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Laurent Pluvy (Roanne) : « Ce groupe là est exceptionnel ! »

Si Roanne attaque la dernière ligne droite avec un avantage sur Nancy, Orléans et Vichy-Clermont, Laurent Pluvy, le coach de la Chorale, souligne qu’avec l’absence sur blessure de Ferdinand Prénom (remplacé par Ivan Février, de Levallois) et Ilan Evtimov, rien n’est encore fait. Petit tour d’horizon à l’approche du sprint avec l’ancien meneur de l’ASVEL...

Laurent Pluvy, coach de la Chorale 


Hier soir mardi (cet entretien a eu lieu le mercredi 24 avril), vous vous sortez d’un match piège, à Poitiers, un club qui restait sur 9 victoires pour une défaite depuis le début février. Une performance des plus importantes...

Oui, mais comme nos derniers succès depuis la blessure de Ferdi Prénom. Cela démontre surtout toutes les valeurs humaines de ce groupe. Parce que comme je l’ai dit dernièrement, aujourd’hui, compte tenu des différentes blessures de Ferdi, d’Ilian (Evtimov), de Mathis (Keita) pendant longtemps auparavant, je trouve que ce groupe a démontré des valeurs incroyables de solidarité, de combativité, etc. En ce moment, on est obligé de composer avec les blessures de chacun. Là, on ménage Robert (Nyakundi), qui a un genou douloureux, on s’entraîne donc en faisant avec tout ça et on ne peut être sûr de rien. Car sans Ferdi, qui nous apporte énormément en attaque, dans une PRO B aussi dense, on n’a de la marge sur personne.. 


Vous l’emportez à Poitiers avec un Matt Carlino à 2 points. Idem pour Robert Nyakundi, alors que Jason Williams n’était pas non plus dans un grand soir (7 pts à 3 sur 7). La force de cette Chorale, version 2018-19, est-ce de ne pas dépendre d’un ou deux joueurs ?

Exactement. C’était aussi une volonté au moment de recruter l’été dernier. On sortait d’une saison incroyable et j’avais vraiment adoré travailler avec ces garçons. Je ne voulais donc pas remettre en cause les équilibres nés de cet exercice 2017-18 et continuer à travailler en développant ces joueurs, en ménageant un vrai rôle pour chacun d’eux. On a des joueurs français qui ont énormément avancé au cours de cette dernière saison. Des Mathis Keita ou Clément Cavalo, ou encore Alexis (Tanghe), qui est toujours précieux dans ce qu’il sait faire. C’est une chance incroyable d’avoir des JFL de ce niveau, capables aussi d’être au niveau de l’étage supérieur, je pense. Et puis on a aussi la chance d’avoir des joueurs étrangers qui ne s’offusquent pas s’ils ne mettent pas de points ou s’ils jouent un petit peu moins. Nous savons qu’on aura besoin d’eux. Ils l’ont fait au match d’avant face à Évreux. Ils le feront encore dans d’autres circonstances. Mais oui, c’est hyper important que tout le monde soit capable de prendre les responsabilités tour à tour. Matt Carlino, après un début de saison énorme, a marqué le pas un petit peu ensuite. Là, il vient de se faire une petite entorse et il faut qu’il retrouve ses sensations. Mais on prend ça comme une chance de se reposer sur d’autres qui prennent le relais.


Carlino, c’était aussi une forme de pari. Il avait été bon à Boulazac lors des six premiers mois avant de craquer et de repartir à la trêve...

Oui mais... On avait beaucoup discuté au téléphone au moment de le recruter. Il savait où il mettait les pieds. Je lui avais signifié ne pas vouloir bouleverser ma hiérarchie ni la cohésion du groupe. Il est donc venu en toute connaissance de cause. Mais quand je prends Matt, c’est aussi pour apporter un peu plus de créativité, car l’an passé, nous n’avions qu’un joueur vraiment imprévisible pour les défenses adverses, David Jackson. Il me fallait donc un deuxième joueur capable à tout moment de sortir du cadre, on va dire. De nous sortir des situations où l’on se retrouve un peu bloqué. Ce qu’il a très bien fait tout au long de la saison, tout en restant bien dans le moule du collectif. En plus, il avait effectué deux ou trois saisons de plus depuis Boulazac, en Italie et en Espagne, donc il connaissait bien mieux l’Europe. Et puis on l’a entouré aussi, en dehors du terrain, parce qu’il a besoin de s’émanciper, de gagner en maturité et je crois que cette année, il a aussi grandi là-dessus. Il en est conscient d’ailleurs. 


