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Christophe Le Bouille (MSB) : « Ne pas être dépendant des résultats sportifs et continuer à avancer »

En marge de la présentation des résultats financiers des 36 clubs de la LNB, Christophe Le Bouille nous a apporté un éclairage instructif sur les finances et la stratégie de développement du MSB, champion de France 2018.

Avec 6,59 millions d’euros, le MSB a présenté à la rentrée le budget prévisionnel le plus élevé de son histoire. « Même quand on faisait l’Euroleague et qu’on avait de belles dotations de droits télé, ou quand on avait touché le transfert de Nicolas Batum en NBA, on venait titiller les 6M€ et on était content », situe Christophe Le Bouille. Ces presque 6,6 M€ intègrent deux rentrées exceptionnelles (voir plus bas). Le président du directoire du club manceau nous décrit ci-après comment a été utilisée cette manne. Il explique également dans l'interview à suivre que le club sarthois n’a pas attendu d’être champion pour lancer son projet de développement. Au contraire, le titre est « une conséquence formidable et exceptionnelle de notre projet de développement. » Les efforts de structuration entrepris il y a quelques années vont encore s’intensifier dans les deux ans à venir.


Christophe Le Bouille, votre budget prévisionnel a augmenté d’un million d’euros par rapport à la saison dernière (de 5,5 à 6,6 M€) mais une bonne partie de la hausse est due à des rentrées exceptionnelles…

On table toujours sur des budgets prévisionnels assez prudents au Mans. L’atterrissage l’année dernière a été largement supérieur aux prévisions (6,3 M€ en fin de saison) essentiellement en raison des playoffs. Cette année, il y a une grosse part d’exceptionnel dans la hausse. Il y a le transfert de Youssoupha Fall (un peu plus de 400 000€) et la prime versée par la Ligue Nationale de Basket pour le titre de champion de France (300 000€). Si j’enlève ça, j’ai plutôt une hausse de 300-350 000€ qui peut faire suite au titre de champion. 



Est-ce que le premier piège à éviter est de s’enflammer et de dépenser tout le bonus dès la saison suivant le titre ? 

On n’est pas spécialement connu pour cela ! Dans une situation comme celle-ci, il est important de bien isoler les produits exceptionnels, qu’on essaie d’utiliser de manière intelligente, des produits qu’on peut générer chaque saison. On peut investir sur la masse salariale non sportive, dans la communication, le digital, le renforcement du secteur médical, le renforcement de l’encadrement sportif, dans le ticketing… il y a plein de choses à faire. On ne va pas se mentir, une part significative des produits exceptionnels a été affectée à la masse salariale joueurs pour essayer d’être compétitif en France et en Europe. Cela représente une hausse de 400 000€ brut cette saison, soit 550 000€ chargés sur les 700 000€ de produits exceptionnels supplémentaires. On a aussi renforcé la structure administrative avec l’embauche d’un Community manager qui a fait ses preuves l’année dernière en stage, et on a renforcé la cellule commerciale afin de développer nos recettes hors match. 


  

Il a également fallu accorder des hausses de salaires aux joueurs restants ? 

Il y avait des contrats en cours qui comprennent souvent une hausse sur la deuxième année. Le staff technique a été récompensé. Et quand on joue la Coupe d’Europe on est censé avoir des joueurs un peu plus référencés. On prend un peu moins de risques au départ – je ne suis pas sûr qu’on soit pleinement récompensés pour l’instant. 



L’effort salarial a concerné surtout le poste de pivot, Richard Hendrix ayant remplacé Youssoupha Fall ? 

C’est un bon exemple. L’année dernière on avait un joueur dominant au poste 5, Youssoupha Fall, qui a été formé chez nous, qui était dans le cadre de son premier contrat pro. Il était payé en dessous de sa valeur sportive pure de l’année dernière. Pour le remplacer, j’ai un joueur référencé à l’échelle européenne, qui globalement fait les mêmes stats, mais qui vaut à peu près quatre fois plus cher. Donc entre le bonus de transfert de Youssoupha et le salaire chargé de Richard Hendrix, le delta n’est pas fantastique. On n’a pas fait de culbute et sportivement, je n’ai pas de problème à dire qu’on n’est pas meilleurs. 


