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Johan Passave-Ducteil (Nanterre) : « On en prend plein la gueule »

Pivot titulaire d'une équipe en danger au classement, Johan Passave-Ducteil (2,00 m, 28 ans) ne veux cependant pas rougir de la saison que livre la JSF.

Vous venez de vous imposer à Bourg en Coupe de France (69-61) ce qui vous qualifie pour les quarts de finale. Il ne vous reste donc plus que trois matches pour remporter un trophée, cela commence à devenir vraiment intéressant ?

Bien sûr parce que quand on voit la difficulté qu’on a en ce moment en championnat, c’est un objectif qu’on s’est fixé dans le vestiaire. On est moins bon en championnat donc la Coupe reste une échappatoire pour « sauver notre saison » si on n’arrive pas à atteindre notre objectif prioritaire qui est de se qualifier pour les playoffs.

C’est une compétition que Nanterre connaît bien puisque le club a déjà disputé deux finales (2007 et 2013). L’envie d’enfin la gagner est-elle vraiment forte ?

Il y a une histoire d’amour qui s’est créée avec les Nanterriens que je ne connaissais pas puisque je n’étais pas là avant. Pour moi qui suis à Nanterre depuis cinq ans, c’est un objectif secret. L’année dernière on n’a pas pu soulever le trophée donc oui, c’est un objectif qu’on aimerait bien atteindre.

En quart, vous allez affronter Roanne, une équipe qui n’est pas bien du tout en ce moment avec six défaites de suite en Pro A et une dernière place au classement. Est-ce le meilleur tirage possible pour vous ?

En Coupe, il n’y a pas de tirage facile. Le seul avantage qu’on a c’est de pouvoir jouer à domicile. Mais sur les matches secs, ce n’est pas la vérité du championnat, il n’y a pas la même pression. Roanne n’est pas bien en ce moment donc c’est peut-être justement un match où ils prendront des shoots plus compliqués parce qu’ils n’auront pas le couteau sous la gorge. Il n’y a aucune vérité en Coupe, il faut gagner, c’est tout.

Quoi qu’il en soit cette victoire vous fait du bien puisqu’à côté de ça, vous venez de perdre trois de vos quatre derniers matches en championnat. Comment expliques-tu cette mauvaise passe ?

En toute honnêteté, je pense que c’est un peu logique. On a laissé beaucoup d’énergie aussi bien physique que mentale avec la coupe d’Europe et puis les équipes nous attendent. Partout où on va à l’extérieur, les salles sont pleines, les joueurs ont la bave aux lèvres, ils veulent faire tomber le champion. On en prend plein la gueule mais c’est logique, on était dans le même état d’esprit avant de soulever ce trophée. Et puis les gens ont tendance à l’oublier mais on apprend à être champion. C’est comme jouer deux fois par semaine, c’est un rythme qu’on apprend. On a déjà plus de quarante matches dans les pattes, c’est ce qu’on fait l’an dernier alors que là on arrive dans le sprint final. On a beaucoup de fierté dans notre parcours, on a quand même été finaliste de la Leaders Cup, je crois qu’on tient notre rang. Mais c’est sûr que c’est beaucoup plus dur pour nous cette année que l’année dernière.

« Les gens ont tendance à l’oublier mais on apprend à être champion »

 

L'année dernière juste après le coup de sifflet final du dernier match des playoffs, quand la JSF était sacrée championne de France

 

Justement, après la Leaders Cup, on se disait que Nanterre avait enfin retrouvé sa superbe. Mais derrière, il y a eu rechute. On a l’impression que vous alternez les bonnes et les mauvaises périodes.

Oui mais c’est dû au rythme de deux matches par semaine. Si tu regardes bien, quand on recevait deux fois de suite à domicile, en coupe d’Europe comme en championnat, on s’en sortait souvent pas trop mal tandis que quand on enchaîne deux déplacements, on a souffert.

Vous avez aussi eu la possibilité de vous qualifier pour les quarts de finale de l’Eurocup jusqu’à la semaine dernière. A cette époque, vous étiez le dernier club français encore européen d’autant qu’en Eurocup, rares sont les équipes françaises à atteindre ce niveau. Cet objectif était-il primordial, plus important encore que la Pro A ?

Bien sûr, on sentait qu’il y avait beaucoup d’effervescence, on avait conscience de porter cet « espoir français », et je pèse mes mots, on en était fier et puis on se disait vraiment qu’on avait les moyens de le faire.

