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Alexandre Ménard (Rouen) : « L'ambition, c'est d'être régulièrement présent en playoffs »

À bientôt 43 ans et en ayant commencé très tôt dans le job, Alexandre Ménard n’est plus vraiment un jeune entraîneur. Il a même été l’un des plus jeunes diplômés BE2 du pays. Pourtant, il n’a pris un rôle de head-coach qu’il y a un peu plus de deux ans, en remplaçant Erman Kunter, évincé du MSB en février 2017. Et depuis qu’il a pris en main la destinée du Rouen Métropole Basket, ce Choletais d’origine est parvenu à faire du club normand un outsider crédible pour la montée. Découverte...

Alexandre Ménard (Crédit Photo : LNB/IS/Bellenger)


Si l’on commençait par une question idiote... Quand on est passé à 6 petits points d’une victoire finale en Leaders Cup PRO B et qu’on a résisté plus de 30 minutes à l’ASVEL - après avoir battu Antibes en quart de finale - pour une place en finale de Coupe de France, qu’est-ce qui prédomine : la satisfaction du parcours ou quelques regrets d’être passé si près ?

Quelques regrets d’être passé tout près en Leaders Cup. Parce qu’à un ou deux paniers à trois-points près, avec un tout petit peu plus de réussite, nous aurions pu remporter le premier titre de l’histoire du club. Mais en même temps, ce qui m’intéresse, plus que le résultat brut, c’est bien la manière dont on a construit tout ça. Se souvenir du chemin qu’on prend, la méthode, comment le groupe s’entraîne, la qualité des préparations vidéo ou la manière dont on prépare les joueurs sur le plan mental. Ça, j’avoue, c’est bien plus important dans mon esprit que le résultat final. Face à l’ASVEL, c’est un peu différent. Pour être honnête, je sentais bien à un moment donné que nous plafonnions. Même si l’on effectue un très beau rush, au final, histoire d’y croire encore un tout petit peu, il y avait une vraie différence qui risquait bien d’arriver. Eux avaient enchaîné beaucoup de matchs, mais nous aussi, puisque nous avions joué le mercredi contre Denain. Et nous n’avons ni l’habitude ni un effectif nous permettant de jouer autant de matchs à un tel niveau d’intensité. Mais j’étais très, très fier de ce que les joueurs ont pu faire à l’Arena Loire. Ils ont été combatifs, n’ont jamais rien lâché et ont toujours continué à croire en eux. 


Revenons un peu en arrière avant de reparler de votre saison avec Rouen. Même si vous avez été assistant pendant 8 saisons puis head-coach, au Mans, après l’éviction d’Erman Kunter, le grand public basket vous connaît encore mal. Pouvez-vous nous raconter un peu votre parcours avant de prendre la direction de Rouen, à l’été 2017 ?

En fait, je suis né à Cholet. Un petit gars des Mauges, comme on dit... Je suis aussi prof d’EPS. Et j’ai entraîné des benjamins aux cadets France à Anjou BC avec quelqu’un qu’on connaît maintenant bien à Cholet, Thierry Chevrier. Ensuite, je suis parti pour la Ligue de Basket du Poitou-Charentes, tout en coachant Bressuire, en N3. C’est là que j’ai passé mon BE2. J’étais, je crois, le plus jeune BE2, puisque je devais avoir 24 ou 25 ans. Je suis allé en Vendée où j’ai rencontré mon épouse, qui a joué en N2, à La Rochelle (Cécile Manon, devenue Ménard depuis, ndlr). Quand nous nous sommes rencontrés, je l’ai prévenue que je ferais tout pour retourner dans un milieu professionnel auquel j’avais goûté avec l’Anjou BC, à la fin des années 90. Heureusement, elle était OK pour ce projet. Et pour la petite histoire, alors que j’étais formateur, pour les Pays de la Loire, pour les BE1 et BE2, J.D. Jackson, qui venait d’arrêter sa carrière de joueur, est passé par la formation. On a sympathisé, fait deux ou trois trucs ensemble comme des camps d’été. Et puis, un jour, je tombe sur une news annonçant que J.D. prenait la suite de Vincent Collet en tant que head-coach au Mans. Je lui envoie un texto pour le féliciter en lui disant : « si tu cherches un assistant... » C’était sous la forme d’une boutade, mais 3 secondes après, mon téléphone sonnait et J.D. m’a juste dit que ça tombait très bien parce qu’il pensait à moi pour le poste. C’est comme ça que l’aventure a commencé, en 2008, au MSB. 


