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La révélation Nianta Diarra (Antibes)

Son excellent match à l'Astroballe lundi témoigne des immenses progrès de Nianta Diarra (2,03 m, 24 ans). Découverte de l'intérieur des Sharks.

Le malheur des uns fait, parfois, le bonheur des autres. L’absence de Tim Blue chez les Sharks depuis la mi-décembre a permis à Nianta Diarra (2,03 m, 24 ans) de se révéler, de se faire un nom en Jeep®ÉLITE. L’habituelle doublure du leader des Sharks a endossé le costume de titulaire, a vu son temps de jeu tripler et a justifié immédiatement sur le terrain la confiance accordée par son coach, Julien Espinosa. Depuis la 13e journée, Diarra tourne à 8,6 points à 59%, 6,6 rebonds et 12,7 d’évaluation en 27 minutes. Une évaluation le situant dans le Top 10 des JFL de la Jeep® ÉLITE. Ce lundi, le numéro 18 a encore montré l’étendu de ses progrès sur le parquet de l’Astroballe. Il a signé dans la courte défaite après prolongation face à l’ASVEL ses records de points (15) et d’évaluation (21). On mesure alors la belle progression de cet intérieur athlétique passé par la case Pro B, sans club avant l’appel du pied de Julien Espinosa lors de l’été 2016, aujourd’hui plus que rentable au plus haut niveau.

Son enfance

« Je suis né au Mali et je suis arrivé en France à 7 ans. À la base, toute ma famille était en France mais comme mon papa avait un très bon travail au Mali – il était comptable -, on ne voulait pas rentrer en France. Ensuite, j’ai perdu mon papa et ma mère avait trop de souvenirs et n’a pas supporté de rester au Mali. C’est pour cela qu’on a rejoint la famille en France. Je garde très peu de souvenirs d’enfance là-bas mais c’est un pays que j’aime bien. La preuve, c’est que j’ai rejoint l’équipe nationale l’été dernier.  Je n’ai pas tâté à d’autres sports étant jeune. Ma mère voulait vraiment que je me tourne vers les études, que j’aie un peu le même cursus que mon papa, des diplômes. Mais étant jeune, j’étais très excité. Je n’arrivais pas à tenir en place. Très jeune, je disais à ma mère que je voulais me prendre en main, faire ma vie. Je voulais vraiment avoir des responsabilités. C’est peut-être parce que j’ai perdu mon papa et qu’inconsciemment, je voulais être le père de famille. Cela m’a vraiment aidé à avoir la tête sur les épaules.

Ses premières années

Je commencé à jouer en région parisienne, dans une entente Paris Nord Est. J’étais en première année cadet. J’ai accroché tout de suite à ce sport. Dès que j’ai touché un ballon j’ai su que si je travaillais, je pourrais faire quelque chose. J’avais pas mal de détente, une belle gestuelle pour un gaucher. Dès mes années cadet, je travaillais déjà beaucoup individuellement. Je regardais beaucoup de matches, notamment des matches de Pro A. Mon objectif était d’être pro. Ensuite, j’ai eu la chance d’être recruté sur un tournoi par le coach de Charleville-Mézières. Là bas, j’ai commencé en cadets Région. On a été champion et j’ai terminé la saison avec les cadets France et on a été champion de France deuxième division. Une belle saison chez les jeunes.

Le Havre

Je suis arrivé au Havre en dernière années cadets, avec Éric Bartéchéky comme entraîneur. On a gagné la Coupe de France cadets à Bercy contre l’équipe de Strasbourg (en 2011) et j’ai été élu MVP de ce match (20 points et 17 rebonds). Le trophée m’a été remis par Vincent Collet. C’était quelque chose d’unique alors que j’avais deux ans de basket derrière moi. Je ne l’oublierai jamais. Ensuite, j’ai fait deux saisons en espoirs. On a fait une très belle première saison, avec notamment Fabien Paschal et moi à l’intérieur, même si on n’a pas réussi à accrocher le Trophée du Futur. En deuxième année, j’ai dû tenir un peu l’équipe. J’ai fini à 16 points et 10 rebonds de moyenne, deuxième ou troisième évaluation du championnat espoirs. Pendant le Trophée du Futur,  j’ai pu discuter avec Philippe Legname, le président de Hyères-Toulon. Ils étaient intéressés par mon profil pour la Pro B. J’ai tout de suite accepté. Le Havre voulait me garder mais je sentais que j’avais fait le tour en espoirs. Je ne voulais pas rester simplement pour faire des stats. La proposition du HTV était parfaite parce que c’est un club qui compte vraiment sur les jeunes. Finalement le STB a accepté de me prêter une saison.

