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Clint Capela, helvète underground

Le jeune pivot suisse de Chalon, Clint Capela (2,06 m, 19 ans), promis à un futur radieux, est en train d’exploser avec l’Elan.

Si l’Elan Chalon a raté de peu la qualification à la Leaders Cup, il n’en finit plus de gagner pour autant. Avec 4 succès lors de ses 5 derniers matches, l’équipe bourguignonne affiche l’une des dynamiques les plus impressionnantes du moment, à l’image de leur dernière victoire en date, lundi dernier à Pau. Un match lors duquel, Clint Capela a crevé l’écran (12 pts, 10 rbds, 2 cts), égalant ainsi sa meilleure évaluation en carrière (21), ce qui lui a valu d’être élu MVP de la rencontre par les internautes de LNB.FR.

« J’ai démarré dans l’intensité, en étant agressif d’entrée et en prenant des rebonds offensifs », commente l’intéressé, qui a totalement dominé son vis-à-vis palois à l’intérieur, Ahmad Nivins, pourtant réputé comme l’un des meilleurs pivots de Pro A mais loin d’être à la fête face au jeune chalonnais (seulement 10 points à 1/8 aux tirs de champ). « Quand celui qui passe pour être le meilleur pivot en France se fait atomiser par le gamin, ça parle plus », se félicite Jean-Denys Choulet, l’entraîneur chalonnais. « Mais ce n’est pas le premier match où Clint est bon cette saison. »

Pour sa première saison à part entière chez les professionnels, Capela n’a en effet pas mis longtemps à faire son trou. Avec la 6e meilleure évaluation chalonnaise (11,9), il est devenu l’un des éléments majeurs de son équipe, au point d’être titularisé dans le cinq de départ par coach Choulet depuis quelques temps. Pas mal, surtout pour un jeune basketteur de 19 ans qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

« Quand celui qui passe pour être le meilleur pivot en France se fait atomiser par le gamin, ça parle. » Jean-Denys Choulet

Capela donne déjà du fil à retordre aux meilleurs pivots de Pro A

 

Présent en Bourgogne depuis 2009, Clint Capela incarne à lui seul un double aspect de l’identité chalonnaise : une formation d’excellence qui a produit de nombreux basketteurs ces dernières années et une proximité avec le pays voisin, la Suisse, amorcée il y a quelques temps déjà avec Thabo Sefolosha, formé et révélé à Chalon et aujourd’hui en NBA.

Né en Suisse d’un père angolais et d’une mère congolaise, c’est dans la région de Genève que le jeune Clint, après s’être essayé au football, débute le basket à l’âge de 13 ans, sans rien savoir de la connexion entre la Suisse et l’Elan Chalon. « J’ai appris ça quand, avec mon club de Genève en minimes, je suis venu faire le tournoi international à Chalon », se remémore le garçon. « C’est là que j’ai su qu’ils aimaient bien la filière suisse. J’avais 14 ans et j’étais surclassé avec les moins de 16 ans à l’époque, et lors d’un camp d’entraînement avec Vincent Gaillard (basketteur suisse formé à Chalon et aujourd’hui à Saint-Quentin, en Pro B), quelqu’un du club m’a découvert et m’a proposé de faire des tests. Je n’avais pas d’autres propositions et le fait que Thabo Sefolosha soit passé par Chalon, ça m’a donné envie. »

Avec les équipes de jeunes de l’Elan, Capela progresse au point d’être appelé l’année dernière par Gregor Beugnot pour densifier le secteur pro. Il effectue des débuts remarqués lors du match des champions contre Limoges (10 pts, 5 rbds) puis alterne ensuite entre l’équipe espoir et les professionnels, réalisant quelques très belles prestations, notamment en Euroleague contre Malaga (12 points et 12 rebonds).

« Le fait que Thabo Sefolosha soit passé par Chalon, ça m’a donné envie »

 

Un joueur très spectaculaire, doté d'une superbe détente (Credit photo : Jean-Marc LEQUINE)

 

Mais c’est vraiment cette saison, et avec l’arrivée de Jean-Denys Choulet au chevet d’une équipe malade, que Clint Capela va prendre une nouvelle dimension. Une évolution pas évidente au début étant donnée la réputation de coach Choulet, dont on a souvent dit qu’il n’était pas très enclin à lancer des jeunes dans le grand bain. « Ce sont des grossesconneries », tranche net l’ancien entraîneur de Roanne. « Si je pouvais jouer avec dix gamins de vingt ans, je le ferais. Mais pour moi, l’âge, la nationalité ou la couleur de peau n’a aucune importance. Ce qui m’intéresse c’est le bon basketteur, qu’il ait 15 ou 16 ans je m’en fous. »

Conscient d’avoir une vraie pépite entre les mains, Choulet le responsabilise rapidement, au grand plaisir du joueur, ravi de voir qu’on lui fait confiance malgré son jeune âge. « Je suis très content de travailler avec lui, il me met en confiance à chaque match », note Clint. « Il insiste pour que je sois agressif, que je demande la balle. Il ne m’a pas titularisé pour me titulariser mais pour que je me montre, que je sois agressif. »

De son côté, coach Choulet se félicite du tempérament du garçon, qui ne rechigne pas à travailler comme un dingue aux entraînements, où il peaufine son shoot avec l’assistant Romain Chenaud. « C’est un joueur entre deux postes et pour qu’il devienne un vrai 4 il lui faut un shoot extérieur, ce qu’il n’a pas encore. Quand il développera ce shoot extérieur ce sera un poste 4 superbe parce qu’il peut dribbler, il peut crosser, il est très, très adroit balle en main. »

« Quand il développera ce shoot extérieur ce sera un poste 4 superbe. » Jean-Denys Choulet

 

Comme Lamayn Wilson de Cholet, l'avenir de Clint sera sans doute sur le poste 4

 

Malgré ces lacunes logiques pour un basketteur de même pas 20 ans, Clint commence déjà à attirer l’attention de tous les recruteurs de la planète, en l’occurrence ceux de NBA. Il n’est pas rare cette saison que plusieurs franchises envoient leurs émissaires superviser Capela lors des matches de Chalon et son avenir en NBA semble plus que probable. Certains sites spécialisés l’annoncent même sélectionné au premier tour de la prochaine draft NBA.

« C’est un joueur qui sera, je pense, drafté au premier tour mais qui aurait besoin de faire encore une année en Europe pour prendre un peu d’expérience et de volume », estime pour sa part Jean-Denys Choulet. « Ca me ferait de la peine qu’il aille en NBA et qu’il se grille les ailes à se retrouver en D-League parce qu’il ne mérite pas ça. »

S’il n’est pas facile de résister aux sirènes de la NBA, le jeune homme ne compte pas s’emballer pour autant. « Souvent, il vaut mieux aller en NBA après une bonne saison, là la saison n’est pas finie donc je préfère attendre, voir à la fin ce que je ferai. »

En attendant la NBA, Clint a plusieurs beaux challenges à relever cette saison, à l’image du titre de meilleur espoir de Pro A. Classé troisième au scrutin l’année dernière, Capela est, à l’heure actuelle, l’un des candidats les plus sérieux pour le trophée en compagnie d’un autre jeune pivot qui monte, Mouhammadou Jaiteh, de Nanterre. Un duel à distance qui a déjà tourné à l’affrontement direct cette saison lors de la 14e journée. Ce soir-là, c’est d’ailleurs Chalon qui l’a emporté (105-63), avec un excellent Clint Capela.