  

Un autre paramètre important à prendre en compte, c’est le retour du MSB en coupe d’Europe. Est-ce que la Basketball Champions League permet d’équilibrer les recettes et les dépenses ? 

Oui, je ferai le bilan à la fin mais globalement ça équilibre, en tout cas dans mon prévisionnel. On a des charges supplémentaires liées au frais de déplacement, aux frais d’organisation des matches. La logistique coûte assez cher. En face, il y a des recettes de matches, des abonnements, et puis des rentrées des partenaires. Je n’ai pas de souci sur la BCL. 

 

Les subventions des collectivités ont-elles augmenté grâce à la participation à une coupe d’Europe ? 

Non, c’est stable. Je pourrais le regretter cette année, mais l’année dernière j’étais bien content que cela ne baisse pas alors que je n’avais plus de coupe d’Europe. C’est une manière de stabiliser les subventions. Cela aurait été déplacé d’aller les solliciter cette année. En tout cas, ma relation ne fonctionne pas comme cela avec eux. On travaille sur la durée, sur la confiance. 



Comment se décompose le budget du MSB ? 

En partant sur le prévisionnel 2018-19 un peu inférieur à 6,6 M€, j’ai presque 2M€ des collectivités tout compris, c’est-à-dire subventions d’intérêt général, prestations publicitaires et centre de formation, qui est à la charge du MSB. Cela concerne 4 collectivités : la ville du Mans, la Métropole, le Département de la Sarthe et la Région Pays-de-la-Loire. J’ai globalement 2,7M€ de partenaires privés avec très peu d’échanges marchandises. On est quasiment à 800 000€ de billetterie pure. On a eu 400 000€ de transferts de Fall, plus les primes LNB, primes BCL, qui représentent un peu moins de 600 000€. Le reste, ce sont les rentrées diverses, les transferts de charges, etc… 



À quel niveau le MSB peut-il encore développer ses ressources ? 

Le souci, c’est que j’ai quasiment 700 000€ d’exceptionnel cette année. Mais ce qui intéressant aujourd’hui, c’est qu’au-delà de l’apport conséquent de la Ligue (en droits télé, en prime) qui vient alimenter les caisses des clubs, on a réussi à augmenter le chiffre d’affaires de nos partenaires privés. C’est toute une politique de fidélisation des partenaires qui commence vraiment à payer. Même sans coupe d’Europe, cela a continué à monter. Je pense qu’on peut encore progresser. On ne va pas tout révolutionner avec un partenaire à 300 000€ mais on peut encore aller chercher des boites à 15, 20, 25 000… et puis d’autres entreprises ont les moyens de mettre un peu plus. À nous de les convaincre. Cela fait plus de 15 ans qu’on a les mêmes partenaires maillots, LDC, les poulets de Loué, Optifinance. Pour moi, c’est plus important que de trouver une boite qui s’engage sur trois ans. On a une relation particulière avec eux. On essaie de répondre à leurs attentes. Après le titre, on a pu négocier deux choses auprès de certains de nos partenaires. Un, d’avoir une petite rallonge. Et deux, de travailler sur des contrats pluriannuels. Cela leur garantit les tarifs, et nous leur soutien. Il y a une véritable évolution là-dessus. C’est un vrai plus pour nous. Et puis on peut aller chercher des recettes hors match, sujet sur lequel on n’est pas encore assez bons. On a pris ce virage-là et cela va payer. J’aurai toujours des soucis par rapport à ma salle parce que je ne suis pas chez moi. C’est une salle multifonction, je ne gère pas les buvettes… En revanche, on doit être capable de générer des ressources à côté des matches.



Quels investissements ont été réalisés au MSB ? 

Dans le projet, il y a la modernisation des outils de travail, qui rentre en œuvre cette année et l’année prochaine. On a financé une extension du siège social, parce qu’on était à l’étroit, mais surtout pour pouvoir accueillir des séminaires d’entreprises. Des team buildings, une boite vient avec sa force commerciale de 10-15 personnes immergée au sein du MSB pour mixer du travail sur la motivation, sur l’esprit de groupe avec des séances à la salle. Et puis un projet de formation pure et dure, avec un professionnel de la formation. On mixe l’expérience du MSB avec l’expérience du formateur. On a aussi une vraie boutique au siège qu’on n’avait pas avant. C’est le premier point.

