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Erman Kunter (Cholet) : « On a une génération prometteuse. Il faut qu'on travaille, point ! »

Celui que l’on baptise souvent, en France, “le malin du Bosphore“ ou “Maître Kunter“, en est à sa douzième saison de coaching dans l’Hexagone. Dont près de huit passées dans les Mauges, à Cholet Basket. Un club avec lequel il a remporté un Championnat (en 2010), une Semaine des As (2008), et atteint une finale de Coupe de France (2008) et une d’EuroChallenge (2009). Erman en est donc à son troisième passage à CB, après avoir repris une équipe à la dérive, fin novembre, qui comptait 2 victoires seulement en 11 journées. Coupe d’Europe et lutte pour le titre ne sont pas au programme cette année, Cholet pointant à la 15e place (8V-16D), à égalité avec Fos et avec seulement une longueur d’avance sur Le Portel. Ce qui ressemble à son dernier passage, c’est de travailler avec, en point de mire, une génération très prometteuse, emmenée par Killian Hayes (1,97 m, 17 ans).

Erman Kunter (Crédit Photo : JL Bourg)


Erman, c’est votre troisième expérience de coach à Cholet Basket après une saison en 2003-04, six ans entre 2006 et 2012. Aujourd’hui, vous sentez-vous presque plus Maugeois que Turc ?

(Rires) Moitié moitié en fait. Parce qu’en Turquie, en fait, je n’ai jamais coaché très longtemps, sauf la sélection nationale que j’ai entraînée cinq ans. Je suis aussi passé par des clubs, mais je pense que j’ai passé plus de temps à Cholet Basket en tant que coach qu’avec tous les clubs turcs de ma carrière. J’ai passé un an à Besiktas, deux à Galatasaray et deux à Darrussafaka, cela fait cinq saisons. Bien moins qu’à Cholet ! Bon, les Mauges, c’est très différent d’Istanbul. C’est génial aussi. C’est une petite ville, pas comparable à Istanbul, mais combien de villes, dans le monde, sont comparables à Istanbul et ses 17 millions d’habitants au moins ? Il y a donc des avantages. C’est beaucoup plus calme, il y a moins d’embouteillages, déjà. Et les gens sont aussi et surtout à fond derrière leur équipe. Cholet est une ville de basket. Le centre de formation est une véritable fierté ici.


Ce qui est surprenant, c’est la confiance que vous font les présidents en France alors que chez vous, en Turquie, on semble terriblement plus exigeant avec vous et vos expériences ne durent pas. Une explication ? 

Vous savez, en Turquie, les équipes ont dépensé énormément d’argent ces dernières années. Beaucoup moins aujourd’hui, parce qu’il y a énormément de problèmes de financement en ce moment. Mais d’une manière générale, aucun club turc ou presque ne fait attention à son centre de formation. Et moi, c’est vraiment ce qui m’intéresse et, à Cholet particulièrement mais aussi dans pas mal d’autres clubs en France, les présidents sont attachés au développement de leur centre de formation. Ici, le président Barbé - avant c’était pareil avec Patrick Chiron -, et d’autres mettent toujours une certaine pression sur les coaches pour qu’ils fassent jouer les jeunes. C’est normal ici, parce qu’il y a toujours ou presque des jeunes de talent et que le centre de formation est performant. 

 

Au moment où vous reprenez le club cette saison, l’équipe était au plus mal. Vous aviez même semblé hésitant au départ. Qu’est-ce qui vous semblait le plus inquiétant ?

