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David Michineau, explosion attendue

Drafté à la surprise générale en juin dernier, David Michineau (1,91 m, 22 ans) devrait être l’une des révélations de la saison.

Le 23 juin dernier, le basket français a connu un moment historique. Car avec 5 joueurs retenus à l’occasion de la draft NBA 2016, la France a battu le record du nombre de ressortissants sélectionnés par la grande ligue. Si certains de ces lauréats étaient attendus à pareille fête (Guerschon Yabusele, Thimothé Luwawu), le choix de David Michineau en 39e position par les New Orleans Pelicans – immédiatement transféré aux Clippers de Los Angeles – en a surpris plus d’un.

« La NBA a toujours été mon objectif mais la saison dernière, je n’ai pas eu énormément de temps de jeu et je n’ai donc pas pu montrer toutes mes qualités », admet l’intéressé aujourd’hui. « On a quand même fait une très bonne saison collective avec Chalon et j’ai beaucoup appris mais à la fin, je ne me disais pas avoir fait une saison pour être drafté. » Absent de presque tous les radars des sites spécialisés, le meneur de 22 ans était automatiquement éligible du fait de son âge cet été. Et peu de temps avant le grand rendez-vous, il a profité du camp de Trévise – sorte de gros tournoi de gala réservé aux meilleurs jeunes – pour marquer des points.

« A Trévise, j’ai pu jouer librement et me mettre en avant et à la suite de ça j’ai fait des work outs avec les Clippers, Portland et Dallas. Ca s’était très bien passé aux Clippers et je me suis bien entendu avec le staff. Du coup, je savais que j’avais une chance d’être drafté. »

La suite confirmera ces impressions et une fois drafté, Michineau partira disputer la summer league avec les Clippers avant que ces derniers ne décident d’attendre un peu pour le faire définitivement rejoindre leur effectif. Quoi qu’il en soit, en l’espace de quelques mois, Michineau est passé du statut de quasi anonyme à celui de prospect NBA, voué à jouer dans la grande ligue américaine à court terme.

« J’ai toujours eu un temps de retard »

 

Derrière John Roberson, David Michineau n'a pas toujours souri avec Chalon

 

La trajectoire a de quoi surprendre et cela est fort logique. Car après tout, on parle là d’un jeune basketteur qui ne figurait pas parmi les meilleurs de sa génération. Son nom n’a jamais circulé dans les rumeurs NBA ces dernières saisons et le garçon n’a que très peu fréquenté les équipes de France de jeune, quelle que soit la catégorie d’âge. Arrivé de Guadeloupe à Chalon-sur-Saône en 2011, Michineau n’affiche pas non plus un parcours fulgurant avec le club de Saône-et-Loire. A son actif, un doublé championnat de France Espoirs / Trophée du Futur en 2013, certes, mais dans le rôle du suiveur, derrière le leader d’alors qu’était Yakuba Ouattara. Et bien qu’arrivé dans le groupe pro dès la saison suivante, il est sans cesse resté en retrait par rapport aux autres jeunes pousses chalonnaises Clint Capela, Axel Bouteille ou Mathias Lessort.

Cette saison encore, son émergence aura été freinée par la présence sur le poste 1 de John Roberson, auteur d’une excellente saison individuelle (5,6 points et 4,4 d’évaluation en 14 minutes pour Michineau en 2015-16). « C’est vrai que j’ai toujours eu un temps de retard », reconnaît-il d’ailleurs sans mal. Mais le talent était bien là.

« Je l’avais repéré quand il jouait à Châlons-Reims (prêté en Pro B par Chalon-sur-Saône une demi saison en 2013-14), on avait joué contre lui et j’avais déjà cerné ses qualités, je le trouvais intéressant », explique Kyle Milling, l’actuel entraîneur de Hyères-Toulon qui était à l’époque assistant. « David, je sais pourquoi les Clippers l’ont drafté parce que c’est un joueur qui a énormément de talent et de qualités athlétiques et c’est ce que recherche les équipes NBA. Quand il a été drafté, je pense que beaucoup se sont dit : comment est-ce possible ? Parce que le mec n’était pas à 20 points par match ni à 30 minutes de temps de jeu. Mais la NBA cherche vraiment des caractéristiques spécifiques : les qualités athlétiques, la longueur et David a tout ça. En plus il est intelligent et fort mentalement donc il a tout pour aller un jour aux Clippers. »

« Je pense même donner une prime à mon assistant pour le nombre de rebond qu’il prend pour David. » Kyle Milling

 

Avec une telle éthique de travail, deux ballons ne sont pas de trop

 

Sur la piste du jeune meneur dès la fin de saison dernière, l’entraîneur varois a dû attendre l’issue des summer leagues pour finalement récupérer le joueur, avec un argument de poids pour le persuader de venir : l’assurance d’avoir du temps de jeu avec le HTV.

« Le problème avec la formation des meneurs en France c’est que souvent les jeunes meneurs de talents sont derrière un meneur américain », poursuit le coach. « Et même s’ils jouent beaucoup en espoirs, ils n’ont jamais la possibilité d’être le patron d’une équipe dans une compétition intéressante, par rapport aux Américains qui sont les patrons de leur équipe en université. Je sais que plusieurs équipes de Pro A voulaient le prendre cet été mais derrière un meneur américain. Alors que lui, son agent et les clippers voulaient qu’il ait l’opportunité d’être titulaire. »

Car malgré sa draft, David Michineau n’a pas vraiment changé et reste encore aujourd’hui un jeune meneur de jeu qui a tout à prouver, et qui en est bien conscient. « Pour moi je n’ai pas encore éclaté », abonde le joueur. « J’aurais éclaté quand je me serais affirmé, quand j’aurais prouvé que je peux tenir une équipe en Pro A.L’objectif était d’aller dans une équipe où je pouvais jouer, apprendre, faire des erreurs et je pense que Hyères-Toulon est le bon choix pour moi. »

L’homme va donc être attendu au tournant par la Pro A mais aussi par les Clippers, qui vont dépêcher des émissaires sur place durant la saison pour observer ses progrès. Un premier membre du staff angelino va d’ailleurs débarquer dans le Var le 18 septembre pour 5 jours, et ce n’est qu’un début. Tout reste encore à faire mais Kyle Milling est convaincu de l’issue du processus.

« Il doit progresser dans la gestion d’une équipe, la gestion du match parce qu’il ne l’a jamais fait dans sa carrière », analyse l’entraîneur. « Il doit aussi bosser sa sélection de tir et apprendre à devenir le patron de l’équipe. Mais il est très à l’écoute, il demande souvent à revoir ses séquences en vidéo après le match et quand on fait une séance ensemble, on voit une progression dès le match suivant. Je suis sûr qu’il jouera un jour en NBA pace que je n’ai jamais vu un joueur travailler lui. C’est le premier sur le terrain 30, 40 minutes avant l’entraînement et celui qui rentre au vestiaire le plus tard après l’entraînement. Il shoote, il shoote, il shoote… Je pense même donner une prime à mon assistant Sébastien Devos pour le nombre de rebond qu’il prend pour David. »