut cependant bien terminer avec Cholet.

Vous venez de battre le Paris-Levallois au terme d’un match où les défenses ont pris le pas sur les attaques (68-64). Est-ce votre prestation défensive la plus aboutie de la saison d’après toi ?

Défensivement, oui, je pense que c’est un de nos meilleurs matches. La plupart du temps, quand les matches étaient défensifs on ne les gagnait pas. Là on a réussi, c’est bien.

Etant donné la forme du Paris-Levallois avant cela, considères-tu cette victoire comme un beau coup pour Cholet ?

Oui, c’est un beau coup, surtout quand on voit la dynamique dans laquelle Paris-Levallois était, c’est vraiment un beau coup.

Cela vous fait deux victoires successives après celle obtenue contre Antibes. As-tu l’impression que Cholet revient fort sur cette fin de saison ?

Je ne sais pas si on revient fort mais on gagne deux matches consécutifs alors que c’est presque foutu pour les playoffs. Sur la performance en elle-même, tout le monde était content, fier du maillot choletais. Mais après le match dans le vestiaire, on s’est surtout dit que c’était dommage d’être seulement douzième du championnat après des matches comme ça.

D’autant que Cholet avait très bien commencé la saison avant de s’effondrer. On imagine que ce doit être encore plus dur à accepter étant donné que le début de saison laissait penser que vous pouviez faire de belles choses.

C’est clair, à cheval sur les deux dernières saisons, c’est-à-dire la fin de saison dernière et le début de cette saison, on était à 70% de victoire. Malheureusement, après les quatre premiers matches cette saison, on a moins joué ensemble. On avait aussi une énorme réussite à trois-points en début de saison alors qu’on n’était pas toujours régulier en défense. Et quand cette adresse nous a quittés on a eu du mal à trouver les réponses.

Quelles autre raisons vois-tu à votre baisse ?

Je pense aussi que les équipes nous ont bien scoutés et on n’a pas trouvé es réponses collectives. On a moins joué ensemble, on était moins solidaire.

« C’est la première fois dans ma jeune carrière qu’un coach est coupé en cours de saison »

 

Malgré les envolées de Rudy, la saison aura été décevante pour Cholet (Crédit : Etienne Lizambard)

 

Cette mauvaise passe a coûté sa place au coach Jean-Manuel Sousa, celui qui t’avait formé au Havre au début de ta carrière. Est-ce que cela a été dur à vivre pour toi ?

Ca a été un coup dur, c’est la première fois dans ma jeune carrière qu’un coach est coupé en cours de saison et puis avec Jean-Manuel, on avait une relation particulière, presque intime. Après, ce qui se passe au-dessus ce n’est pas à moi de commenter mais ça a été dur à vivre. Ce n’est pas une expérience que j’avais envie de vivre mais je pense que j’en sors grandi.

Son successeur, Laurent Buffard est arrivé fin 2013. Quels changements a-t-il apporté à l’équipe ?

Il a un peu revu la hiérarchie, il a changé le cinq majeur lors du premier match ce qui nous a permis de battre Chalon. Mais après on a pris deux piquettes à Nancy et en coupe d’Europe. Il n’a pas la même façon de faire que Jean-Manuel mais il a plus ou moins les mêmes systèmes. Et puis il a re-solidarisé le groupe au fil du temps.

Plus récemment, Torey Thomas et Lamine Kante ont quitté le club mais, paradoxalement, cela n’a pas porté préjudice à l’équipe. Comment expliques-tu cela ?

Le fait d’avoir deux extérieurs en moins ça responsabilise encore plus les autres. John (Cox), Eric (Chatfield), Anthony (Goods) et moi, on sait qu’on a de la marge de manœuvre, même si on rate un ou deux shoots on ne va pas quitter le terrain. Mentalement, c’est un gros plus, on joue plus libéré et cela joue en notre faveur. En plus les résultats sont là, donc tant mieux.

Lamine Kante a signé dans la foulée avec Poitiers et a publiquement déclaré qu’il regrettait d’avoir signé à Cholet finalement. Que penses-tu de ces déclarations ?

Je n’ai pas vraiment suivi mais j’étais en chambre avec lui. C’est un bon gars, on s’entendait bien mais c’est vrai que quand on parlait un peu sérieusement il était frustré d’avoir ce rôle de joker, il aurait aimé plus de responsabilités. Après, je ne sais pas quel discours on lui a tenu quand il a signé mais c’est compréhensible, il aurait voulu être plus sur le terrain plutôt que sur le banc  à regarder les autres jouer.

Cela va donc faire deux ans que Cholet est absent des playoffs alors qu’il n’y a pas si longtemps Cholet a été champion de France, a joué des finales, a disputé l’Euroleague. Estimes-tu que Cholet a définitivement perdu sa place parmi le gratin de la Pro A ?

Non, je ne crois pas. Cette saison, le championnat est très dur à lire, on a Antibes qui perd d’un point en prolongation à l’ASVEL, Le Havre qui bat Chalon… C’est vraiment un championnat bizarre. Si on avait continué notre dynamique de début de saison on aurait été au contact de toutes ces équipes qui sont presque ex-aequo. Malheureusement, Cholet ne va pas faire les playoffs pour la deuxième année consécutive mais je ne crois pas que Cholet ait perdu sa place en Pro A parmi les équipes fortes du championnat. Cette année, on a eu beaucoup de turnover, surtout au poste de meneur qui est un poste clé. Si le club ne se plante pas dans le recrutement l’année prochaine, il y a moyen de revenir dans le Top 8.