Déjà, le classement ! Et les matches que le club avait pu disputer depuis le début de saison, avec beaucoup de défaites à domicile. Après, alors que j’étais à Istanbul, j’ai parlé avec pas mal d’amis que j’ai ici, dans le basket, et tous me disaient qu’avec un tel effectif, il semblait très improbable que Cholet puisse se maintenir. Beaucoup pensaient que la situation était quasi inextricable puisque, si je me souviens bien, Cholet n’avait pas gagné un match à domicile depuis le mois de mars ! Ce sont des choses qui ne semblent pas très positives, pour un coach, au moment de savoir s’il veut reprendre une équipe. Mais Cholet est tellement un club que j’aime que je n’ai pas pu répondre par la négative. Depuis deux ans, j’avais continué à suivre le club à travers Internet. Et j’avais aussi vu que le centre de formation avait une nouvelle fois produit des jeunes qui avaient assez de talent pour apporter des choses et aider CB à se maintenir. Pour le moment, le combat continue mais nous avons avancé quand même. On essaie de donner toujours plus de temps de jeu aux jeunes aussi. Mais je le répète, si j’ai accepté de revenir ici, c’est surtout parce qu’il y a, je trouve, d’excellents jeunes sur qui on pourra compter à l’avenir. 


L’ambiance dans l’équipe et les carences défensives de l’équipe semblaient vous préoccuper aussi à votre arrivée...

J’avais analysé les stats de l’équipe après 11 matches, je crois, et j’ai pu voir que Cholet était dernier ou presque dans l’ensemble des secteurs statistiques. Des deux côtés du terrain d’ailleurs. Plus mauvaise défense du championnat. L’une des pires attaques. La 18e à l’évaluation. Avec l’un des plus mauvais pourcentages aux tirs et LE plus important pourcentage aux tirs concédés aux adversaires de Jeep® ÉLITE. Bref, beaucoup d’indicateurs n’étaient pas franchement au vert...


Erman, vous êtes un peu dingue non ? Reprendre une équipe qui présente ce bilan-là est presque suicidaire...

Non, non. J’ai tellement de souvenirs ici, ça joue ! En 2008, on avait été en finale de la Coupe de France et on avait gagné la Semaine des As, puis été en finale de l’EuroChallenge l’année suivante. Vous savez, dans le passé, tout le monde me disait que l’équipe était moyenne l’année où l’on a fini par remporter le titre ! Je savais qu’il y avait des jeunes avec du potentiel avec qui on peut travailler. Depuis mon arrivée, on n’a changé qu’un seul joueur, Robinson, et continué à travailler avec ceux qui étaient déjà là. La chose qu’on a fait, c’est de travailler plus que les autres équipes. On fait le maximum, avec des hauts et des bas mais on progresse. Quand je regarde les stats aujourd’hui, l’évolution est très positive dans chaque domaine. On a avancé. Est-ce suffisant ? Non, bien sûr que non ! On est sur 50% de victoires depuis 10 matches, mais il nous faut faire mieux. On a perdu quelques matches à cause d’un certain manque d’expérience. Je pense qu’il faudra nous battre à chaque rencontre jusqu’à la toute dernière. C’est un championnat très serré. Ce que je me dis, c’est qu’il faut travailler pour faire en sorte de nous sauver cette saison. Parce que pour la suite, avec les jeunes qui montrent le bout de leur nez, l’avenir est radieux pour le club. Selon moi, cette génération de jeunes n’est pas inférieure, à ce stade, à celle qui nous a portés entre 2008 et 2010. Celle des Nando (De Colo), Rodrigue (Beaubois), Kevin (Séraphin), etc. On a une génération prometteuse. Il faut qu’on travaille, point ! 


Qu’est-ce qu’ont apporté les arrivées de London Perrantes et Antywane Robinson ?

Pour London, le premier meneur n’avait pas fait l’affaire et le deuxième n’avait pas voulu rester. London était donc le troisième choix. Il est plutôt très bon. Mais c’est aussi l’un de nos problèmes : London (Perrantes) et Mike (Young) ont du talent, mais ils n’ont pas beaucoup d’expérience, ce sont des rookies. Après, on a des jeunes dans la rotation comme Killian (Hayes) ou Abdou (N’Doye), Olivier Troisfontaines qui sort pour la première fois de Belgique. Quand tu mets tous les joueurs sur le papier, on n’en a que 4 qui ont de l’expérience (Frank Hassell, Pape Sy, Antywane Robinson et Romain Duport, ndlr), le reste évolue pour la première fois en Jeep® ÉLITE. C’est un handicap. On gagne en expérience chaque jour en faisant des erreurs, mais j’espère qu’on n’en fera pas trop !


