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Remy Valin (Denain) : « Cette équipe est paradoxale mais n'a jamais lâché »

Venu au coaching très jeune, après une courte carrière de joueur l’ayant vu évoluer à Monaco, alors en N2, Rémy Valin (41 ans) a pris en main l’équipe de PRO B d’Évreux dès avril 2007, dès avant ses 30 ans. Une ALM où il sera resté 9 saisons, en y faisant quelques très jolis miracles, avec 5 participations consécutives en playoffs (entre 2010 et 2014), avec en point d’orgue, une deuxième place à une petite longueur de Pau-Lacq-Orthez, à la fin de la saison 2012-13. Tenté par l’aventure de Rouen, alors promu dans l’élite via une wild-card, à l’été 2015, il a passé deux saisons dans la capitale normande avant de s’engager avec Denain depuis près de deux ans. Rencontre et analyse sur la difficile saison de "Voltaire", le jour même où Denain allait s’imposer à Gries Oberhoffen pour s’éloigner un peu de la zone rouge...

Remy Valin, coach de Denain  (Crédit Photo : Pascal Thurotte)


Rémy, en neuf saisons, avec l’ALM Évreux, vous vous êtes fait une réputation de "faiseur de miracles" avec des budgets souvent parmi les plus petits de la division. Est-ce une définition qui vous va bien ou bien est-ce fatigant, à la longue, d’être le plus souvent sur le fil du rasoir au moment de boucler son recrutement ?

À Évreux, ce qui était intéressant et qui va bien au-delà du recrutement, c’était qu’on avait travaillé sur la durée pendant plusieurs saisons. Avec des joueurs qui sont restés sur plusieurs années et ont servi de base. Le succès de beaucoup de joueurs étrangers qu’on avait pu prendre, il tenait aussi à ça. Je pense que, quand il y a un environnement et un groupe qui est stable, il est beaucoup plus facile pour un étranger qui débarque de s’intégrer et de produire rapidement. Selon moi, c’est l’une des premières clés. Donc, non, l’expérience à Évreux n’était pas usante, puisque malgré des moyens limités on parvenait à travailler dans une certaine forme de continuité. Chaque année, on parvenait à conserver quatre ou cinq joueurs minimum. Il y a même une année où l’on en avait conservé 9, avec pour seul nouveau Clevin Hannah. Derrière ce recrutement minimaliste, on avait pu effectuer une très grosse saison (l’ALM Évreux, 8e en 2011-12, avait terminé 2e de la saison régulière et été là en demi-finales des playoffs d’accession, perdues 0-2 face à Châlons-Reims, ndlr). C’est un peu ce que l’on peut regretter dans notre galère actuelle : de moins pouvoir travailler dans la continuité sur plusieurs saisons, car c’est cela qui permet de construire des résultats sur le long terme. 


Quelles sont les recettes ou les incontournables pour constituer un effectif quand on sait ne pas pouvoir s’aligner sur les meilleurs salaires de la division ?

L’an dernier, ici à Denain, nous avions plus de marge de manœuvre sur le plan budgétaire, car nous avions pu attirer des CV comme Lance Goulbourne, Jay Threatt, Jérôme (Cazenobe), Pierric (Poupet), plus des JFL qui étaient déjà au club l’année d’avant. Malheureusement, cette saison, nous sommes retombés sur un budget plus serré par rapport aux années précédentes. Il a donc fallu tenter des coups et cela ne s’est pas forcément avéré payant. Après, le mal-être de Kristofer Acox, qui aurait normalement dû être un joueur dominant, était difficile à prévoir. (L’Américano-Islandais, international, ne s’est pas fait à la vie à Denain et a quitté le club en novembre, entraînant le départ de son compatriote, Elvar Fridriksson, ndlr). Parfois, tu es plus amené à lancer une pièce en l’air quand tu n’as pas cette stabilité. Là, on a un groupe avec beaucoup de jeunes à l’intérieur, avec la règle des 4 moins de 23 ans obligatoire. Forcément, c’est plus difficile et plus risqué. 


L’analyse que vous faites des difficultés de l’équipe, cette saison, tient donc essentiellement à ce manque de stabilité dans l’effectif ?

Pas seulement, mais c’est un point essentiel. On était parvenu à conserver Jean-Philippe Dally, Pierric Poupet et Jérôme Cazenobe, soit une bonne base de JFL. Mais ensuite, on a changé 7 joueurs, avec l’obligation d’aller chercher beaucoup de jeunes. Ce qui a conduit à tenter des paris parce qu’on ne pouvait pas toucher des joueurs référencés en PRO B comme on avait pu le faire la saison précédente. Il faut assumer ce fait, que mes choix ne se soient pas avérés payants sur plusieurs joueurs étrangers. 


Avec Évreux, vous n’avez jamais été vraiment confronté aux luttes pour le maintien. À Rouen, alors dans l’élite, puis cette saison avec Denain, vous êtes dans ce cas de figure. Le management est-il différent quand cette peur de la rétrogradation est présente ?

