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Ntilikina et la génération dorée des « 98 »

Ils ont tout juste 18 ans et jouent déjà en LNB. La génération 98, emmenée par Frank Ntilikina, (Strasbourg) est particulièrement prometteuse...

Frank Ntilikina au dunk en BCL contre Mornar Bar

(Article paru le 01/12/2016) Seuls les tous meilleurs joueurs européens de chaque génération commencent à fouler les parquets professionnels à 18 ans. Un âge où leurs homologues nord-américains découvrent le championnat universitaire. Or, on constate que derrière leur chef de file,  Frank Ntilikina, plusieurs « 98 » ont déjà été alignés en Pro A cette saison. Cela démontre toute la richesse de cette génération, championne d’Europe chez les moins de 16 ans en 2014, que l’on retrouvera dans quinze jours à l’Euro des moins de 18 ans.

Frank Ntilikina (1,91 m, 18 ans) est le surdoué de cette génération. Ce meneur étonnant de maturité possède déjà un vécu très intéressant pour ses 18 ans et 4 mois. Il a commencé à s’entraîner avec l’effectif professionnel de la SIG il y a près de deux ans. Vincent Collet l’a lancé en Pro A en avril 2015 puis n’a pas hésité à le mettre sur le terrain la saison dernière en Euroleague puis en Eurocup. Il faut dire que le garçon possède des qualités exceptionnelles. On a rarement vu un joueur français de cet âge afficher une telle intelligence de jeu. Ses qualités athlétiques, son envergure démoniaque pour un meneur de jeu (2,13 m !) et sa défense, sont autant d’atouts qui font saliver les franchises NBA.

En vérité, les scouts NBA savent déjà tout de ce frenchy, depuis qu’il a participé au Jordan Brand Classic, à Brooklyn, il y a deux ans, un événement rassemblant les dix meilleurs joueurs européens ; et qu’il a mené l’équipe de France U16 au titre de Champion d’Europe. On l’annonce dans le Top 10 ou le Top 15 de la draft 2017. Preuve de la hype qui entoure Ntilikina depuis quelques mois, la SIG a décidé de refuser toutes les demandes d’interview de son joueur. « On veut le protéger, le laisser grandir tranquillement », nous a indiqué Jérôme Rosenstiehl le GM du club strasbourgeois.

Ntilikina tourne à 48% à trois-points

Le numéro 22 s’est fait toute sa place au milieu des pros confirmés de la SIG. Il joue près de 15 minutes par match en Pro A (4,4 points à 56,3%, 1,5 rebond, 0,6 passe) et 17 minutes en Basketball Champions League (7,6 points à 47,1%, 1 rebond, 1,9 passe) où il vient de signer la meilleure évaluation de sa jeune carrière (15 contre Mornar Bar, mardi), gratifiant au passage le Rhénus d’un joli dunk dans le trafic.

Sa moyenne de passe relativement basse s’explique par le fait que Ntilikina a souvent été décalé au poste 2 pour améliorer son agressivité en attaque. Les progrès sont palpables au niveau du tir (15/31 à 3-pts au cumul des deux compétitions*).

 

Autre grand espoir de cette génération 98, Bathiste Tchouaffé (1,96 m, 18 ans) découvre le milieu professionnel cette saison à Nanterre, après avoir effectué un cursus complet au Centre Fédéral. Il était le leader du CFBB la saison dernière en Nationale 1 avec 12,6 points, 3,4 rebonds et 2,3 passes. Tchouaffé ne joue pas avec les espoirs de Nanterre et a encore peu évolué jusqu’à présent avec les pros (16 minutes en Pro A et 24 minutes en FIBA Europe Cup). Mais cela fait partie du processus logique de développement.

Bathiste est bien dans sa tête, il a envie de progresser.

L’arrière a signé un contrat de trois ans avec Nanterre, et son entraîneur, Pascal Donnadieu, veut laisser le temps au temps. « On ne s’est pas donné d’objectif de temps de jeu », nous rappelait-il en présaison. « On travaille et quand j’aurai l’opportunité de le mettre sur le terrain, je n’hésiterai pas (…) On a bien discuté du projet avec lui, il n’y a pas d’ambiguïté là-dessus. Il fait preuve d’une grande maturité pour son âge, il est travailleur, très à l’écoute. Bathiste est bien dans sa tête, il a envie de progresser. »

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Bathiste Tchouaffé en FEC contre les Hongrois de Sopron (photo FIBA)

Tchouaffé est soumis à une rude concurrence sur son poste d’arrière. En effet, le poste 2 titulaire, l’Américain Spencer Butterfield, réalise un superbe début de saison et fait même partie des trois nominés pour le joueur du mois de novembre. Le temps de jeu de Tchouaffé devrait progresser au fil de la saison. Sa situation n’est pas sans rappeler celle d’Evan Fournier, qui avait rejoint Nanterre en Pro B à sa sortie du Centre Fédéral (à seulement 17 ans). Le jeune Fournier n’avait joué que cinq minutes en moyenne sur les dix premiers matches de la saison, puis presque une vingtaine à partir de février.

Contrairement aux deux joueurs précités, Adam Mokoka (1,96 m, 18 ans) évolue en championnat espoirs (14,8 points, 3,8 rebonds, 3,7 passes, 2,3 interceptions en 33 minutes). Le Gravelinois n’a pas joué une seule seconde avec les pros lors des huit premières journées du championnat. Et puis, le 19 novembre, Christian Monschau l’a envoyé au feu contre Orléans. Mokoka a saisi sa chance et a montré de belles choses en 18 minutes (11 points à 4/6 aux tirs, 2 rebonds, 11 d’évaluation).