L’utilisation de Carlino est surprenante. Il est votre meilleur joueur à l’évaluation mais ne commence jamais dans le cinq et ne joue que 22 minutes par match, même quand Mathis Keita, son alter-ego sur le poste de meneur, était blessé. Comment l’expliquez-vous ?

C’est simplement parce que ce groupe là est exceptionnel. Et qu’il ne mérite pas d’être bouleversé par un individu, aussi fort soit-il. On avait besoin du chaînon manquant, mais sans tout mettre par terre. Besoin du garçon capable de vous faire gagner un match à un instant précis, mais sans perturber tout le groupe. Et Matt fait ça très bien. Moi, j’avais une équipe qui roulait, qui fonctionnait très bien ensemble. On aurait parfaitement pu monter la saison dernière si nous n’avions pas loupé ce troisième quart-temps à la maison face à Fos. Donc, cette équipe méritait de continuer à avancer sans la perturber. C’est aussi pour ça qu’on a pris notre temps au niveau du recrutement. Matt, on le signe le 15 ou le 16 août seulement, parce que je n’avais pas trouvé le joueur idéal pour s’insérer dans ce groupe là avec pertinence.


Un recrutement comme ça, en pouvant se permettre d’attendre autant pour trouver la perle rare, cela doit vous changer de votre époque à Saint-Vallier où, faute de budget, vous deviez tout recomposer ou presque été après été...

Oui, c’est sûr. On a cette chance d’avoir un groupe français exceptionnel, d’avoir aussi re-signé très vite nos autres Américains. On savait donc exactement ce dont on avait besoin et on a pris notre temps. Comme avec Ferdinand Prénom également. Ferdi, on le signe fin juin. Alors oui, c’est un luxe de pouvoir attendre. Parce que je savais aussi que l’équipe, telle qu’elle était, faisait mieux que tenir la route. Oui, c’est super agréable de ne pas avoir à tout miser sur des paris qui sont forcément toujours risqués...


Roanne a longtemps été favori la saison dernière, avant d’être devancé par Blois pour la montée directe puis de perdre face à Fos en finale des playoffs d’accession. Avec le recul, qu’est-ce qui a manqué à la Chorale lors de cet exercice 2017-18 ?

Rien. Ou presque. Très simplement, on fait une très belle saison l’an passé. On a eu David Jackson qui a été absent pendant deux mois, Jason Williams pendant trois semaines. Dans cette période-là, on s’en est quand même bien sorti, mais en perdant un ou deux matches qu’on n’aurait sans doute pas perdus au complet et qui nous ont manqué au final. Cela se joue à une victoire. Blois a aussi effectué une saison exceptionnelle, il faut le souligner aussi. Et puis, cette finale de Fos, on archi-domine la première mi-temps du Match 1 et on se loupe sur les 10 minutes suivantes et ça nous coûte la série. Parce que chez eux, on réalise un joli match mais ils sont transcendés. Voilà, ce sont les aléas d’une saison. C’est le basket. Nous étions très, très heureux de notre saison, malgré l’absence de la cerise sur le gâteau. Mais j’ai envie de dire qu’on a aussi donné énormément de plaisir au public roannais. Un peu comme quand j’étais joueur et qu’avec Villeurbanne, nous n’avions certes pas été Champions. Mais qu’est-ce qu’on a pu donner comme plaisir aux gens ! Et ce groupe-ci, qu’est-ce qu’il a pu donner comme émotion et comme plaisir aux fans de la Chorale. Gagner, c’est super bien sûr. Tout le monde a envie de monter. Mais faire plaisir aux gens, c’est aussi énorme.


Ce qui n’a pas changé non plus, c’est le socle défensif de la Chorale (4e attaque de la division avec 82,3 pts marqués, derrière Gries, Orléans et Vichy, mais 2e défense, 74,4 pts encaissés, juste derrière Nancy). Avec Saint-Vallier puis Évreux, et même lors de la première saison ici, vous aviez pourtant la réputation d’être plutôt un coach offensif... 