En tant qu’assistant de J.D. Jackson puis d’Erman Kunter, vous avez connu deux finales de championnat et des victoires en Leaders Cup comme en Coupe de France. Dans quels domaines apprend-on le plus dans ce rôle ?

Pour commencer, quand on arrive et qu’on n’est pas issu du milieu professionnel, on apprend déjà énormément en visionnant les rencontres. Comme on était en Coupe d’Europe et qu’on disputait les playoffs tous les ans, je visionnais énormément de matchs. Cela aide à comprendre les codes du haut niveau. À leurs côtés, j’ai appris à décortiquer le jeu, à planifier un entraînement, une saison, mais aussi à trouver la bonne façon pour communiquer avec les joueurs de haut niveau. Ce qui aura été passionnant, c’est de découvrir les subtilités de chacun, puisque J.D. et Erman (Kunter) ont des visions des choses et des manières de faire très différentes. Je ne peux que les remercier pour tout ce qu’ils ont pu m’apporter au fil de ces années. De chacun des coaches qu’on assiste, il y a énormément de choses à apprendre... 


Vous avez repris l’équipe du Mans, en cours de saison 2016-17, après l’éviction de Kunter. L’aventure ne s’est pas prolongée...

Je suis un éternel insatisfait qui cherche toujours à aller découvrir son seuil d’incompétence. Là, je l’ai pris un petit peu tôt... L’objectif, c’était bien sûr de poursuivre l’aventure avec Le Mans, mon club de cœur et dont j’apprécie vraiment les personnes qui le composent. J’étais tellement dans ma bulle, j’y mettais toute mon énergie et toute mon âme pour que le club, en grande difficulté cette saison-là, puisse s’en sortir. On a fait une finale de Coupe de France qu’on a malheureusement perdue. On a fini par se maintenir à trois journées de la fin en allant gagner à Dijon. Mais j’étais tellement dedans que je ne me suis pas préoccupé de la suite. Et à deux ou trois matches de la fin de saison, Christophe Le Bouille (le président du MSB) m’a dit : « écoute, ça ne va pas être possible de continuer mais si tu veux rester en tant qu’adjoint, tu es le bienvenu ». Je ne me voyais pas trop faire ce pas en arrière et j’ai donc pensé que c’était le bon moment pour me lancer. J’ai donc sauté sur la proposition de Rouen...


Rouen a déjà été l’une des équipes surprises de la saison passée avec une 8e place (17V-17D) et une qualification pour les demi-finales des playoffs... 

J’ai constitué une équipe avec la plus petite masse salariale de la division. Ma première surprise aussi, c’est que j’arrivais avec des repères de Jeep® ÉLITE, avec des joueurs qui avaient vraiment capacité à s’entraîner pendant une heure et demie. Là, je sentais qu’au bout de 45 minutes, l’intensité baissait clairement. En revanche, côté stratégie, la PRO B est au moins aussi riche que l’élite. Avec notamment des trucs que l’on ne voit plus en Jeep® ÉLITE parce que les joueurs sont trop forts. En PRO B, il y a des coaches très créatifs qui tentent des coups un peu farfelus mais qui peuvent très bien leur faire gagner un match. J’ai découvert Rouen, la ville, le club... Je suis parti là-bas sans ma femme et mes enfants et je me suis plongé à 100% dans le job. Alors, ça a été dur parfois sur le plan humain, mais très formateur. Surtout que j’ai été très bien accueilli ici. Bon, les débuts ont été compliqués, puisqu’on entame la saison par une victoire pour 4 défaites. Mais on a fini par trouver une véritable alchimie au sein de l’équipe et avec l’émergence de deux super joueurs, Amin Stevens et Obi Emegano, jusqu’à l’apothéose de ce troisième match des quarts à Orléans où l’on gagne sur un dernier système de touche. Les gens ici étaient hyper heureux et j’ai adoré voir les sourires revenir sur les visages des fans.


Vous aviez alors une équipe dominée par deux énormes joueurs, Amin Stevens et Obi Emegano... Cette saison, vous avez sans doute l’équipe la plus équilibrée du championnat dans le secteur offensif, avec 7 joueurs en double-figure au scoring ou presque. Est-ce là la grande force de votre équipe cette saison ? 

