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Matt Carlino : « A Roanne, je suis vraiment heureux ! »

Meneur gaucher au shoot soyeux et capable de prendre feu en quelques instants, Matt Carlino (1,88 m, 26 ans, Américano-Italien), s’éclate avec la Chorale cette saison. Utilisé en sortie de banc par Laurent Pluvy, il est le top-scoreur (15,9 pts à 40,7% à 3-pts), 2e passeur et 3e rebondeur de l’équipe, ce qui en fait le numéro 1 à l’évaluation malgré un temps de jeu limité à 23 minutes en moyenne. Passé par Boulazac lors de son année rookie, Matt - victime du mal du pays -, était reparti à la trêve en laissant tout de même une excellente impression à son coach d’alors, Antoine Michon : « Cela arrive souvent aux rookies », raconte Michon, « mais Matt avait été brillant lors de son passage. Avec sa patte gauche, il a une propension à pouvoir prendre feu très vite et je suis très content de voir ce qu’il réussit aujourd’hui avec Roanne. »

Matt Carlino en discussion avec son coéquipier David Jackson (Crédit Photo : Georges Burrelier)


Matt, vous venez de remporter la finale de la Leaders Cup Pro B avec Roanne. Si je regarde votre parcours, vous avez disputé pas mal de finales, au Lycée, celle de la West Coast Conference en NCAA, un Final Four du NIT, mais n’est-ce pas votre première finale importante gagnée ?

Oui, c’est vrai, cela fait très, très longtemps que je n’avais pas gagné de finale. J’ai eu la chance d’évoluer, aux USA, dans des équipes qui allaient souvent loin dans les compétitions, mais nous avions été souvent malheureux lors des finales. Alors à Disneyland® Paris, c’était vraiment un moment super pour les fans, le club et toute l’équipe.


Comment était l’ambiance dans le groupe après votre finale à Disneyland® Paris ?

Je crois que quelle que soit la compétition, à chaque fois que vous jouez une finale, c’est un moment très spécial. Ce que vaincre en finale vous apporte compte finalement très peu. Si j’ai bien compris, en remportant la Leaders Cup, cela nous assurait une place en playoffs quoi qu’il arrive sur le reste de la saison. Alors oui, ce n’est pas essentiel parce que nous devrions nous qualifier ou, je l’espère, ne pas avoir à disputer ces playoffs d’accession en terminant en tête de la saison régulière, mais dès lors que vous disputez une finale, devant un public nombreux et ce qui se fait de mieux dans le basket français, c’est juste une question d’honneur. Vous n’avez pas besoin de vous motiver spécialement autour de l’enjeu. Cette compétition n’existe pas depuis longtemps pour la Pro B je crois, et ce que je vois, c’est que Roanne a déjà inscrit deux fois son nom sur cette coupe. En plus, l’ambiance était top et nos fans étaient vraiment présents. Donc ça a été une formidable expérience pour l’équipe et une bonne préparation pour la suite de la saison. Jouer des matches couperets, c’est toujours spécial et plus vous en jouez avant d’éventuels playoffs, mieux c’est. 


Revenons en arrière. Vous avez beaucoup bougé dans vos jeunes années. Né dans le Nebraska, vous avez grandi dans l’Arizona, passé votre dernière année de lycée dans l’Indiana puis changé deux fois d’université. Racontez-nous un peu...

Au Nebraska, en fait, je n’ai passé que quelques jours. Mon père y était à l’école et c’est juste pour ça que je suis né à Lincoln. Mais j’ai grandi en Arizona et y ai passé toute mon adolescence. J’ai ensuite déménagé dans l’Indiana lors de ma dernière année de lycée. En fait, je comptais aller à l’université d’Indiana donc ce déménagement était à la fois lié au basket et à la famille qui a profité de ça pour déménager. Cette année de high-school dans l’Indiana, c’était vraiment top, car le basket des lycées, là-bas, est juste complètement dingue. Ensuite, j’ai finalement choisi de m’engager avec UCLA. J’y ai passé l’été et le premier semestre, mais la situation était loin de ce qu’on avait pu me présenter au moment de me recruter et j’ai donc très vite choisi de transférer vers BYU (Brigham Young University, dans l’Utah, ndlr). Là, j’ai passé un an sans jouer à cause du transfert, mais les trois années suivantes ont été top. Ensuite, j’ai opté pour effectuer ma dernière année à Marquette. 