Oui, bien sûr que j’ai évolué par rapport à ça. À partir du moment où tu gères une grosse équipe, il faut trouver un certain équilibre entre une belle attaque et une défense qui tient la route. Aujourd’hui, on a une défense qui est atypique. Qui ne ressemble pas forcément à celle des autres équipes. On s’est beaucoup inspiré de Dijon. C’est Alexis Tanghe, aussi, qui nous a inspirés, dans ses placements. On a donc mis en place une façon de défendre qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs. On a effectivement la 2e défense de PRO B, tout en s’étant adapté à Ferdi, qui est atypique. Là, il nous manque énormément en attaque, mais on a aussi pu défendre différemment sans lui. C’était indispensable pour continuer à avoir des résultats sans lui, pour avoir une chance de jouer la montée malgré tout. 


Vous parlez de Ferdinand Prénom. Mais était-ce difficile aussi, avec un Joe Burton énorme en attaque mais pas forcément au niveau en défense, de jouer la montée ? 

(Il hésite) Oui, même si j’ai adoré avoir Joe. D’ailleurs on a loupé une montée d’un rien, avec Évreux, avec Joe Burton dans l’effectif. Si l’on ne perd pas Babacar Niang dès le début des playoffs, je pense qu’on serait allé au bout. Donc, oui, on peut monter en Jeep® ÉLITE avec Joe. Comme l’on peut monter avec Ferdi bien sûr. À condition de s’adapter à leurs qualités et leurs défauts. Ces joueurs-là apportent énormément en attaque. Mais coûtent un peu de l’autre côté. Pas parce qu’ils ne peuvent ou ne veulent pas défendre, mais parce qu’ils ne sont pas forcément dans le profil de la PRO B. Ferdi, il s’en sort bien mieux en défense dans l’Élite, où les caractéristiques des joueurs qui lui sont opposés lui conviennent mieux. En Jeep® ÉLITE, on sort aussi moins du cadre alors qu’en PRO B, ça part parfois un peu dans tous les sens et, pour des garçons comme Ferdi ou Joe, ce n’est pas simple de s’adapter. Alors ça peut performer, parce que de l’autre côté, les adversaires ont d’énormes problèmes pour les contenir, mais en contrepartie, c’est un peu plus difficile de l’autre côté du terrain.


 
Vous comptez deux victoires d’avance avant votre déplacement à Orléans (le week-end dernier) sur un trio composé de Nancy, Orléans et Vichy-Clermont. Une marge suffisante avec 6 rencontres à jouer ? 

Non, pas du tout ! Nous n’avons pas le panier-average sur Nancy (-10 sur les deux rencontres, ndlr). On accueille Orléans avec +13 à défendre (les Roannais se sont finalement inclinés de 13 points sur le parquet d’Orléans, ndlr). On n’a pas le droit à l’erreur. Mais je me plais à le répéter, depuis la blessure de Ferdi, je ne parle plus jamais à mes joueurs de la montée. Juste du match suivant. Parce qu’on a tellement perdu de joueurs que, de toutes façons, je ne peux pas me projeter. J’ai beau avoir deux victoires d’avance (plus qu’une après la défaite à Orléans, ndlr), si un nouveau joueur se blesse, tout peut être remis en cause. Maintenant, plus la fin de saison approche, plus tout le monde me parle de ça. C’est normal, c’est notre objectif premier. Mais aujourd’hui, on vit sans pression. Car même si on n’y parvenait pas, les gars se sont tellement battus, même avec des vents contraires qui soufflaient fort, personne ne leur en voudrait. Nous n’avons aucune marge sur le plan comptable, mais surtout aucune sur le terrain. On est tout le temps obligé de compenser. Parce que l’on n’a que deux grands (Ivan Février, de Levallois, est arrivé après cette interview, ndlr). On a aussi un déficit de qualités physiques. Mais on peut compter sur notre cohésion, notre solidarité. Là-dessus oui, je n’hésite pas à dire qu’on est au-dessus de tout le monde. Mais plus le championnat avance, plus on est fatigué de compenser pour tout ça. Donc, chaque match va être hyper important.