Pour en revenir au championnat, Pascal Donnadieu a déclaré lundi dernier, dans Lundi Basket, que vous aviez tendance cette saison à vous satisfaire de ce que vous aviez, que vous n’étiez plus capable de vous transcender comme l’année dernière…

(Coupe) Je n’ai pas vu l’émission mais je connais suffisamment bien Pascal pour savoir ce qu’il a voulu faire. A mon avis, il a voulu nous piquer, parce que c’est vrai qu’on a certains joueurs cadres qui ont du mal, il ne faut pas se mentir. Il sait très bien qu’on reste ambitieux, qu’on a toujours faim et c’est plus facile de piquer ses joueurs devant la télé que sur le terrain. Pour moi, il a vraiment dit ça pour remobiliser les joueurs mais on a toujours faim. Si on n’avait plus faim, on n’aurait pas été en finale de la Leaders Cup et même si on sait que se qualifier pour les playoffs va être difficile, parce que ça veut dire qu’on doit gagner 5 victoires d’ici la fin de saison. C’est plus un message qu’autre chose.

Le problème c’est que vous avez toujours deux compétitions à jouer en même temps puisque vous êtes toujours en lice en Coupe de France. En fait, vous n’avez jamais eu le temps de souffler cette saison.

Oui mais quelque part c’est une satisfaction d’avoir joué autant de matches parce que plus tu joues des matches, plus tu as de chances de gagner des trophées. Et nous, même si on a du mal, on a faim de titres. C’est la carotte qui nous fait avancer. Je ne regrette rien, je n’ai pas envie de dire qu’il faudrait perdre en Coupe de France pour se concentrer sur les playoffs, ce n’est pas comme ça qu’on raisonne. On s’est toujours accommodé de ça, c’est à nous de donner plus et c’est à l’image du message que le coach a voulu donner.

D’un point de vue personnel, pour toi aussi c’était une saison charnière : tu découvrais l’Euroleague, tu apprenais à défendre un titre de champion… Comment as-tu vécu tout ça ?

La campagne européenne, avant de la commencer, j’avoue que j’avais pas mal de doute. Mais avec un coach comme Pascal qui te met en confiance, ça donne des ailes. Bien sûr que ça n’a pas été simple mais je me suis rassuré, tous les efforts que j’ai faits dans le passé ont servi et j’ai finalement pu tenir en défense des mecs de 2,12 m, 2,14 m sans être physiquement à la rue. Et en plus, j’ai pu scorer contre eux et aider mon équipe offensivement. Ca m’a montré qu’il ne faut jamais se fixer de limites. Et la cerise sur le gâteau c’est ma première sélection au All-Star Game, à 28 ans.

« Dans ma carrière, on ne m’a jamais rien donné »

 

Johan a démontré cette saison qu'il avait le niveau pour jouer en Euroleague, comme ici face à Barcelone

 

C’est ta saison la plus aboutie d’après toi ?

Je ne sais pas mais en tout cas, je trouve que ma campagne européenne m’a donné beaucoup d’espoir pour plein de choses par rapport à mes objectifs. Quand j’étais en Pro B, je me disais qu’il fallait que j’essaie de devenir un joueur de Pro A. Quand je suis arrivé en Pro A, je voulais devenir un joueur européen. Aujourd’hui, je suis à une période charnière, j’ai coché pas mal de cases que je n’avais pas forcément prévu de cocher. J’ai des étoiles plein les yeux et je veux continuer à bosser pour cocher encore d’autres cases.

Sens-tu qu’avec ce parcours, ta valeur est montée ?

J’imagine. Cela fait partie du sport. Quand tu as un intérieur qui fait une saison correcte en Pro A, tu attends confirmation. Et puis finalement, tu vois qu’il est capable de jouer au niveau européen, forcément la valeur augmente. Mais elle augmente parce que l’équipe fait des résultats. Quand tu vois qu’on a été la dernière équipe européenne, moi je me dis que j’ai peut-être mieux fait mon « taff » que les autres intérieurs des autres équipes, je le vois comme ça. Quand j’étais en Pro B, j’ai stagné alors que depuis que je suis à Nanterre, j’ai senti chaque année que j’avais gravi un échelon.

