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D.J. Cooper : déjà plus fort que Juice Thompson ?

L’ex-meneur de Monaco aligne les cartons depuis le début du championnat avec Pau. Son emprise sur le jeu de l’Elan est extraordinaire. Surtout, l’équipe gagne (3v-1d). Cooper est en passe de réussir un défi de taille : faire oublier son prédécesseur, Juic

D.J. Cooper, un général sous le maillot palois. (Photo : Eric Traversié)

L’Elan Béarnais a fait des pieds et des mains pour essayer de conserver Juice Thompson (1,77 m, 27 ans), son joyau américain de la saison dernière. Dès le printemps le club a fait une proposition à son petit meneur de jeu, auteur de très loin de sa meilleure saison dans l’hexagone. On a parlé d’un salaire doublé par rapport à ses émoluments sur la saison 2015-16. Mais Thompson a préféré attendre pour tester le marché. Et a fini par accepter l’offre plus lucrative du Besiktas Istanbul, qui a également fait signer l’ex-Strasbourgeois Kyle Weems. Pour l’Elan, il n’a pas été simple de trouver un remplaçant à la hauteur de Thompson. Les candidats potentiels n’entraient pas dans les bourses paloises. « Des meneurs qu’on aurait aimé avoir, il en est passé un paquet », nous glissait Didier Gadou avant la rentrée. Et puis l’opportunité s’est présenté de recruter D.J. Cooper, rien moins que le meneur de la meilleure équipe de la dernière saison régulière. Pau a bénéficié d’un soutien de taille en coulisse. « D.J. Cooper est de Chicago comme Juice, il a eu Juice au téléphone. Il est venu chercher un terrain d’exposition », précisait alors Gadou, tout en prophétisant sans risque que son nouveau meneur « finirait sûrement dans les meilleurs passeurs du championnat. »

« Je le voyais moins dangereux en attaque »

Cooper est un floor general, un patron, un faiseur de jeu. Ses qualités de passeur ont éclaté au grand jour depuis ses tous premiers pas à l’université d’Ohio (5,9 assists lors de sa saison freshman, 6,5 en moyenne sur ses 143 matches en NCAA), puis lors des ses premières expériences professionnelle en Grèce (6,6 au PAOK, 6,1 à l’AEK), en Russie (9,2 en VTB League avec Krasnoyarsk en 2014-15) et enfin à Monaco la saison dernière (6,8). On ignorait en revanche que l’Américain était capable de noircir toute la feuille de statistiques. « Je le voyais moins dangereux que cela en attaque », dit Jonathan Rousselle (Cholet), qui a affronté Cooper lors de la première journée, « mais c’était dû à la situation à Monaco et à son rôle là-bas. C’est complètement différent à Pau. Il n’a pas les mêmes responsabilités. » De fait, Cooper est passé de 25 à 38 minutes par match, et sans faire injure aux joueurs palois, est un peu moins bien entouré dans le Béarn qu’il ne l’était sur le Rocher.

Malgré cela, son abattage statistique est étonnant. Ce petit modèle, listé officiellement à 1,83 m, mais plus proche en réalité du mètre quatre-vingt, culmine tout de même à 8 rebonds par match (7e ex aequo de Pro A), 2,5 interceptions (1er) et pointe très largement en tête à l’évaluation avec la moyenne, faramineuse pour un meneur de jeu, de 28,3 ! « Parfois, un joueur nous impressionne par les yeux. Avec lui, je suis impressionné par les chiffres », glisse Yannick Bokolo, son coéquipier à Pau. En phase de rééducation après s’être blessé à la cuisse, Bokolo a tout loisir d’observer le phénomène sur le bord du terrain, que ce soit en match ou à l’entraînement. « Tout parait simple avec lui. On a l’impression qu’il va réussir tout ce qu’il entreprend. Et que même s’il rate ses shoots, il va faire autre chose. Il est partout ! »

« Il ne cherche même pas les joueurs, il cherche les espaces ! »

La saison dernière, Juice Thompson existait avant tout par son talent de scoreur, et en particulier par sa faculté à inscrire les paniers décisifs en fin de match. « Chacun a sa spécificité », reprend Bokolo. « D.J. c’est un peu tout. Il va faire des passes, des rebonds, des interceptions. Bien sûr la passe est sa grande spécialité (12,3 en moyenne !). Il ne cherche même pas les joueurs, il cherche les espaces où le joueur est censé aller. » C’est la marque des grands passeurs d’anticiper les mouvements de leurs coéquipiers… parfois avant les intéressés eux-mêmes. « Cela explique ses pertes de balles. Parfois, c’est limite le joueur qui n’a pas vu sa passe », rigole Bokolo. « C’est vrai qu’il a démarré sur des bases incroyables », reprend Jonathan Rousselle. « Je suppose que cela va se calmer un peu parce qu’il va être ciblé, en tout je l’espère pour nous ! En tous les cas, en ce moment c’est le meilleur, il n’y a pas de doute. » Meilleur que Juice Thompson la saison dernière ? « Attendons un peu, parce qu’avec Thompson, ils ont quand même fait une saison avec les playoffs à la clé », pondère le meneur de Cholet Basket.