Vous êtes sortis de la zone rouge mais restez sous la menace de Fos et Le Portel, chez qui vous l’avez emporté à l’aller. Qu’est-ce qui fera la différence au final ?

Il nous faut faire de vraies séries ! Pour le moment, on en gagne un on en perd un, puis deux victoires suivies de deux défaites. Si l’on peut aligner au moins une série de trois rencontres consécutives, on devrait s’en sortir. Bien sûr, il faudra confirmer nos victoires à l’aller contre Fos et Le Portel, mais le combat ne se résume pas à ça. On peut jouer les yeux dans les yeux avec tout le monde et je pense que notre énergie et notre intensité peuvent faire la différence à un moment ou à un autre. 


Parfois, notamment au Mans ou à l’ASVEL, on vous a reproché de ne pas donner leur chance aux jeunes. Qu’est-ce que vous pourriez répondre à ça ?

À l’ASVEL ? Je ne me souviens plus trop, honnêtement, qu’il y avait des jeunes capables de jouer. 


Je me souviens de reproches par rapport à Olivier Gouez...

Ah, oui, Olivier. Bien sûr que j’essaie de faire jouer les jeunes. Mais il y a jeune joueur et jeune joueur. Si l’on compare Rudy Gobert ou Kevin Séraphin et Olivier, avec tout le respect que j’ai pour lui, c’est un peu différent... Même chose pour Nando, Rodrigue, Fabien Causeur ou Mike Gelabale. Je n’ai pas souvenir à l’ASVEL d’avoir eu des potentiels comme ça à disposition. De toutes façons, je ne peux pas non plus distribuer des cadeaux ! Même les jeunes que j’ai ici aujourd’hui, dont je considère qu’ils ont du potentiel, je ne peux pas leur faire de cadeaux. Il faut qu’ils méritent leur temps de jeu en travaillant à fond à l’entraînement. Je bosse individuellement avec eux et leur montre ce qu’il faut faire pour devenir un joueur de haut niveau. Mais après, si le jeune n’a pas le niveau, je n’y peux rien... Il faut qu’on forme des joueurs mais gagner est aussi un impératif pour le club.


Killian Hayes est le plus attendu d’entre eux. Pour commencer, vous avez coaché son père, DeRon, deux saisons. N’est-ce pas bizarre d’avoir ensuite à diriger le fils...

Eh bien, non ! La première fois que j’ai coaché DeRon, en 2003-04, Killian devait avoir deux ans... Ensuite, quand il est revenu à Cholet pour une demi-saison, Killian était benjamin ou minime je crois. Non, ce n’est pas vraiment bizarre. Les deux joueurs sont tout à fait différents. DeRon était un finisseur, un poste 3 très adroit. Killian, en revanche, a un profil complètement différent, il est plus créateur.


Quel avenir voyez-vous pour Killian ?

Il faut absolument qu’il joue plus de matches, ça c’est très important. Et malheureusement, l’équipe ne joue pas de compétition européenne pour le moment. Jouer une Coupe d’Europe, cela donne une autre vision sur le jeu. On joue un basket très différent, face à des équipes de l’Est, des clubs espagnols qui mettent beaucoup de rythme et d’intensité, ou encore des Grecs ou des Turcs qui jouent essentiellement sur demi-terrain. Jouer de grosses équipes, des forts joueurs, face à qui il faut tout contester sous peine de le payer très cher. Aujourd’hui, je ne dis pas qu’il est paresseux, mais il reste parfois dans sa zone de confort. Et pour un joueur, le plus dangereux, ce qui fait stagner, c’est ça : rester toujours dans sa zone de confort. Je reviens à Kevin Seraphin. En 2007-08, il ne jouait pratiquement pas, mais il avait fait tous les déplacements avec nous en Coupe d’Europe. Et ma plus grande fierté, c’est qu’ensuite, quand on a joué Bologne en finale de l’EuroChallenge 2009 (défaite 75-77 face à la Virtus, ndlr), il y avait, dans notre 5 majeur, Rodrigue et Nando, 21 ans et Kevin, qui n’avait pas encore 20 ans. Ils étaient prêts ! Le championnat de France, c’est très particulier. Il y a beaucoup de rythme, ça court, etc. Mais il est important d’alterner et de découvrir tous les styles de basket. 