Pourtant, ce n’était pas évident en début de saison. Déjà, tu entrais en concurrence avec Mam’ Jaiteh qui sortait quand même d’une énorme saison en Pro B, avec l’étiquette de petite merveille du basket français, ensuite il y a eu l’arrivée dans le groupe d’Ali Traoré, international français… On aurait pu craindre que ce soit dur pour toi face à cette concurrence sur le poste 5…

Dans ma carrière, on ne m’a jamais rien donné, j’ai toujours été en concurrence avec des Américains que ce soit en Pro B ou en Pro A. Mais quand j’ai eu ce titre de champion de France de Pro A, ma confiance était au top. Dans ma tête je me disais : peu importe le gars qui, va venir, ce sera moi le numéro un sur le poste 5. Après, quand Mam’ est arrivé, ça m’a fait bizarre parce que c’est un Français, ce qui ne m’était jamais arrivé, et puis surtout, c’était un gamin. Donc plutôt que de me plonger dans la concurrence, je me suis vu dans un rôle de grand frère, je n’arrivais pas à le considérer comme un concurrent dans le sens où on savait qu’on était deux Français pour le poste. Dans ma tête, je savais très bien que je n’avais pas le jeu pour jouer 30 minutes par match donc je me suis dit qu’il fallait qu’on tienne le poste 5 à deux parce que moi on m’attendait au tournant et lui il était encore jeune, il avait tout à prouver. Par contre, quand Ali Traoré est arrivé, ça a été différent. On s’est beaucoup croisé dans nos carrières mais on a rarement eu l’occasion de jouer l’un contre l’autre et même si c’est devenu mon ami après, j’avais envie de me comparer à lui. Ali, c’est un mec dont j’aurais eu envie de faire la carrière qu’il a faite. Du coup, le fait que Pascal m’ait fait confiance malgré qu’on soit trois sur le poste, ça a décuplé ma confiance.

« Si on perd contre Orléans, on peut faire une croix sur les playoffs »

 

Face à Orléans ce samedi, Nanterre joue gros en vue des playoffs

 

A quoi aspires-tu pour la suite de ta carrière ? L’année dernière, ton nom avait circulé pour l’équipe de France…

(Coupe) Oui mais c’était dans un contexte bien spécifique où il y avait eu une épidémie au poste 5. Je sais très bien que si tous les postes 5 français valables sont candidats, je suis à des années-lumière de l’équipe de France. Mais cette année, c’était particulier donc j’avais été déçu de ne pas être appelé au moins dans la liste élargie, jamais je n’ai dit que je méritais ma place dans les 12.

Mais au-delà de l’équipe de France, à quoi aspires-tu ?

Dans mon optique de carrière idéale, je veux absolument essayer de jouer en Europe. Mais par la grande porte, si un club me veut vraiment et vient me chercher. Si c’est pour bricoler, ça ne m’intéresse pas. Mais j’aimerais bien essayer de faire une saison ou deux en Europe. Alors à moyen terme, je suis toujours sous contrat avec Nanterre. Le seul truc qui pourrait faire changer la donne, ce serait un départ du coach mais je suis très heureux à Nanterre et je pense que ça se voit.

Ce qui veut dire que si Pascal Donnadieu quittait Nanterre, tu souhaiterais partir toi aussi ?

Nanterre sans Pascal Donnadieu, je ne sais pas si c’est encore Nanterre. Après, je n’amorce rien, je ne dis rien. Pascal, je sais ce que je lui dois mais si lui est amené à faire des choix, moi aussi je me laisserais le choix de réfléchir à d’éventuels changements.

Pour en revenir à la saison, vous vous rendez à Orléans, une équipe également en difficulté avec cinq défaites sur les six dernières journées. Sachant que c’est une équipe, comme Nanterre, en balance pour une place en playoffs, on se dit que c’est un match très important.

Déjà, je vais sortir du contexte du basket parce que je n’ai vraiment pas apprécié la façon dont ils ont parlé du club (En février dernier, dans un article paru dans le quotidien l’Equipe, plusieurs coaches de Pro A, dont celui d’Orléans, Philippe Hervé, avait critiqué le traitement médiatique dont jouissait Nanterre cette saison). Orléans a une très belle équipe de basket, ils jouent très bien et ils devraient se contenter de ça. On ne va quand même pas s’excuser de notre médiatisation. Après, oui, c’est un match très important parce que si on le perd, on peut faire une croix sur les playoffs et même si Orléans n’est pas en super forme cette saison, un mec comme McAlarney peut prendre feu à tout moment.