Yannick Bokolo a joué aux côtés de quelques sérieuses pointures US à la mène depuis ses débuts au Mans. Hollis Price, Ben Woodside ou encore Dwight Buycks, MVP en 2013, et bien sûr Juice Thompson ont marqué la Pro A. « Avant, pour moi, le meilleur avec qui j’avais joué, c’était Dwight Buycks. C’était beau à voir jouer, c’était fluide, c’était limite un jeu vidéo. Alors que D.J. n’a pas forcément des attitudes d’athlète. On se demande comme il fait. Dans le plaisir des yeux, Buycks était de loin de meilleur. Mais si tu compares les chiffres, je suis certain que D.J. Cooper a tué tous ceux avec qui j’ai joué (rires). » Dwight Buycks avait bouclé sa saison de MVP à 18,2 points à 42,7%, 3,2 rebonds, 2,9 passes et 14,9 d’évaluation. Le Gravelinois était bien plus un soliste génial qu’un meneur de jeu, mais il évoluait dans une équipe de haut de tableau. Le défi de D.J. Cooper sera d’emmener l’équipe paloise au moins en playoffs, ce qu’a réussi son prédécesseur, Juice Thompson.

En aura-t-il au moins l’occasion ? Il y a quelques jours, diverses sources faisaient écho d’un intérêt du Panathinaïkos pour le meneur déjà passé par le championnat grec à ses débuts. L’exposition attendue est finalement arrivée plus vite que prévue, et un départ en cours de saison n’est pas à exclure.  Dans les colonnes de La République des Pyrénées, Didier Gadou a assuré qu’il n’y avait aucun contact avec le Panathinaïkos. « Maintenant, s’ils mettent 1,5 millions d’euros sur la table, on peut discuter », a glissé le directeur général de l’Elan, en forme de boutade. On peut en effet imaginer que les dirigeants de l’Elan y réfléchiraient à deux fois si le Pana leur proposait un transfert à 500 000 euros ou plus. Quant au principal intéressé, la perspective de rejoindre un grand d’Europe – entraîné désormais par Xavi Pascual – et de disputer l’Euroleague serait difficile à refuser. En attendant, profitons bien de chacune des sorties de ce phénomène. Erving Walker, Frank Ntilikina voire A.J. Slaughter se dresseront sur sa route ce dimanche. Parviendront-ils à empêcher cette usine à stats de briller une cinquième fois consécutivement ?

 

Dans l'histoire

Le Hall of Fame des meneurs étrangers de l'Elan

L’Elan Béarnais a longtemps fait confiance des meneurs français voire à des meneurs originaires du Sud Ouest. Valéry Demory, Christian Ortéga, Vincent Naulleau, Freddy Hufnagel, Fred Fauthoux ont tenu les rênes de l’Elan, champion en 1986 et 1987, alors à Orthez, et de nouveau en 1992 après son déménagement à Pau. Les Palois rafleront également le titre en 1996 avec un Antoine Rigaudeau en 1998 avec Moustapha Sonko – Fred Fauthoux participant, dans l’ombre des stars, aux sept titres amassés sur la période 1992-2004 et aux belles épopées en Euroleague (trois quart de finales).

La saison 1998-99 marque un virage important dans l’histoire du club. En effet, pour la première fois, l’Elan est champion de France avec un meneur titulaire étatsunien. Il s’agit d’Emanuel Davis, un excellent défenseur, vrai joueur d’équipe, qui a remplacé son compatriote Ryan Lorthridge en cours de saison. Davis n’a pas joué longtemps à Pau mais ce gentleman aura laissé une empreinte durable. On peut l’inclure dans le top 5 des meneurs étrangers de l’histoire de l’Elan. Un top auquel D.J. Cooper pourra bientôt prétendre s'il poursuit à ce rythme.

Juice Thompson la saison dernière à Pau

Notre Top 5

1      Dragan Lukovski (1,88 m, 1975, Serbe). L’international serbe ne devait effectuer qu’une simple pige en Béarn, juste le temps que le Croate Vladimir Krstic revienne de blessure. A la demande de Krstic, il termina la saison 2001-02. Et resta deux années de plus, pour deux titres en 2003 et 2004.

2      Jerry McCullough (1,80 m, 1973, Américain). La pépite découverte par Jean-Denys Choulet au BCM en 1997-98 (MVP du championnat) signa à Pau trois ans plus tard, pour y remplacer Cory Carr en cours de saison. Avec lui, l’Elan gagna 20 de ses 27 derniers matches et s’empara du titre après avoir disposé de l’Asvel en finale.

3      Teddy Gipson (1,93 m, 36 ans, Américain). Gipson, qui officie toujours en Pro B à Boulogne-sur-Mer, n’a pas été champion avec Pau. Mais il a permis au club de retrouver la Pro A après une saison extraordinaire à l’étage inférieur (MVP) et une victoire à Bercy contre Limoges le 13 juin 2010. Son bail a pris fin en 2012 sur une redescente, sans qu’on puisse lui imputer la responsabilité de cet échec (17,1 points, 3,9 rebonds et 4,5 passes).

4      Emanual Davis (1,96 m, 1968, Américain, voir plus haut) a oeuvré à l’obtention du titre en 1999 et au superbe parcours en Euroleague ponctué par une belle de quart de finale contre le Kinder Bologne d’Antoine Rigaudeau

5      Juice Thompson (1,77 m, 1989, Américain).  Thompson a joué deux saisons à Pau. Une première correcte en 2013-14, et une seconde absolument brillante en 2015-16 sous les ordres d’Eric Bartéchéky, ponctuée par un titre de meilleur marqueur du championnat (17,8 points) et une deuxième place au scrutin du MVP de la saison, derrière Devin Booker (Chalon).