Pourquoi avoir choisi d’effectuer votre dernière saison à Marquette plutôt que de terminer votre cursus à Brigham Young ?

J’avais déjà obtenu mon diplôme et j’avais donc le choix de pouvoir m’engager dans une autre université pour y faire un MBA. Et Marquette m’offrait des choix scolaires plus intéressants.


Vous avez connu une première expérience en France, à Boulazac (en 2015-16). Avec de la réussite sur le terrain (12,4 pts et 2,8 assists), mais un gros blues qui vous a conduit à partir à la trêve de Noël. Que s’était-il passé, le blues classique du rookie ?

Oui, exactement... Je pense que je n’étais pas encore vraiment prêt pour tout ça. La transition entre la vie universitaire, être entre étudiants, faire la fête, et une installation sur un autre continent, ce n’est pas évident. Les gens à Boulazac étaient très gentils avec moi, mais c’est vrai que c’est une petite ville et que j’ai eu un mal fou à m’adapter. J’avais le mal du pays tout le temps et puis, comme c’était ma toute première année, je ne me rendais pas compte que j’étais dans un bon club, avec une bonne situation et l’assurance d’être payé à temps, tout ça. C’est un mélange de plein de choses mais ça venait surtout de moi. Quand j’y repense, c’était plutôt une très bonne expérience et c’est même plutôt drôle de me retrouver ici, à Roanne, avec Alexis (Tanghe) et David (Jackson) qui étaient avec moi à Boulazac.



Antoine Michon, votre coach alors, nous a dit avoir tout fait pour vous aider à chasser le blues, mais sans succès. Il était en revanche très heureux de vous revoir en France...

J’ai croisé Antoine quand nous avons joué Caen et c’était très agréable de le revoir. À l’époque, il avait tout fait pour que je me sente bien au BBD. Sur le terrain, ça se passait d’ailleurs très bien. Simplement, je crois que j’étais un peu trop jeune et immature pour m’adapter de suite à un environnement comme celui de Périgueux. Je sais que la région est belle et qu’il fait bon vivre là-bas, mais à 22 ans, quand tu débarques d’une grande ville américaine, tu as sans doute du mal à t’en rendre compte...

 

Après Boulazac, vous êtes retourné en G-League. Mais visiblement, vous n’avez pas adoré...

La G-League, c’est vraiment très spécial et tout le monde ne peut pas s’y adapter. Gagner ou perdre n’a aucune importance dans cet univers. Le seul but de tous les joueurs, c’est de montrer ce que vous savez faire pour être repéré par un club NBA. Cela donne un basket très spécial et des comportements très égoïstes. Ce sont les règles du jeu. En plus, j’ai été très vite blessé à l’épaule et je n’ai jamais vraiment pu trouver mes marques. C’était une bonne expérience du point de vue de ma relation avec les coaches et certains de mes coéquipiers, mais j’ai vite compris que ce n’était pas vraiment un cadre dans lequel j’allais pouvoir m’exprimer. 



Vos deux dernières saisons, en Espagne puis en Italie, vous semblez avoir pris goût à l’Europe. Et l’an dernier, vous terminez top-scoreur de la A2 italienne...

J’ai adoré vivre en Espagne puis surtout en Italie. C’était vraiment spécial pour moi en Italie parce que j’y ai encore de la famille et que j’ai un passeport italien. Mais l’Espagne était cool aussi. J’en suis parti au bout de 6 mois, mais ce n’était pas de mon fait. Huesca avait des problèmes financiers et j’ai reçu une excellente offre en provenance de Cremona, en A1. Une offre que je ne pouvais décemment pas refuser. En fait, il n’y a vraiment que lors de mes 6 premiers mois en Europe que je ne me suis pas senti bien. Depuis, j’adore les expériences que j’ai pu vivre. Sur comme hors du terrain. Et je suis encore plus heureux ici, à Roanne, parce que lors de mes trois dernières expériences, j’étais tombé dans des équipes en grande difficulté. À Huesca, quand je suis arrivé en octobre, ils n’avaient pas encore remporté un seul match. Idem à Cremona, qui était dernier de Lega et n’avait remporté qu’un match avant mon arrivée. On est bien remonté, mais nous n’avons pas réussi à nous maintenir. Et l’an dernier, j’ai signé à Roseto en novembre, et c’est pareil : je suis arrivé dans une équipe qui courait après sa première victoire ! Au bout, nous avons fini par nous maintenir. C’est pour ça que quand j’ai signé à Roanne, j’étais plutôt excité de pouvoir enfin jouer dans une équipe qui jouait les premiers rôles. 



