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Martial Bellon (Président de la SIG) : "Une Arena à l'anglo-saxonne"

La future Arena de Strasbourg a déjà un nom : le Crédit Mutuel Forum. Martial Bellon fait le point sur ce projet... et sur le reste.

Le 15 mai, la SIG a organisé une conférence de presse pour révéler, en présence des principaux acteurs économiques et politiques locaux, le contrat de naming de la future Arena. Ce sera donc le Crédit Mutuel Forum. L’occasion de faire le point, avec Martial Bellon, sur ce projet… et sur le reste.

Monsieur Bellon, le club a révélé, début mai, le futur nom du projet d’extension de l’actuel Rhénus : ce sera donc le Crédit Mutuel Forum. On parle d’un montant annuel de 500.000 € sur une durée de 15 ans. Confirmez-vous ces termes ?

Alors, le président de la confédération du Crédit Mutuel n’a pas souhaité révéler de montant. Il m’a dit : « je vous laisse le faire en fin d’année quand vous révélerez le financement global. » Donc, je ne peux confirmer. En revanche, je confirme la durée de cet accord.

L’accord avec le Crédit Mutuel avait fait l’objet d’annonces dès septembre dernier. Est-ce que tout, sur ce type de projet, est soumis à des phases très longues de négociation ?

Nous avons signé un protocole d’intention en septembre dernier. Pourquoi en passer par ce protocole ? Tout bêtement parce que nous ne pouvions signer un accord sur ce sujet tant que nous n’avions pas signé, avec la Métropole, un bail emphytéotique à propos du terrain. Avec un tel bail, c’est comme si nous étions propriétaire du terrain puisque ce bail portera sur 50 ans. Donc vous ne pouvez, juridiquement, effectuer des actes que lorsque ce bail a été validé. L’Eurométropole - et son président l’a confirmé lors de la conférence de presse -, va statuer très vite sur une promesse de bail. Ils ne peuvent encore signer le bail, car se déroule, au Rhénus et autour, la Foire Européenne sur laquelle ils sont engagés. C’est la dernière année de contrat. La bail pourra ensuite être signé. Donc, le contrat de naming pourra concrètement être signé à la fin 2018, au moment où le bail sera officiellement entériné.

Est-ce que ce naming boucle définitivement le plan de financement du projet ?

Non, ça ne le boucle pas. On y travaille avec la Caisse des Dépôts. En fait, on va créer une nouvelle société, SIG Arena, pour distinguer les activités basket de ce projet. Dans cette société, normalement, la SIG aura 51% et la Caisse des Dépôts 49%. La Caisse des dépôts est un organisme d’état qui a pour vocation d’accompagner les projets de développement territoriaux. Et elle considère que notre projet est bien plus qu’un projet sportif, mais aussi d’aménagement territorial, en quelque sorte. Et le directeur régional de la caisse a dit en conférence de presse, le 15 mai, que la Caisse était prête à devenir actionnaire. Ce n’est pas fait, mais quand un dirigeant le dit publiquement, cela prouve que c’est en discussion actuellement. C’est donc la première fois, pour un projet de salle ou stade en France, qu’un futur équipement a un namer avant même que les travaux commencent. Dans le foot, par exemple, Groupama, à Lyon, ou Matmut, à Bordeaux, ne sont arrivés qu’un peu plus d’un an après l’ouverture du stade. Nous, c’est avant même le permis de construire. En dehors du dépôt du permis qui doit intervenir avant l’été, boucler le financement est mon gros dossier d’ici à la fin de l’année.

Sommes nous toujours autour du montant annoncé initialement pour ce projet, aux alentours de 30 millions d’euros ?

C’est une très bonne question. En janvier dernier, nous avons montré les premiers plans du projet. Cette image, elle avait pour objectif de nous aider à trouver un namer. Ce qui est arrivé quelques mois après. Côté financement, nous avions annoncé 35 millions d’euros hors taxes. Il se trouve que la ville a souhaité que nous intégrions aussi, dans le cadre de ce projet, une autre petite salle. Nous avions un simple gymnase d’entrainement au départ, mais la ville a voulu que cela devienne une véritable salle qui aura une triple vocation. La ville le souhaitait pour les scolaires d’abord, pour d’éventuels autres sports comme le handball, par exemple. De notre côté, cette salle nous permettra aussi d’organiser des grands événements internationaux pour lesquels il faut toujours de la place. Donc le projet est passé de 35 à 39 millions, mais c’est la ville qui paye. Mais ce ne sera pas plus que ça, car notre business plan ne peut pas supporter un investissement supérieur à ça. On n’a donc pas d’autre choix que de tenir dans cette enveloppe.