Oui, c’est clairement un souhait et c’est, je crois, ce qui fait notre force. Ça a un côté polymorphe... Nous avons toujours la possibilité de surfer sur un joueur ou un autre alors que l’an dernier, nous étions vraiment tributaires de deux joueurs stars, entre guillemets. Là, cette saison, même quand nous avons eu des blessés - et nous en avons eu pas mal -, nous n’avons pas pris de pigistes médicaux. Ces absences ont permis à beaucoup de joueurs de mettre le nez à la fenêtre et, à terme, ça a considérablement renforcé la confiance que peuvent avoir les joueurs les uns envers les autres. Parfois on insiste plus sur le secteur intérieur, ou sur l’extérieur, ou sur les pick-n-rolls. Même au cours d’un même match, on peut varier les plaisirs. Les joueurs se parlent et on décide ensemble de l’orientation du jeu. Pour moi, c’est une vraie fierté parce que tout le monde, dans cet effectif, est important. 



Début janvier pourtant, Rouen ne pointait qu’à 6 victoires pour 7 défaites avant de remporter 7 de vos 8 derniers matchs. Y-a-t-il eu un déclic, comme votre victoire à Orléans, ou bien une progression logique du collectif ?

Alors, c’est assez rigolo, parce que l’an dernier, nous avions effectué une très belle série au même moment. Alors soit c’est le climat ou une spécificité ici, à Rouen, ou alors c’est que le basket que je prône implique des choses à ingurgiter qui prennent un peu de temps... Il y a aussi le fait que Lasan Kromah est arrivé au mois de novembre, quand il a fallu mettre de côté malheureusement Chima Moneke qui ne correspondait pas au profil. C’est moi qui m’étais trompé parce qu’on avait besoin de quelqu’un pouvant évoluer sur le poste 4. On avait aussi besoin de quelqu’un de percutant en attaque et Lasan avait les qualités qu’il faut pour cela. Ça a pris un peu de temps parce que les garçons ont dû digérer tout ça et accepter l’arrivée d’un nouveau, alors qu’on continuait à gagner même avec un joueur en moins. Il a fallu qu’on prenne une belle rouste face à Poitiers début janvier pour qu’on se dise les choses et que chacun se remette en question. Depuis, le groupe est vraiment reparti de l’avant, Lasan est pleinement intégré. Chacun connaît son rôle et tient sa place avec, bien sûr, des hauts et des bas, ce qui est normal. 



Vous n’êtes plus qu’à 2 victoires des équipes de tête et avez un calendrier plutôt favorable sur la fin de saison en recevant deux membres du Top 6 pour un seul déplacement à Vichy-Clermont. Est-ce qu’une montée directe peut devenir un objectif ?

Chaque chose en son temps. Qualifions-nous déjà pour les playoffs parce que, juste derrière nous, la lutte fait rage ! Après, l’objectif est de finir le plus haut possible et si une porte s’entrouvre... C’est vrai qu’on a des point-averages positifs sur Roanne, sur Orléans. On a battu Vichy-Clermont à l’aller chez nous et on va accueillir Nancy qui nous a battus de 8 points et Saint-Chamond où l’on a concédé 6 points. Alors, forcément, en regardant tout ça, on se dit parfois, pourquoi pas nous ? Mais il est encore trop tôt pour parler de ça. En PRO B, tout peut aller très vite. La preuve, nous avons été balayés deux fois par Poitiers sans qu’il n’y ait rien à redire. Il faut rester serein et ne pas s’emballer. 

 

Le club est monté via une wild-card avant de redescendre deux saisons plus tard, sans avoir alors développé suffisamment ses structures. Où en sont les ambitions de Rouen Métropole aujourd’hui ?

Les choses sont clairement dites. L’ambition, c’est d’être régulièrement présent en playoffs déjà. Pour, à terme, sans qu’on sache bien quelle sera la longueur du terme, retrouver l’élite. Je pense qu’au niveau du staff et des structures, on progresse bien. Tout est aujourd’hui prêt pour remonter, avec une salle superbe. Reste à la remplir... Avec un actionnaire majoritaire comme Ian Mahinmi, il y a vraiment des choses à faire ici pour retrouver le haut-niveau. Dans combien de temps ? À définir. Nous sommes loin d’avoir le plus gros budget de la division, avec quelques bastions comme Orléans, Roanne ou Nancy qui veulent tout faire pour remonter. Il faut donc continuer à construire, sans griller des étapes, mais je suis très optimiste. 


Cet article est à retrouver dans le Soir de Match papier distribué dans les salles de PRO B pour la J25.