Ensuite, il y a l’amélioration du quotidien des joueurs. Cela concerne le vestiaire, la salle de soin, la salle de musculation. On a repensé tout l’espace en accord avec les gestionnaires de la salle à Antarès. Maintenant les joueurs ont un vestiaire digne de ce nom, parce qu’avant, ils ne pouvaient pas être plus de 10. On a fait une vraie salle de soin, avec ce qu’il faut en termes de récup. Après, on travaille toujours à améliorer le confort visuel de la salle, le côté show, spectacle. Un nouveau parquet a été posé par la ville du Mans. On va continuer à travailler sur l’habillage de la salle. Le gros chantier prévu pour l’été prochain, est l’éclairage qui est pour le moins obsolète à Antarès et que nous allons intégralement changer. On va avoir un éclairage digne de ce nom, avec le fameux noir salle. On aura plus de show, on fera vivre les tribunes et une expérience client tout simplement meilleure. L’objectif est toujours le même : ne pas être dépendant des résultats sportifs pour continuer à avancer et se développer.  


 
On sait qu’une saison post-titre peut être difficile à négocier sportivement. L’exemple de Chalon l’a démontré l’an passé. Vous-mêmes avez des difficultés à confirmer cette saison, tant en Jeep® ÉLITE (8v-8d) qu’en BCL (4v-7d). Est-ce que le club a commis des erreurs et aurait pu prévenir ces difficultés ? 

On s’est posé la question. On n’est parti qu’avec 9 joueurs professionnels. Je suis à l’aise pour en parler. On pensait avec le directeur sportif, Vincent Loriot, qu’il fallait mieux partir à 10 parce qu’on a l’expérience de la coupe d’Europe. On sait ce que ça génère comme fatigue. Ce sont des trajets en plus, l’absence de récupération… Éric (Bartéchéky), je ne l’accable pas, a souhaité partir à 9 parce qu’il se sentait sans doute plus à l’aise dans un management à 9 – il l’a prouvé l’année dernière. Au final, on a sorti les trois grosses cylindrées du championnat en playoffs. Donc on a assumé ce choix. On a fait une erreur là-dessus. Après, ce sont plus des choix individuels. Ce qui a fait notre force l’année dernière, à savoir un mix entre des jeunes, des anciens, des porteurs d’eau, des leaders, des mecs de caractères, et d’autres plus effacés… cette année, on a des mecs de talent mais on manque sûrement de caractère. Ce n’est pas comme il y a deux ans, quand les mecs s’en foutaient globalement. Là ce n’est pas le cas, mais il manque ce petit supplément d’âme. 

  


La LNB récompense financièrement ses clubs à travers les Labels. Vous avez obtenu le Label Argent. Que manque-t-il au MSB pour décrocher le Label Or, qu’ont obtenu l’ASVEL et la SIG ? 

J’ai bien étudié le cahier des charges. Il y a deux choses. Paradoxalement il nous manque pas mal de points sur la salle. On a une belle salle mais qui a plus de 20 ans. Elle a été conçue il y a 25 ans. Et on n’est pas chez nous. Cela a des bons côtés parce qu’on n’a pas à financer la rénovation, la remise en état, mais je ne peux pas faire ce que je veux à Antarès. Je ne me plains pas parce qu’on a une bonne capacité, de belles installations mais cela a un impact sur le Label. Et puis, il nous manque beaucoup de points sur la continuité du sportif. Dans le Label aujourd’hui, pas mal de points récompensent la continuité des effectifs sur les premiers contrats pros signés chez vous. Et là on est un peu en dedans. Après, on peut en gratter ailleurs, mais il faut que les investissements soient justifiés. Ce n’est pas manquer d’ambition mais il faut rester raisonnable. Ce qui m’intéresse, c’est la pérennité du club. J’ai souvent dit que les 20 playoffs consécutifs étaient aussi importants que le titre de champion. Je le crois sincèrement. Mais on a prouvé qu’il ne suffisait pas d’avoir un budget à 7-8 millions pour être indéboulonnable. Il n’y a pas assez d’écart. Bientôt peut-être (avec l’ASVEL), et encore… On verra.