Et d’après les devis dont vous disposez, le projet peut tenir dans cette enveloppe ?

La question ne se pose pas ainsi ! Il faut le prendre à l’inverse : voilà le budget, comment l’utilise-t-on. Ce budget de 40 millions, pour arrondir, n’inclut que le passage à 8.000 places, pas celui à 10.000. Sauf pour un point : le nouveau toit, qui est prévu pour les deux phases. Mais bon, cette extension à 10.000, elle ne coûtera qu’entre 3 et 4 millions. Dans mon esprit, l’Arena devrait ouvrir en 2021 et l’extension se faire en 2025.

En choisissant le nom Forum plutôt qu’Arena, la SIG semble aussi vouloir s’écarter un peu du strict champ sportif. Est-il prévu que le Crédit Mutuel Forum puisse accueillir des concerts et autres événements pour atteindre la rentabilité ?

Alors, non seulement nous sommes les premiers à annoncer le namer avant le lancement des travaux, mais nous allons aussi être le premier club d’un sport de salle à être propriétaire de son équipement. C’est essentiel. Il va de soi qu’en terme d’exploitation, le loyer que va payer la SIG et les grands événements sportifs ne suffiront pas à assurer l’exploitation de l’Arena. Depuis le début, la collectivité ne souhaite pas que le Crédit Mutuel Forum puisse accueillir des concerts, tout bêtement parce qu’il y a, à Strasbourg, un Zénith. C’est comme ça… Vous savez, ici à Strasbourg, on regarde quand même pas mal ce qui se fait de l’autre côté du Rhin. Et alors que nous construisions des Zénith un peu partout en France, les Allemands ont construits des arenas multifonctions. J’en ai visité quelques-unes, comme à Mannheim. Cette salle a été financée par un organisme privé et a coûté 200 millions. Ils y font des matches de hockey, de handball et des événements culturels. Et ça fonctionne très bien. En France, on vous dit de suite : ‘Ce n’est pas possible de faire en même temps une salle de sport et une salle de concert, parce que les tourneurs veulent des dates libres, etc.’ Mais comment font les tourneurs en Allemagne ? Ils s’adaptent ! Mais on a cette culture en France qui fait que le culturel passe avant le sportif. Il y a, dans les têtes, un blocage là-dessus. Mais donc, pour répondre à votre question, nous avons toujours travaillé sur deux pieds : l’économique et le sportif. C’est comme ça que nous sommes parvenus à faire passer le budget, en 8 ans, de 3,9 à 9 millions d’euros. En mettant en œuvre des modes de travail qui sont ceux de l’entreprise. Et pour ce projet, nous allons développer un partenariat avec la Cité des Congrès, dans laquelle GL Events possède 49%, pour organiser des manifestations économiques. Nous sommes dans un quartier – Archipel - qui est en pleine expansion. Il a été lancé il y a 3 ans, et il y aura, en 2025, près de 10.000 personnes qui soit y travailleront, soit y habiteront. L’Arena veut donc être le cœur d’animation de ce quartier. Dans mon esprit, je veux en faire une Arena à l’anglo-saxonne. C’est la raison pour laquelle nous auront 6.000 m2 de commerces qui nous aideront, bien évidemment, à payer l’emprunt. Ils vont aussi servir à animer le quartier. D’où le nom de Forum, puisque nous voulons créer un lieu de vie et un endroit où il y aura autre chose que des matches de basket.

Aujourd’hui, quelles sont, selon vous, les dates clés pour le début des travaux et l’ouverture du Forum dans ses deux configurations ?

Le permis de construire sera déposé cet été, vraisemblablement en septembre. Il est déjà en pré-instruction auprès des services de l’état et de la Métropole. Nous espérons le voir validé dès janvier prochain pour être dans les temps prévus pour le chantier. Les travaux vont durer 2 ans et demi, parce que nous allons continuer à jouer en même temps au Rhénus. Il y aura donc des périodes d’arrêt des travaux. L’inauguration est ensuite prévue pour septembre 2021.

