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Interview –

Eric Bartecheky : « Je ne me permets pas de me juger moi-même »

Auteur de la meilleure série de victoires actuellement en Pro A, Eric Bartecheky détaille sa méthode avec Pau-Lacq-Orthez.

Pau-Lacq-Orthez en est actuellement à 7 victoires de suite, ce qui constitue la meilleure série actuelle en Pro A. Etant donnée votre dynamique actuelle, nourrissez-vous un petit regret de ne pas avoir pu être qualifié à la Leaders Cup ?

Non parce que la série est arrivée après la phase aller. Il nous aurait fallu un match de plus pour y aller parce qu’on était à égalité avec Dijon et Antibes, mais sans panier average. Donc on est vite passés à autre chose pour essayer de bien évoluer dans le championnat. En tout cas, je n’ai pas senti l’équipe affectée par ça.

Vous êtes remonté à la 7e place, avec deux victoires d’avance sur Dijon, actuel 9e. Etant donné cela, les playoffs deviennent-ils un véritable objectif maintenant ?

On sent que le groupe est concerné par rapport à cet objectif et on va tout faire pour. Mais on sait aussi que ça ne va pas être simple parce qu’il reste encore beaucoup de matches, et tout va très vite. On a vu des équipes sur la première partie de championnat très performantes avant de connaître un aléa qui provoque une série de défaites. Donc on ne se projette pas plus loin que le prochain match.

D’autant que si l’on veut apporter un bémol à votre série, c’est que vous avez remporté 5 matches sur 7 à domicile, et que vos deux victoires à l’extérieur ont été remportées au Havre, lanterne rouge, et à Dijon, qui était alors en pleine perte de vitesse. Ce constat incite-t-il à la prudence ?

Tout à fait. Ca permet de rester prudent mais en sachant quand même qu’aller gagner à Dijon, ce n’est pas simple. Pour nous ça a été une vraie performance d’aller gagner là-bas. Et à domicile, on a quand même eu des matches difficiles à négocier que ce soit contre Nanterre, Le Mans… Mais il est vrai qu’on peut relativiser les performances, d’autant que tout ce qui arrive est compliqué : on va se déplacer à Antibes, à Strasbourg… On se dit qu’il n’y a aucun match de facile, qu’on peut s’incliner à domicile contre tout le monde mais qu’on peut aussi aller gagner à l’extérieur contre tout le monde. Il y a un match cette année où on n’a pas été dedans du tout, c’était contre Paris-Levallois en début de saison (défaite 55-79). Mais sinon, on n’a jamais perdu de beaucoup, on a toujours été dans les matches. Ca nous laisse à penser qu’on peut jouer notre carte à fond même à l’extérieur contre les gros.

Cette année à Pau, on parle beaucoup de Juice Thompson, le meilleur marqueur de la Pro A jusqu’à maintenant. Vous êtes le premier coach à l’avoir fait venir en France à l’été 2012 avant de devoir le laisser partir à l’ASVEL, faute de moyens. Depuis, avez-vous conservé la volonté de le retrouver ?

Oui. En fait, à l’époque où j’étais au Havre, je n’avais pas beaucoup de moyens et j’avais défini une politique qui consistait à recruter des intérieurs en premier, on avait pris l’habitude de recruter le meneur de jeu en dernier. A l’époque, j’avais plutôt mis l’aspect financier sur un arrière, à savoir Bernard King, pareil avec Cedrick Banks l’année suivante puis John Cox la saison dernière. J’avais continué de suivre Juice Thompson ensuite, mais ça faisait quand même une grosse enveloppe, et il fallait faire des choix, on ne pouvait pas faire venir tout le monde. Par contre cette année, quand il y a eu la possibilité de le prendre, je n’ai pas hésité.

Comment expliquer son niveau actuel avec Pau-Lacq-Orthez ?

