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Rémi Giuitta (Fos) : « On s'est un peu pris pour une équipe qu'on n'est pas ! »

Fos Ouest Provence a connu des hauts et des bas cette saison. Seul 4e, le club des Bouches-du-Rhône veut arriver lancé pour les playoffs...

Après être revenu à une petite longueur du leader suite à une énorme série (12 victoires sur 13 entre mi-décembre et fin février), l’équipe drivée par Rémi Giuitta a clairement marqué le pas et laissé échapper le trio de leaders. Mais Fos Provence Basket paraît bien se redresser, vient de battre Saint-Chamond et ainsi mieux assurer sa 4e place,  et pourrait à nouveau s’avérer affûté au moment des playoffs d’accession. Explications de texte par le coach…


Après un départ un peu poussif (4 victoires pour 4 défaites début décembre), vous avez connu une période exceptionnelle pendant les 10 semaines suivantes (12V- 1D jusqu’à début mars). Qu’est-ce qui fonctionnait parfaitement pendant cette période faste ?

La raison principale, c’est déjà que c’est le moment où l’on a pu disposer d’un effectif complet, parce que cela correspond au retour au jeu de Xavier Gaillou et la signature de Jordan Aboudou. Donc, on passe de huit joueurs pros à 10, déjà, ce qui n’est pas neutre. Ensuite, on entrait aussi dans une phase où l’on avait digéré la prépa et où l’on commençait à trouver des bases collectives et des affinités dans le jeu. Enfin, c’est aussi une montée en régime individuelle, puisqu’on avait commencé la saison avec plusieurs joueurs un peu à court de compétition pour diverses raisons. Édouard Choquet par exemple, qui a été blessé l’an dernier avec Châlons-Reims, qui a très peu joué sur 2017, en ne reprenant qu’à 3 journées de la fin de la saison après sa grosse blessure au genou. Lui sortait donc de 6-8 mois sans jouer. Idem pour Abdou Mbaye, lui aussi avec son rythme à retrouver, parce qu’il avait très peu joué la saison dernière. Et puis Tariq (Kirksay), qui n’avait pas fait la prépa physique et avait ensuite été très perturbé par la longue attente autour de son statut de JFL ou non. Tout ça mis bout à bout, on a retrouvé, en décembre, une dynamique qui était absente pendant tout l’automne. Et puis, c’est souvent le cas en Pro B, dès que tu trouves une dynamique collective, les victoires appellent les victoires et on s’est mis à enchaîner des succès lors de certains matches serrés qu’on aurait sans aucun doute perdu un mois plus tôt. Et nous voilà enchaînant ce parcours assez exceptionnel de 12 sur 13...

À ce moment-là, vous vous retrouvez à une longueur d’Orléans. Mais depuis, vous restez sur deux victoires sur les sept dernières journées, avec de vraies difficultés à l’extérieur et une vilaine claque à Roanne (-35). Là encore, des explications ?

Le coup d’arrêt arrive à Évreux. Alors c’est vrai que nous avons eu un coup de moins bien physiquement, mais aussi, il faut être juste, nous avons affronté des adversaires qui étaient en plein redressement, comme Évreux (sur une série de 6 victoires en 8 journées à l’époque) ou Roanne. Il faut aussi leur rendre hommage, entre guillemets. Entre temps, on perd aussi face à Lille, à la maison, après prolongation, en ayant eu la balle de match dans les mains. Évreux, avec l’ajout de Brooks, ce n’est plus la même équipe. S’ils avaient eu cet effectif dès le début, ils seraient sans doute en playoffs. Donc, sur le papier, la série de 3 revers de rang est embêtante, mais quand on prend les défaites une par une, mis à part le -35 encaissé à Roanne, on n’a pas non plus à rougir. Après, c’est vrai qu’on a eu un trou où l’on a été clairement moins bien sur le plan défensif. On gagne difficilement contre un STB qui n’a rien à perdre et est insolent d’adresse ce soir-là, ainsi qu’à Denain et d’un point à Poitiers sans Kirksay et Burrows. Alors, c’est vrai qu’on a été moins bien collectivement derrière notre remontée juste derrière Orléans. Moi, je l’ai dit aux joueurs, nous avons baissé notre intensité défensive et peut-être qu’on s’est un peu pris pour une équipe qu’on n’est sans doute pas. La série de trois défaites a aussi engendré une vraie déception et un coup de bambou mental. L’an dernier, on avait aussi vécu ça après avoir perdu contre Charleville-Mézières à la maison, ce qui nous faisait perdre tout espoir de première place. Et là, c’était tout près des playoffs et nous n’avons clairement pas été bons lors de ces phases finales. Là, c’est un mal pour un bien peut-être. On a digéré la déception, et j’espère que ça va nous permettre de recréer une dynamique positive pour arriver lancés lors des playoffs d’accession.

 

La différence, c’est aussi une baisse de régime claire de votre couteau suisse, Tariq Kirksay, qui noircissait toutes les colonnes statistiques et semble plus en difficultés ces derniers temps ?