Cinq jours après, il a joué 16 minutes en FIBA Europe Cup contre les Belges du Limburg United. Et encore 12 minutes samedi dernier à Cholet. Ses qualités athlétiques, sa défense, lui permettent d’exister chez les pros. Maintenant, Adam Mokaka a aussi profité du départ de Steven Gray. Sa fenêtre d’expression se réduira si le BCM, en difficulté en championnat (4V-6D), choisit de recruter un nouvel arrière étranger.

 

 

Le 30 octobre, la présence d’Abdoulaye Ndoye (1,97 m, 18 ans) dans le cinq de départ de Cholet n’a pas manqué de surprendre, lors de la réception de l’Elan Chalon. Les deux meneurs de CB, Angel Rodriguez et Jonathan Rousselle, étaient pourtant opérationnels, mais Philippe Hervé a décidé d’envoyer son prospect en première ligne. « Ca fait partie du projet », a-t-il commenté dans Ouest France. « À un moment, il faut faire les choses, pas seulement les dire. Évidemment, le meilleur moment, c’est de les faire dans une période où la dynamique d’équipe est positive. Et il vaut mieux les faire d’entrée, car c’est là qu’on peut évaluer les gens, ce n’est pas en les lançant dans les deux dernières minutes d’un match, alors qu’il n’y a plus d’enjeu. »

On retiendra que l’expérience a été mitigée (0 point, 1 rebond, 1 passe en 7 minutes) mais elle méritait d’être tentée. Le 21 novembre, Ndoye a joué 11 minutes à Monaco et a inscrit le premier panier de sa carrière. Lui aussi champion d’Europe U16, ce Dunkerquois est le fils d’Oumar Ndoye, qui joua au BCM au début des années 90. Il présente un volume de jeu plus qu’intéressant à son poste (7,7 points, 4,7 rebonds et 4 passes au Tournoi de Mannheim avec les U18 au printemps dernier).

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Abdoulaye Ndoye (photo : Cholet Basket)

Dans cette génération Championne d’Europe, qui pointe le bout de son nez chez les pros, on peut encore citer Elhadji-Digué Diawara (2,05 m, 18 ans). Cet ailier très athlétique, doté d’une belle envergure, a rejoint l’Asvel en 2014. En l’absence de Charles Kahudi, il a été appelé sur le banc des pros et est entré 5 minutes en Pro A et autant en BCL. Diawara a inscrit son premier panier mercredi contre l’équipe turque d’Usak (ville située entre Izmir et Istanbul). Arrivé tard au basket, sa marge de progression est énorme. Mais sa taille est plus qu’intéressante dans la perspective d’une carrière à haut niveau.

On a découvert Thibault Desseignet (1,82 m, 18 ans) à l’occasion de la finale de Leaders Cup Pro B, en février dernier, à la Disney Events Arena. Cette saison, ce meneur formé à Bourg, est la doublure de l’Américain Garrett Sim à la JL. Il vaut 3,9 points à 47,6% aux tirs et 1,7 passe en 14 minutes. Entre la Leaders Cup Pro B et le championnat, Desseignet a déjà joué 221 minutes avec les pros depuis le début de la saison. Un choix de carrière très positif.

A 15 jours de l'Euro U18 en Turquie...

« Aller chercher un podium et le Mondial »

On devrait retrouver tous ces bons éléments de la génération 98 lors du championnat d’Europe des moins de 18 ans, qui se jouera dans quinze jours, du 16 au 22 décembre, à Samsun en Turquie. La compétition, initialement programmée cet été, avait été reportée en raison des événements en Turquie – dans la nuit du 16 au 17 juillet une tentative de coup d’Etat avait fait près de 300 morts.

Ce sera le deuxième Euro U18 pour Frank Ntilikina et Bathiste Tchouaffé, déjà présents l’an passé à Volos (Grèce) où les Bleuets avaient chuté en quart de finale contre les futurs champions, les Grecs. L’équipe avait payé son manque d’expérience dans les moments clés, contrairement aux leaders de l'équipe grecque. C’est pourquoi le sélectionneur des U18, Tahar Assed-Liégeon, ne peut qu’être satisfait de voir ses protégés fouler les parquets professionnels : « On a des garçons qui s’entrainent avec des pros constamment. Là, on vient de faire un stage et je vois bien les progrès réalisés, en particulier dans la lecture du jeu, mais aussi dans la technique individuelle et, pour certains, physiquement. On sent qu’il y a une évolution liée à leurs entraînements quotidiens avec des coaches et des joueurs pros. S’entraîner contre un Américain de 28 ans, ça amène forcément des choses... »

Avec le prodige Sekou Doumbouya

Quatrième du Tournoi de Mannheim au printemps, les U18 vont récupérer Frank Ntilikina et pourront compter sur le phénomène Sekou Doumbouya (2,05 m, né en 2000), qui vient d’obtenir la naturalisation française et fêtera ses 16 ans le 23 décembre ! « A partir du moment où il a du temps de jeu en Pro B, cela démontre bien la qualité de ce garçon », dit Tahar Assed-Liégeon. « Il va pouvoir aider les équipes de France.  Il peut jouer 2, 3, 4 sans problème parce qu’il peut shooter et poster. C’est le prototype du poste 3 pour le haut niveau. »

Même en l’absence très probable de Killian Tillie, retenu à Gonzaga, cette équipe nourrit de grandes ambitions.« L'idée est d'aller chercher un podium. On veut aussi se qualifier pour le championnat du monde car les U18 ont raté les trois dernières éditions. Pour être sûr d’aller au Mondial, il faudra gagner le quart de finale. On sait ce qui nous attend. J’espère qu’on se qualifiera et que Killian sera présent avec nous au Mondial. »

 

Retrouvez notre grand format consacré à la génération 97 : "Amine Noua et les 97 se montrent."