C’est difficile à dire parce que je ne sais pas comment ça s’est passé dans ses précédents clubs mais ce qui est sûr c’est qu’il a ses qualités individuelles de scoreur qui lui appartiennent et il est dans une équipe qui travaille pour lui, avec des joueurs comme J.K. Edwards qui savent le libérer. Et comme tous les coaches, j’essaie de mettre en place des situations qui lui permettent de s’exprimer. C’est un tout.

A côté de Thompson, le scoring est essentiellement assuré par Lance Harris et Steven Smith puisque ces 3 joueurs assurent 60% des points marqués de l’équipe. Etait-ce un choix de votre part d’avoir une hiérarchie aussi claire en construisant l’équipe cet été ?

Oui. Quand on a construit l’équipe, on est partis d’une situation de départ avec des joueurs sous contrat, Yannick Bokolo et David Denave, sur le même poste. On avait aussi une réduction de la masse salariale par rapport à la saison dernière donc on a dû faire le choix de réduire le groupe et d’avoir le maximum de complémentarité. On voulait deux joueurs avec de l’impact dans le secteur extérieur, Thompson et Harris. Et à l’intérieur, J.K. Edwards a été notre première signature, parce qu’on voulait qu’il soit le leader de l’équipe, qui connaît bien le championnat, qui pouvait faire le lien entre le coach et l’équipe. Par contre, sa qualité première n’est pas d’amener des points. Mais on a eu la possibilité de signer Smith en poste 4, qui connaissait déjà le championnat et qui était un scoreur donc ça se complétait pas trop mal pour nous.

« Si on veut gagner des matches, il faut être dans la capacité de pouvoir trouver deux, trois joueurs qui vont tirer l’équipe vers le haut »

 

Michael "Juice" Thompson, l'atout maître de Pau cette saison

 

Après trois ans au Havre avec la plus petite masse salariale du championnat, vous avez signé à Pau, qui possédait un peu plus de moyens mais sans être pour autant parmi les grosses masses salariales de Pro A. Cela vous a poussé à construire un groupe resserré à 8 joueurs, comme au temps du Havre. Ce mode de fonctionnement est-il exclusivement dû à des questions de moyens ou bien cela correspond-il aussi à votre façon de fonctionner ?

C’est tout de même dicté par les moyens financiers parce que si on veut gagner des matches, il faut être dans la capacité de pouvoir trouver deux, trois joueurs qui vont tirer l’équipe vers le haut, avec des capacités à marquer des points. J’ai fait ce constat-là déjà quand j’étais au Havre, où durant ma 2e année, je n’avais pas les joueurs capables de tirer l’équipe vers le haut et ça nous avait posé problèmes. Maintenant, il est vrai que ce type de fonctionnement demande de s’adapter. Il y a des avantages parce que tout le monde est responsabilisé, avec un temps de jeu assez conséquent pour chacun mais l’inconvénient c’est qu’on ne peut pas non plus multiplier les séances d’entraînement, d’être dans l’intensité toute la semaine. Et encore, à Pau on a cette chance qu’on n’avait pas au Havre d’avoir des jeunes de qualités, comme Léo Cavaliere, Elie Okobo et Alexandre Moisy. Ils ont du répondant et permettent d’avoir un niveau d’entraînement intéressant. Mais les joueurs professionnels jouant beaucoup, on ne peut quand même pas trop charger les entraînements la semaine parce qu’il faut que les joueurs soient opérationnels le samedi. C’est une gestion différente que pour un groupe de dix pros, avec tous les postes doublés.

Aimeriez-vous avoir un jour la possibilité de travailler avec un groupe plus étoffé comme ceux de Strasbourg ou Monaco ?

Oui forcément, parce que ça peut permettre d’aller encore plus haut, avec plus de concurrence, plus d’exigence dans la semaine. Mais l’inconvénient quand on a un groupe plus étoffé, c’est que tout le monde veut jouer, et ça peut aussi poser des problèmes d’égo.