« J’ai appris à faire d’autres choses sur le terrain quand mes shoots ne rentrent pas »

 

Avec seulement 34,3% de réussite aux tirs, Rudy a eu des difficultés avec son shoot cette saison
(Crédit : Etienne Lizambard)

 

En parlant de turnover, il y a aussi eu le cas de Terrell Stoglin, qui a quitté le club en janvier un peu à la surprise générale alors qu’il était le meilleur marqueur de l’équipe. Ce départ non anticipé vous a-t-il perturbé ?

Le truc c’est que Terrell n’est pas venu à un match de coupe d’Europe. Après, c’est difficile de faire confiance à un mec comme ça… C’est vrai qu’on ne s’y attendait pas et ça nous a déstabilisés dans le sens où il marquait des points. On a mis du temps à s’en remettre même si Torey Thomas, quand il est arrivé, il a tout de suite fait un gros match. Mais bon Terrell, ça aurait été compliqué de le retenir. Si le coach l’avait gardé après ça, il aurait perdu en crédibilité devant le reste de l’équipe. C’est mon point de vue et je pense qu’il est partagé.

C’est ta deuxième saison à Cholet, quel regard portes-tu sur tes prestations cette saison ?

Un peu à l’image de mes années précédentes, je trouve que je manque de régularité. Mais j’ai mûri et j’ai appris à faire d’autres choses sur le terrain quand mes shoots ne rentrent pas, faire des passes, prendre des rebonds…

En arrivant à Cholet il y a deux ans, il y avait moins de concurrence sur ton poste que dans ton ancien club, Gravelines-Dunkerque. On se disait alors que tout était réuni pour que tu franchisses un cap. Es-tu satisfait sur ce point ?

Par rapport à ma dernière saison à Gravelines, mes deux années à Cholet ne sont pas spécialement réussies. On ne se qualifie pas pour les playoffs deux fois de suite, collectivement je m’attendais à mieux. Et personnellement, je suis plus régulier dans mes rebonds et mes passes mais pas sur mon shoot. Je m’attendais à faire mieux quand même. Pourtant j’avais pas mal bossé là-dessus l’été dernier, ça a porté ses fruits en présaison mais pas vraiment par la suite. Je vais donc bosser encore pour remédier à ça.

Tu n’es cependant pas très loin d’être dans le Top 10 des Français à l’évaluation. Est-ce un objectif pour toi à l’avenir ?

Non pas spécialement, je veux surtout être le plus régulier possible. Je préfère faire dix points, cinq rebonds et cinq passes que faire 20 points et rien d’autres à côté. Après, le Top 10 ce n’est pas vraiment un objectif.

« Le public de Cholet n’a pas eu la saison qu’il méritait donc il faut essayer de lui faire le plus plaisir jusqu’au bout »

 

Depuis quelques temps, Rudy et Cholet retrouvent le sourire (Crédit : Etienne Lizambard)

 

Vous êtes désormais assurés du maintien mais aussi de ne pas faire les playoffs. Comment fait-on pour rester motivé dans ces conditions ?

Il faut être professionnel parce qu’on est payé jusqu’au bout. Le public de Cholet n’a pas eu la saison qu’il méritait donc il faut essayer de lui faire le plus plaisir jusqu’au bout, peu importe qu’on n’ait plus rien à jouer.

Cela vous donne un rôle d’arbitre, d’autant que vous allez rencontrer des équipes à la lutte pour les playoffs comme l’ASVEL et Nancy. Est-ce valorisant ?

Valorisant, non, mais si ces clubs veulent se qualifier pour les playoffs, il va falloir qu’ils le méritent. On ne va pas fausser la donne en arrêtant de jouer.

Si le maintien ne vous concerne plus, cela concerne encore Le Havre, ton club formateur. Penses-tu qu’il puisse se sauver ?

En étant formé au Havre, je continue de suivre ce qu’ils font et j’espère qu’ils vont se maintenir. Mais entre eux, Antibes et Roanne, ça va être serré. Il y a un Antibes - Le Havre lors de l’avant-dernière journée, j’espère qu’ils obtiendront le maintien à ce moment-là.

Pour votre prochain match, vous allez jouer contre Gravelines-Dunkerque qui, comme vous, n’a plus rien à perdre ni à gagner. Comment envisages-tu cette rencontre ?

Comme je l’ai dit, on va y aller pour gagner. On veut finir le mieux possible et je pense que Gravelines est dans le même état d’esprit.

Gravelines, c’est ton ancien club, où jouent encore bon nombre de tes anciens coéquipiers. Est-ce un match spécial pour toi ?

Oui, c’est toujours un peu spécial, c’est l’équipe avec laquelle j’ai gagné mon premier et unique titre en professionnel (la Semaine des As en 2011). Ca fait plaisir de revoir des anciens coéquipiers, plaisir de remettre un pied dans la salle, ce sont des bons souvenirs. Mais le plus important c’est de gagner le match.