Le déclic à Hyères-Toulon

J’étais avec Laurent Legname. Cela s’est très bien passé. Bien sûr, il y a eu beaucoup de changement. Avoir son propre appartement, vivre seul, faire attention à ce que tu manges… Et puis sur le terrain, tu as des grands garçons en face de toi (rires). Sur les premiers matches, cela m’a fait un choc. Je me souviens d’un match en début de saison où j’avais fait beaucoup d’erreurs. Laurent me sort et moi je commence à râler et à aller m’asseoir au bout du banc. Laurent m’a pris entre quatre yeux et m’a dit : « c’est la dernière fois que tu sors en faisant la gueule et sans taper dans la main de tes coéquipiers. » Cela m’a fait un grand choc parce qu’en espoirs je le faisais souvent (rires). J’ai eu un vrai déclic. J’ai compris qu’il fallait se soutenir et être ensemble. Cette saison au HTV m’a fait grandir. J’étais avec Babacar Niang, un de mes meilleurs amis aujourd’hui, Axel Julien, Clément Cavallo, Christophe Léonard… j’ai appris beaucoup de choses grâce à eux. Il y avait aussi des joueurs américains très talentueux devant moi qui m’ont tiré vers le haut comme Tyren Johnson (cette saison à Blois). J’essayais d’apporter autre chose que le scoring, de la défense, du rebond, de la course.

 

Retour mitigé au Havre

Dans ma tête, je n’étais pas prêt à retrouver la Pro A. Je n’avais pas encore les capacités. Je voulais refaire une saison au HTV mais le président du Havre ne m’a laissé le choix. Je devais revenir au Havre. Je savais que j’allais jouer 4-5 minutes. J’étais derrière Ricardo Greer, Wilfried Yeguete. Je n’étais pas forcément dans les plans d’Éric Bartéchéky. Cela a été très difficile parce qu’ils m’ont trouvé des problèmes de genoux, à Jonathan Aka aussi. C’était la première fois de ma vie qu’on me disait que j’avais des problèmes de genoux ! J’ai fait des tests à Paris qui ont indiqué que je n’avais rien. L’équipe tournait bien. Il y avait des bonnes personnes, Hugo Invernizzi, Gédéon Pitard, Wilfried Yeguete. Mais je jouais très peu. C’était difficile à vivre. J’ai demandé au coach d’être prêté en Pro B pour pouvoir m’exprimer davantage. Le club a fini par accepter et j’ai pu rejoindre Souffelweyersheim.

« J’ai eu la chance que Julien Espinosa s’intéresse à moi »

 

Souffel

À Souffel, j’ai eu beaucoup plus de temps de jeu (24 minutes contre 6 au Havre). On a fait une bonne deuxième partie de saison et on s’est maintenu en Pro B. J’ai décidé de rester la saison suivante. Cela a été plus compliqué (le BCS a fini avant-dernier et a été relégué en Nationale 1) mais on avait un groupe fantastique. Gaylor Curier, Souarata Cissé, Antony Labanca, Cédric Bah, Jarryd Cole, Matt Gibson, ce sont des personnes que j’ai vraiment aimées. Et on avait un très bon coach, Stéphane Éberlin. En cours de saison, j’ai été décalé au poste 5 et j’ai eu du mal à m’exprimer à ce poste. Mes stats sur la saison n’étaient pas à la hauteur de mes attentes (6,9 points à 47%, 5,5 rebonds en 20 minutes). J’ai bossé un dingue pendant l’été. Je voulais faire une grosse saison en Pro B. Mais aucune offre ne s’est présentée. Et puis j’ai eu la chance que Julien Espinosa s’intéresse à moi. Il sentait que j’avais beaucoup de capacités. Je le remercie encore de m’avoir pris à ce moment-là parce que j’étais vraiment dans la m….