Complètement. La baisse de régime collective est aussi, comme souvent, liée à un coup de moins bien de certaines individualités fortes du groupe comme Tariq. Mais ces joueurs-là, ils ont aussi besoin d’un bon collectif pour s’exprimer. Nous n’avons pas une équipe construite autour d’un scoreur providentiel. On a des leaders dans le jeu, mais un Tariq par exemple, il enrichit énormément le collectif, mais il en dépend aussi. C’est un joueur formidable, mais dans une équipe qui tourne correctement. Ce n’est pas quelqu’un qui va prendre la balle et être décisif à lui tout seul en te mettant 20 points à chaque match. Ce n’est pas son profil. Édouard (Choquet), c’est pareil, il est excellent pour mettre en place le jeu et finir sur des systèmes construits, mais pas un meneur scoreur qui prend tout à son compte et fait son go-to-guy quand ça va mal. Donc on a des leaders fiables, mais qui ont besoin que le collectif soit au point pour exprimer tout leur potentiel.

 

Qu’est-ce qui manque aujourd’hui à Fos pour rivaliser avec le Top 3 ?

De la stabilité mentale d’abord, pour maintenir toujours un même niveau de performance. Un peu de leadership offensif aussi, parfois. Côté adresse, nous ne sommes pas une équipe assez constante. On a le potentiel pour faire bien mieux. Nous sommes parmi les meilleurs dans les tirs à deux-points, mais très loin de ce qu’on devrait produire derrière l’arc. On a trop de déchets offensifs - aux tirs mais aussi sur les balles perdues -, pour qu’on ait pu jouer avec les trois autres pour la montée directe jusqu’au bout. Et puis, alors qu’on commençait à faire partie des meilleurs en défense, on vient d’enchaîner 4 matches sur les 6 derniers en encaissant plus de 80 points. Sur ce plan-là, on a un peu lâché mentalement et on a perdu notre côté conquérant. On a subi, alors que lors de notre 12 sur 13, nous étions une équipe qui impactait vraiment les adversaires sur le plan physique et dans l’intensité. Oui, je me répète, mais on a un peu perdu de vue ce qui nous avait fait gagner les matches. Parce que, même si je sais que c’est un peu dur de dire ça, on n’a sans doute pas le talent de certaines autres équipes. Charles-Noé Abouo, par exemple, nous a portés en attaque pendant un temps, mais il n’est pas encore au niveau pour le faire sur toute une saison. Nous avons de très bons joueurs, mais pas un Cellus Sommerville ou un Tyren Johnson qui peuvent te sauver une rencontre à tout moment. Mais j’assume ça ! Notre équipe n’a pas été construite dans ce sens, mais plutôt avec un vrai partage de responsabilité offensive comme défensive, et qui nécessite que tous soient - on va dire -, à leur rendement habituel ou prévisible pour gagner. Des deux côtés du terrain. Mais c’est aussi ce qui peut nous permettre de faire un parcours façon Le Portel il y a deux ans. Ils n’avaient pas le plus de talent parmi les équipes en playoffs. À chaque match, ils étaient portés par un joueur différent. Nous avons ce profil. Et dès que nous sommes moins dans le combat et l’engagement, on souffre... Le Portel, ça leur a permis de battre Bourg, Évreux ou nous et de monter dans l’élite.

 

Les playoffs semblent assurés et la montée directe est hors de portée aujourd’hui. Quels sont les enjeux de cette fin de championnat ?

Moi, c’est ce que je pense sincèrement. Je préfère avoir eu ce coup de moins bien assez tôt. C’est bon, on a eu de la frustration à avaler et nous avons eu le temps pour ça. Maintenant, on doit se mettre en mode commando pour parvenir à construire une équipe capable de faire les meilleurs playoffs de l’histoire du club. L’an dernier, c’était arrivé à deux journées de la fin, et nous ne nous étions pas remis de cette frustration de laisser à Bourg la montée directe.

Entre Blois, Orléans et Roanne, la lutte pour la montée directe fait rage. Qui voyez-vous aujourd’hui capable d’aller au bout ?

C’est compliqué. Parce que je voyais bien Roanne jusqu’à ce que ses voisins de Saint-Chamond ne lui jouent un bien mauvais tour. Ils étaient sur une dynamique énorme. Maintenant, Blois me paraît être l’équipe la plus stable, la plus équilibrée et donc la moins dépendante d’un joueur ou d’un secteur de jeu. Ils sont capables de défendre fort si le besoin est là. Ils ont une excellente balance offensive et de la jeunesse, aussi, qui permet de bien digérer ces semaines à venir où l’on enchaîne les matches.

 

Cela vous laisse de toutes façons deux sacrés clients pour les playoffs...

Oui, quoi qu’il arrive, il y aura deux grosses équipes. Sans compter un Nancy, par exemple, pas forcément assez constant sur la saison régulière, mais capable de se sublimer au moment des playoffs. Personne n’aurait prédit que Nantes allait aller en finale l’an dernier...

 

Interview réalisée avant l’éclatante victoire face à Quimper lors de la Journée 29, suivie de la victoire à Caen le 27 avril dernier.