Jouer avec un groupe resserré, n’est-ce pas s’interdire de jouer une coupe d’Europe en parallèle avec le championnat ?

Je pense que oui. On a vu dans plusieurs cas de figure qu’avoir deux matches par semaine, c’est loin d’être évident avec un effectif court. Dijon l’année dernière avait perdu pas mal de match en championnat après avoir blessé Ferdinand Prénom. Le Havre cette année, je ne sais pas si jouer une coupe d’Europe les a vraiment aidé pour le championnat. Ca peut être dangereux.

Récemment dans Basket Hebdo, Michael Thompson déclarait qu’il était très content de vous retrouver à Pau car il avait beaucoup apprécié votre façon de jouer lors de son cours passage au Havre en 2012. Plus tôt dans la saison, Wilfried Yeguete nous avait dit également qu’il avait choisi Pau cet été en partie à cause de votre présence sur le banc. Le fait est que certains joueurs semblent aimer votre coaching. Vous considérez-vous comme un coach qui adapte ses systèmes à ses joueurs, davantage qu’un coach dogmatique, qui adapte les joueurs à ses systèmes ?

Il y a différentes philosophies chez les entraîneurs, certains imposent leur méthode quels que soient les joueurs mais moi c’est vrai que j’aime bien, une fois que j’ai le groupe, m’adapter beaucoup, être à l’écoute des joueurs, leur laisser la parole, échanger avec les uns et les autres, développer une certaine complicité… J’essaie d’évoluer en permanence pour mettre tout le monde dans les meilleures dispositions en fonction de leur qualité. Bon, j’imagine que tous les coaches font un peu la même chose mais il peut y en avoir certains qui sont plus dans des rapports d’autorité, dans le « c’est comme ça et pas autrement. » Mais le fait d’avoir un effectif réduit impose aussi le compromis parce qu’on ne peut se permettre d’avoir un joueur réfractaire, qui tourne le dos à l’équipe.

Vous avez réussi à vous maintenir trois fois de suite au Havre, tout en réalisant une superbe saison l’année dernière ponctuée par une 6e place. Quand on voit la saison actuelle du Havre, on se rend compte que ce n’était pas si facile. Pourtant l’année dernière, vous n’avez fini que 2e au trophée de l’entraîneur de l’année. Avez-vous le sentiment que votre travail n’est pas reconnu à sa juste valeur ?

C’est vrai que l’année dernière, on a fait une saison exceptionnelle en terme de résultats par rapport à nos moyens mais j’ai envie de dire que l’année précédente, avec les galères qu’on avait connues, rien que le fait de s’être maintenus constituait une vraie performance. En fait, ça a été une vrai performance pour tous les coaches passés, Jean-Manuel Sousa, Christian Monschau… Parce que Le Havre depuis 15 ans a réussi à se maintenir malgré de très faibles moyens. Mais pour en revenir à votre question, je ne raisonne pas comme ça, je ne me dis pas que ce que j’ai fait a été exceptionnel. Parce que comme je le disais, Sousa, Monschau, Eric Girard ont réussi la même chose que moi avant.

« Pau – Limoges, des moments que je n’avais jamais connus en tant que coach »

 

Eric Bartecheky a gagné son premier "clasico" cette saison

 

Il y a tout de même un savoir-faire. Vous quittez Le Havre et l’équipe s’effondre. Vous arrivez à Pau et l’équipe est en passe de retrouver les playoffs pour la première fois depuis dix ans…

Ce n’est pas trop à moi de le dire ! Je fais mon métier avec mes convictions, avec beaucoup d’engagement mais je ne connais pas un coach qui ne soit pas complétement engagé dans ce métier. Moi, je le fais avec ma personnalité, mes convictions en sachant que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre. Il y a toujours des choses à apprendre en regardant les coaches qui ont gagné des titres, je pense à Pascal Donnadieu, à Vincent Collet et tant d’autres. On peut apprendre partout, de tous les coaches et j’ai envie de progresser dans le management, la stratégie, tous les domaines… Mais je ne me permets pas de me juger moi-même.