Antibes

Je me suis retrouvé derrière le meilleur poste 4 du championnat, Tim Blue. Pour moi il est meilleur que tout le monde, Peacock et les autres, il n’y a rien à dire. Contrairement au Havre, où j’étais énervé à la fin de chaque match parce que je sentais que je pouvais apporter à l’équipe, à Antibes j’ai tout de suite accepté mon temps de jeu. Parce que devant moi, c’était Tim Blue. C’est quelqu’un qui est toujours à fond, un exemple. J’ai répondu présent dans mon rôle de rotation. On a fait une bonne saison et j’ai décidé de repartir pour une deuxième saison pour essayer d’avoir plus de responsabilités. Il s’est avéré que dès le début de la saison, Tim Blue était… dans l’espace (24 d’évaluation sur les cinq premières journées) ! Il faisait des matches incroyables. Je jouais peu mais je n’ai pas douté. Julien me disait de me tenir prêt, de continuer à bosser, de ne rien lâcher parce que l’équipe aurait besoin de moi pendant la saison. Cela m’a fait prendre conscience que je devais rester prêt quoi qu’il arrive.

Tim Blue devrait faire son retour à Antibes à la rentrée prochaine

 

Poste 4 titulaire

Quand Tim s’est fait une entorse à la cheville, j’ai démarré dans le cinq à Monaco (13e journée, le 16 décembre). Tout s’est passé naturellement, sans aucune pression (12 points, 5 rebonds en 29 minutes). J’étais prêt. La semaine suivante, Tim a fait un malaise pendant le shooting avant de jouer contre le HTV. La veille, il m’avait dit de me tenir prêt parce qu’il avait encore mal à la cheville. Cette victoire était clairement pour lui (83-79 avec un double-double de Diarra, 10 points, 11 rebonds). Après cela, on a appris que Tim ne serait pas là pendant quelques mois. J’avais bossé, j’avais défendu pendant un an et demi sur Tim Blue. J’étais prêt à saisir l’opportunité. Et je ne me suis pas mis de pression quand des pigistes sont arrivés (d’abord J.P.Prince, puis Steven Smith). Il n’y a pas eu de compétition entre Smith et moi.

Jerrel Blassingame

À l’extérieur, les gens pensent qu’il contrôle tout, mais c’est vraiment un meneur qui fait beaucoup de bien à l’équipe. Au début, on ne comprenait pas pourquoi il parlait autant (rires). Il pense d’abord à l’équipe. S’il faut qu’il fasse 15 passes, il va les faire (14 à l’Astroballe lundi). C’est aussi grâce à lui que j’arrive à faire des matches assez offensifs. Il suffit de regarder un joueur comme Chris Otule entre la saison dernière à Antibes et cette saison (à Strasbourg puis à Gravelines-Dunkerque). Avoir un meneur comme cela, il n’y a rien de mieux. Tu sais qu’en attaque, il va te donner des caviars.

Les lancers-francs

(Il soupire) Je crois que l’adresse vient avec l’âge (40% cette saison). Je ne me sens pas incapable de marquer des lancers-francs. Je suis adroit à l’entraînement, même derrière la ligne à trois-points. Mais en vérité, je ne me suis pas focalisé sur ce domaine-là, vu que je n’en shoote pas beaucoup. Je suis plus concentré sur tout ce qui est placement, lecture de jeu, mon physique, la course.

Jacques Alingue

J’adore Jacques ! C’est un de mes meilleurs amis. On bosse ensemble l’été. J’ai fait des tournois avec lui. J’aime beaucoup son profil parce que c’est un soldat. Il ne lâche rien. Il est très, très efficace. Maintenant, j’ai appris cette année à me connaître donc je ne me vois en personne d’autre. Mouphtaou Yarou aussi est un très bon soldat. Je sais que si je rate un rebond, il sera derrière pour l’avoir. Ce sont des joueurs sur qui on peut compter à 100%.

La suite de sa carrière

Pendant un moment de la saison, j’ai discuté avec des agents et puis j’ai arrêté et j’ai décidé de me concentrer sur moi et sur ma saison en cours. Je m’en fous de ce qui se passe à côté. On a des objectifs collectifs à remplir. Plus tard on va discuter de cela, mieux cela va être. On a une saison à finir, une opportunité à saisir. Mon agent vient me voir mais on ne discute pas de cela. On discute seulement du présent. Je suis jeune. J’espère juste qu’on va compter sur moi jusqu’à la fin de la saison. De très gros matches arrivent. Il faut rester concentré.»