Le problème, c’est aussi que pour être drafté haut, il faut devancer l’appel et intégrer la draft très tôt. Alors que souvent, les joueurs ne sont pas encore prêts à faire face à l’univers NBA...

On ne parle jamais de ça ! C’est trop tôt. Pour le moment, on est en phase de construction. C’est ça qui est important. On verra bien comment se passe sa progression, mais c’est trop tôt pour parler de ça. On passe énormément de temps à faire progresser nos jeunes. On suit leur progression au quotidien, sur le plan du basket comme sur le plan médical. On verra bien ce qui se passe ensuite.


Vous avez également coaché, ici, Gelabale, Beaubois, De Colo, Seraphin. Six joueurs NBA ont été formés au centre de formation choletais (Antoine Rigaudeau et Rudy Gobert étant les deux derniers). Quel regard portez-vous sur cette réussite ?

Oui, mais vous oubliez le MVP du Final Four, Fabien Causeur, dans votre liste ! Fabien est l’un des tout meilleurs deuxième arrière de l’Euroleague, ça aussi a une valeur énorme ! Déjà, l’important ici, c’est qu’on a une relation incroyable avec les coaches du centre de formation. On partage énormément de choses. Quand l’équipe pro a besoin des jeunes pour l’entraînement par exemple, car j’aime beaucoup travailler avec douze joueurs à chaque entraînement, cela ne pose jamais aucun problème. On s’entend très bien. Ensuite, on fait vraiment très attention sur le plan médical, avec trois médecins qui travaillent avec nous. On fait une réunion tous les mois et on passe plus de temps à parler des jeunes que des pros. Je sais aussi que le suivi éducatif est très bon. Enfin, il nous arrive souvent de changer des horaires d’entraînement de l’équipe professionnelle pour que ça colle aux études voire aux entraînements des jeunes. Je ne sais pas s’il y a d’autres secrets que celui-là : le sérieux du travail entrepris avec les jeunes ici.


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CHOLET ET LA FORMATION, UNE HISTOIRE D'AMOUR

Le 30 mars, à Chalon, Killian Hayes, meneur-scoreur de jeu de grande taille (1,97 m) déjà suivi par à peu près toutes les franchises NBA depuis le sacre européen de l’équipe de France U16, à Novi Sad, à l’été 2017, a réalisé son meilleur match en Jeep® ÉLITE. Killian, qui n’aura 18 ans que le 27 juillet prochain, a marqué 17 points à 7 sur 9 aux tirs, le tout combiné avec 5 passes décisives, 5 rebonds et autant d’interceptions pour une évaluation de 28. Dans l’effectif cette saison, Kunter peut aussi compter sur Abdoulaye N’Doye (1,93 m, 21 ans, poste 2/1, 9,3 d’évaluation), alors que Karlton Dimanche (1,94 m, 18 ans, meneur) ou encore Melvin Govindy (2,12 m, 22 ans, pivot longtemps freiné par des blessures) et d’autres pointent le bout de leur nez. 

Cholet Basket et son centre de formation, aujourd’hui nommée Académie Gautier, ont formé 6 joueurs passés ensuite par la NBA. Antoine Rigaudeau bien sûr, puis Mickaël Gelabale, Nando De Colo, Rodrigue Beaubois, Kevin Séraphin et Rudy Gobert. À ceux-là, on peut ajouter 9 autres internationaux comme David Gautier, Jim Bilba, Cyril Akpomedah, Stephen Brun, Bruno Coqueran, Cédric Ferchaud, Aymeric Jeanneau, Charles Kahudi ou Claude Marquis. Fabien Causeur, que Kunter cite dans l’interview, s’est épanoui à Cholet mais était passé par le Centre de Formation du Havre auparavant. Sans oublier, bien sûr, une pléiade de joueurs passés pro, en Jeep® ÉLITE ou PRO B, qu’il serait trop long de citer ici... 


Cet article est à retrouver dans le Soir de Match papier distribué dans les salles de Jeep® ÉLITE pour la 25ème journée