Autour de l’Euroleague et de son extension, on a beaucoup parlé de l’ASVEL, voire de dossiers parisiens. Est-ce que la SIG, qui a fait passer son budget de 3,9 à 9 M€ en 8 ans, s’avère parfois agacée qu’on évoque pas plus souvent sa propre candidature ?

On vient de parler, dans la presse, de Kaunas, qui a atteint le Final Four avec moins de 10 millions d’euros de budget. C’est donc presque le même budget que nous, mais avec ça, ils ont 5 millions de masse salariale nette. Nous, avec le même budget, nous sommes à 1,8 million de masse salariale. Parce que les charges sociales ne sont pas les mêmes, tout comme le salaire moyen des gens qui travaillent dans le club. Parce que pour faire 9 millions, il faut quand même du personnel commercial. Pour le reste, l’ASVEL et Tony (Parker) ont leur projet, qui est de nature très différente du notre. TP, ce n’est pas Martial Bellon. Et inversement. Nous n’allons donc pas développer notre projet de la même manière. Nous, notre projet s’appuie sur le territoire. Et on progresse chaque année. Aujourd’hui, je considère qu’avec notre budget actuel, jouer l’Euroleague est une hérésie. J’ai rencontré Jordi Bertomeu jeudi dernier (le 10 mai)– je l’ai fait savoir publiquement d’ailleurs -, pour lui présenter notre projet de salle. Et je lui ai dit que nous avons pour ambition d’être en capacité de jouer l’Euroleague en 2021. Pas avant. Ce n’est pas un manque d’ambition. Avec 8 à 10 millions de budget, nous ne pouvons pas jouer l’Euroleague. Avec le nombre de déplacements, ce n’est juste pas possible sur le plan économique. En 2015, j’avais annoncé un budget à 10 millions en 2020. On va être autour de 9 cette saison et, globalement, à la mise en service de l’Arena, nous attendons 2 millions d’euros de plus. Parce qu’entre la capacité de la salle et l’augmentation des espaces d’hospitalités, ce qui est très important, nous allons dégager de nouvelles ressources. Dès que vous avez un équipement plus adapté au contexte, vous drainez forcément plus de ressources.

Nous sommes à la veille d’un quart de finale « piégeux » face à Nanterre, et la SIG semble être l’équipe en forme de cette fin de saison. Quel regard portez-vous, dès avant les playoffs, sur la saison 2017-18 ?

Ecoutez, d’abord, je pense être le président qui a le plus d’expérience en matière de playoffs… Vous comprendrez donc que mes commentaires en la matière restent très prudents. Je pense que nous avons cette année une très bonne équipe. (Il hésite) Dont le principal adversaire est elle-même. On l’a très bien vu après la défaite face à l’AEK, où mon équipe a coulé… Elle s’est très bien reprise ensuite, mais c’est la crainte que je peux avoir. Ensuite, Nanterre, c’est Nanterre ! Mais même Pau est un quart piégeux pour Monaco, vous savez… Tous les quarts sont difficiles ! C’est bien plus facile en 5 manches qu’en 3. Rappelez-vous l’an dernier, nous avons perdu le premier match à domicile face à Pau. Heureusement, nous avons gagné là-bas, mais nous n’étions pas très fier en y allant ! Il y aura donc nécessairement une surprise, comme tous les ans.

Après 5 finales perdues, est-ce que remporter le titre devient une urgence pour la SIG ?

(Longue pause) Ecoutez, il est évident qu’on veut le titre. Ne pas le dire serait faire de la langue de bois. Bien sûr qu’après 5 finales perdues, on veut le titre. Mais on est aussi très bien placé pour savoir que c’est difficile de gagner une finale.

En fin de cycle à l’été 2016, Vincent Collet semble à nouveau s’inscrire dans la durée autour du projet SIG. Confirmez-vous ?

Je confirme complètement. En 2016, Vincent avait d’autres envies, ce que je comprends tout à fait. Il s’est passé ce qui s’est passé. Et aujourd’hui, Vincent est totalement associé au projet. Il est même venu avec moi, la semaine dernière, pour rencontrer Jordi Bertomeu. Ce n’est pas un hasard. Il a un contrat jusqu’en 2020, mais nous avons pour intention de travailler bien plus longtemps ensemble.