Qu’est-ce qui vous a conduit à choisir Roanne cet été ?

Eh bien, j’avoue avoir été un peu surpris et vexé de ne pas avoir reçu une offre d’équipes de Lega en Italie, alors que j’avais été bon la saison précédente et que j’avais terminé top-scoreur de Legadue ensuite. Ce qui fait que je ne voulais plus vraiment retourner en Italie à l’automne. Et puis, je voulais vraiment jouer dans une équipe qui gagne. Donc, quand Roanne m’a appelé, j’ai de suite été enthousiaste. 

 

Comment définiriez-vous votre jeu : meneur scoreur, combo-guard ?

Je ne sais pas trop. Oui, je suis un meneur qui score, mais c’est un peu une tendance générale aujourd’hui. Les meneurs ne sont plus là que pour mettre en place le jeu de l’équipe. S’ils ne scorent pas, ils vont faciliter les choses pour les défenses adverses, non ? C’est l’évolution du jeu qui veut ça.


Vous êtes le top-scoreur (15,8 pts) et le n°1 à l’évaluation (16,5 de moyenne), le tout sans jamais être dans le 5 majeur et en ne jouant que 23 minutes par match. Comment vous utilise Laurent Pluvy ici ?


Le coach et moi avons une relation très fructueuse, je crois. Il m’a de suite expliqué comment il souhaitait m’utiliser et c’est quelque chose qui me va parfaitement. Avant même que j’arrive ici, il m’avait expliqué tout ça. En fait, je ne commence pas les matches, mais le plus important est d’être sur le terrain quand le match se joue. Côté poste, j’évolue essentiellement en meneur de jeu. Mais avec pas mal de liberté pour créer et scorer. Et je suis tellement heureux que l’équipe gagne que je suis prêt à faire n’importe quoi pour que ça continue. Et puis, dans le basket de Laurent, les rôles sont... mixtes. Vous jouez au poste 1, mais vous pouvez très bien vous retrouver dans l’aile avec un autre joueur qui monte le ballon.



Roanne est en tête de la Pro B pratiquement depuis la reprise et vient de gagner la Leaders Cup Pro B. Quel regard portez-vous sur cette première partie de saison ?

Franchement, nous jouons très bien depuis le départ. Et ce malgré pas mal de pépins, de petites blessures qui ont pu toucher des joueurs importants. Mais nous sommes très loin de la fin de saison et il est essentiel que nous restions concentrés, focus, sur ce que nous avons à faire pour aller chercher la montée directe. La Pro B est un championnat très dense, où tout le monde peut battre tout le monde. La preuve, hier soir, nous jouions chez le dernier du championnat et nous avons bien failli passer à la trappe ! (Interview réalisée avant la défaite à domicile face à Rouen lors de la J20).

 

Comment voyez-vous la suite de votre carrière ?

J’ai une chance énorme de pouvoir vivre de ma passion. En général, aux USA, vous jouez au basket jusqu’à la fin de vos années universitaires et puis vous enfilez un costume-cravate et vous vous mettez au boulot. Alors, rien que de pouvoir vivre du basket, c’est juste génial. Bien sûr que je souhaite jouer au plus haut niveau possible, mais pas dans n’importe quelle situation. J’ai beaucoup perdu lors de ces deux dernières saisons et gagner ici, avec Roanne, est forcément très agréable. 



Cet article est à retrouver dans le Soir de Match papier distribué dans les salles de PRO B pour la J21.