Le management... (long soupir) Nous, il a déjà fallu sans arrêt ou presque intégrer des nouveaux joueurs car l’effectif a souvent bougé cette saison. C’est la première des choses. Dans ces conditions, c’est compliqué de créer un véritable collectif et un état d’esprit. Cela demande du travail et une énergie incroyable. Maintenant, j’ai appris aussi de ce qui a pu se passer à Rouen à l’époque, même si le contexte était très différent. Mais cette histoire de maintien à obtenir est une histoire différente dans chaque club. Chez nous, le turnover a été vraiment préjudiciable. Ensuite, on sait aussi qu’on a un effectif très jeune qui est capable de réaliser des super coups, comme à Orléans, à Nancy, à Rouen, ou en battant Roanne à la maison. Mais dans d’autres circonstances, ça s’est moins bien passé. Là, on essaie de continuer à travailler dans la sérénité. On sait qu’on est capable de produire des choses très bien, mais il nous faut rester focus sur nos priorités et ne pas partir dans tous les sens, s’énerver, exploser toutes les cinq minutes... Il nous faut rester positifs quand les choses méritent qu’on en souligne les qualités. Et puis, il y a tellement de matches qui se sont joués à deux ou trois points... (7 matches cette saison se sont joués par 3 points d’écart ou moins pour Denain, ndlr). Il faut donc surtout rester serein. Il n’y a jamais de hasard dans le basket. Sur certaines fins de matches, on a parfois commis des erreurs grossières qui nous ont été très préjudiciables. Par manque de vécu, de repères collectifs, etc. Tout simplement parce que beaucoup de choses ont dû être construites dans l’urgence. Il nous a fallu chercher notre identité d’un match à l’autre et ça nous a forcément coûté quelques matches. Mais ce qui est paradoxal avec cette équipe, c’est que nous avons également gagné pas mal de ces matches ultra-serrés (Denain est à 3 victoires et 4 défaites quand l’écart est inférieur ou égal à 3 points, ndlr). Parfois, on a très bien tenu. Donc, la barre n’est pas si haute pour nous.


Ce mal-être d’Acox et Elvar Fridriksson, qui ne se plaisaient pas dans la ville et la région, a aussi pesé sur l’ambiance...

Oui, forcément ! L’équipe était très jeune et fortement remaniée, mais nous avions réalisé une super préparation. Tout le monde était bien, nous avions construit un bon socle défensif très tôt mais... Oui, ça a été un vrai problème. En plus, Acox s’était blessé avant cela, il avait manqué des rencontres de Leaders Cup puis un de championnat. Ensuite, quand ils sont partis, nous avons joué sans deux étrangers pendant deux rencontres, avant de rester un mois et demi sans intérieur étranger. Tout ça fait que le début de saison a été tronqué. Mais malgré tout, on est à 7 victoires pour 10 défaites à la fin de la phase aller.


L’équipe, avant les deux journées du week-end dernier (à Gries Oberhoffen) et de mardi (face à Chartres), restait sur 7 défaites et... un exploit à Orléans (victoire 70-78) depuis février. Finalement, vos difficultés viennent de deux mauvaises passes, 5 revers de rang à cheval sur novembre et décembre et la série actuelle. Comment analysez-vous cette série ?

La série de novembre-décembre s’explique donc, mais celle actuelle est moins compréhensible. L’équipe à un moment ne bougeait plus et était en recherche d’une identité. C’est tout le paradoxe de cette équipe, d’être capable de réaliser des exploits face à des clubs qui devraient être intouchables pour nous et de se trouer face à d’autres. C’est une équipe très jeune, au final. Maintenant, avec le retour de Jonathan Augustin-Fairell, ça va mieux. Ce n’est pas du tout le même joueur aujourd’hui qu’il y a un mois, quand il revenait de blessure. Tout ça mis bout à bout, on s’est retrouvé très dépendant de la réussite de trois ou quatre joueurs. Dès que l’un d’eux est passé au travers, tout devenait plus compliqué. Mais sur l’ensemble des rencontres, mis à part quelques premières mi-temps, notamment à domicile, il y a toujours eu du combat. Personne n’a baissé les bras. Si nous sommes dans les matches, il n’y a pas de hasard non plus. 



Quelles seront les clés dans la lutte pour le maintien avec Caen, Aix et Chartres ?

Les clés, elles sont mentales. Physiques aussi, bien sûr, puisque l’un a une influence sur l’autre. Mais tout va se jouer sur des détails. Mais aussi et surtout sur notre capacité à nous mettre le c... par terre ! Sur la durée. Pour qu’on y parvienne, il faut que le mental suive, que l’investissement de chacun, sur les plans moral et mental, soit là en permanence. On a montré qu’on en était capable il y a dix jours à Orléans. Ou encore à Paris où, après une mi-temps lamentable, nous nous sommes battus pour revenir à deux points avant de commettre deux bévues inexplicables qui nous coûtent le match. Mais l’important c’était de revenir dans le match, de ne pas lâcher. Là, ce soir, on est encore en effectif restreint, sans J-P Dally, mais je sens qu’on est prêt. (Cet entretien a eu lieu vendredi 19 avril. Le soir même Denain gagnait dans la salle de Gries, 70-77). Enfin, ce qui va jouer, c’est aussi si, à l’intérieur de ces quatre équipes en lutte pour le maintien, certaines connaissent des pépins, blessures, etc.


Cet article est à retrouver dans le Soir de Match papier distribué dans les salles de PRO B pour la J29.