Pau n’est plus le grand Pau des années 90-2000, nonuple champion de France. Depuis dix ans, c’est davantage une équipe de deuxième moitié de tableau, qui a d’ailleurs navigué entre la Pro A et la Pro B. Mais avec les bons résultats actuels, sentez-vous la ferveur et les ambitions revenir dans la ville cette saison ?

Dès le début de saison en arrivant ici, je sentais bien que le contexte était différent de ce que j’avais connu au Havre. On avait une masse salariale avec l’objectif d’assurer le maintien le plus vite possible mais on sentait malgré tout que les gens avaient envie de retrouver des résultats, une salle qui vibre… C’est d’ailleurs une réelle satisfaction, notre plus grand succès, d’avoir su reconquérir le public. Cette saison, on a toujours eu au moins 5.500, 6.000 personnes au Palais des Sports, contre Le Mans on a fait 7.200, contre Limoges c’était plein. Maintenant, on a créé des attentes et ça peut même être un peu dangereux parce que tout le monde ici s’attend à ce qu’on soit dans les 8 en fin de saison, alors qu’on sait très bien que ça peut aller très vite dans l’autre sens. Et même si on n’arrivait pas à le faire, pour moi, ça resterait une saison intéressante parce qu’on peut dire qu’aujourd’hui, le maintien est obtenu. Mais c’est plus intéressant d’avoir cette pression à gérer que celle du maintien.

Vous avez d’ailleurs coaché votre premier Pau-Limoges lors de la 13e journée, un match que vous avez gagné en plus. Qu’est-ce que ça vous a fait de coacher un match pareil ?

Avant le match, je ne me rendais pas forcément compte de l’ampleur de l’événement mais une fois dans la salle pleine à craquer… Ce sont vraiment des moments que je n’avais jamais connus en tant que coach. L’année dernière au Havre, on a fait des salles pleines mais avec 3.200 personnes. Quand il y a communion avec 8.000 personnes, ce sont vraiment des moments fantastiques à vivre.

Et comment appréhendez-vous le match retour à Limoges, avec Beaublanc qui va vous huer du début à la fin ?

C’est très intéressant, même si j’ai eu des échos… Autant à Pau il y a de l’animosité contre Limoges, autant là-bas c’est apparemment plus agressif. Mais c’est bien de vivre ça, c’est motivant en tout cas et on fera tout pour exister là-bas même si ce n’est jamais simple d’aller gagner à Limoges.

par LNB
Source: Eric Traversié

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Calendrier Pro A

Équipe domicile Score Équipe extérieur
23 septembre (1ère journée)Pariez
20:00 Antibes
20:00 Nanterre
20:00 Monaco
20:30 Gravelines-Dunkerque
20:30 Nancy
24 septembre (1ère journée)Pariez
20:00 Cholet
20:00 Dijon
20:00 Strasbourg
20:00 Orléans
30 septembre (2ème journée)Pariez
20:30 Hyères-Toulon

Classement Pro A

PROA – Classement à la
Pos Équipe % Victoire Résultats

Calendrier Pro B

Équipe domicile Score Équipe extérieur
16 septembre (Disneyland Paris Leaders Cup PROB)Pariez
20:00 Bourg-en-Bresse
20:00 Boulogne-sur-Mer
20:00 Saint-Quentin
20:00 Rouen
17 septembre (Disneyland Paris Leaders Cup PROB)Pariez
20:00 Poitiers
20:00 Roanne
23 septembre (Disneyland Paris Leaders Cup PROB)Pariez
20:00 Boulazac
20:00 Denain
20:00 Saint-Chamond
20:00 Fos-sur-Mer

Classement Pro B

PROB – Classement à la
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