  

 
L’idée, c’est d’éviter ces playoffs d’accession qui ressemblent quand même pas mal à une loterie ? 

Oui, évidemment. C’est aussi pour ça qu’on essaie de se renforcer parce que je tire énormément sur certains garçons depuis trop longtemps. On ne s’entraîne presque plus. Uniquement de la récup... C’est une fin de saison excitante, haletante, mais qui reste sur un fil. Mais le règlement nous oblige à ne prendre qu’un JFL issu de Jeep® ÉLITE. Et les clubs ne sont pas vraiment enclins à lâcher un de leurs intérieurs. En plus, dans les clubs de l’élite, tous les intérieurs sont des joueurs d’impact. Si tu prends Gravelines par exemple, tu as Koffi et Fofana, à Châlons-Reims ce sont Jo Passave et Yannis Morin, à Antibes c’est Raposo, à Boulazac De Jong. Donc ils ne vont pas libérer un joueur comme ça juste pour nos beaux yeux. À l’étranger, il n’y a pas de JFL disponible, ou alors pas sur les postes intérieurs. Bon, si, il y a bien Rudy Gobert qui vient de terminer sa saison. Mais rien que l’assurance, ça doit représenter le budget du club... (Au final, les Metropolitans ont libéré Ivan Février, 2,04 m, 20 ans, qui remplace Ilian Evtimov, ndlr)

  


Si vous montez, la différence avec l’an passé, c’est aussi d’avoir vaincu le signe indien face à Saint-Chamond ? 

Ils nous ont encore posé d’énormes problèmes, mais c’est vrai que, cette fois, nous les avons battus deux fois en Leaders Cup ET deux fois en Championnat. C’est une équipe qui a changé de statut en devenant un outsider clair cette saison. Les trois années précédentes, ils jouaient avec beaucoup d’insouciance contre nous. Ils aimaient bien leur statut de petit village gaulois face au “gros“, Roanne, et nous sortaient, à chaque fois, des matches presque irrationnels. Aujourd’hui, c’est devenu l’une des très belles équipes de PRO B, avec des ambitions. Ils n’ont peut-être pas abordé ces derbies de la même façon. Ils avaient plus de pression, et les tirs qui tombaient tous dedans jusqu’à cette année, quand vous les prenez en toute insouciance, là, ce n’est plus la même chose. C’est vrai que ça nous embêtait de perdre 6 fois de suite contre eux en Championnat. Cela reste la vérité d’une saison. Et si l’on venait à les jouer en playoffs, tout serait encore remis en cause. Nos victoires cette saison, c’est juste une vérité de l’instant. Mais il ne faut pas croire qu’on est largement au-dessus d’eux. Loin de là.


 
Cette insouciance dont vous parlez pour Saint-Chamond, on a l’impression que c’est ce que vous essayer d’insuffler chez vous en cette fin de saison...

Oui, c’est vrai depuis la blessure de Ferdi. Avant, on a assumé le statut de favori tout au long de la saison. On avait l’équipe pour. À partir du moment où l’on est privé de Ferdi, nous n’avons pas les mêmes armes. Attention, on a très envie de monter et si on le fait, ce sera génial ! Mais personne ne nous en voudra si l’on n’y parvient pas parce qu’il nous manque notre poste 5 JFL, joueur majeur, qui a un impact indéniable sur la division. Alors oui, j’ai tenté d’enlever toute cette pression qui pesait sur le dos des joueurs alors qu’aujourd’hui, objectivement, nous n’avons plus les arguments pour dominer. Mais nous n’avons plus cette obligation d’y parvenir. On en a envie et on va tout faire pour réussir, mais nous n’avons plus l’effectif conçu pour monter. Et du coup, comme nous avons perdu Ferdi, certains de nos adversaires se sont mis une pression terrible pour revenir sur nous. Et c’est peut-être cette pression qui les a fait commettre quelques faux pas. La pression s’est inversée... Et dans cette PRO B, il y a vraiment des équipes de qualité et peu de différences entre les clubs. Ce qui fait que même des mal classés peuvent vous surprendre sur un soir. La différence est minime.  


Cet article est à retrouver dans le Soir de Match papier distribué dans les salles de PRO B pour la J30.